Le 23 septembre 2012, lors des vœux adressés aux responsables communautaires pour le nouvel an juif à la Grande synagogue de la victoire, Manuel Valls, ministre de l'intérieur a dénoncé "un nouvel antisémitisme qui se cache derrière un antisionisme de façade" qui, selon lui, aurait pris racine dans notre pays.

Par Robert Martin

Le 16 juillet 2017, Emmanuel Macron s’apprête à terminer son discours lors de la commémoration du 75e anniversaire de la rafle du Vél’ d’hiv’. Et soudain, se tournant vers Benyamin Netanyahou, 1er ministre d'Israël, qu’il a appelé « cher Bibi », il lance : « Nous ne céderons rien à l’antisionisme, car il est la forme réinventée de l’antisémitisme. » Ce 20 février 2019, au dîner du CRIF, il récidive en déclarant que "L'antisionisme est une des formes modernes de l'antisémitisme" et annonce une loi au printemps. Jamais un responsable politique chargé des cultes et un chef de l’État n’avaient commis une telle erreur historique doublée d’une telle faute politique.

Si l'antisémitisme est un délit justiciable, l'antisionisme qui critique le non respect du Droit international par l'« État d'Israël » et le transfert de tous les croyants ou non croyants juifs en Palestine est une opinion.  Ainsi, le fait de se dire antisioniste revient à être contre la création, l'existence ou l'extension de l'État d'Israël. Le sionisme n'est ni une religion, ni un peuple, mais une idéologie politique, un mouvement, qui a mené à la conception d'un État hébreu. On peut, en toute légalité et sans être traité d'antisémite, critiquer et s'opposer à la politique de l'État d'Israël qui, par exemple, se contrefiche des décisions de l'ONU, qui occupe illégalement des territoires palestiniens et se prépare à instaurer un véritable situation d'apartheid. Les tags antisémites du week-end du 9 février comme la dégradation du lieu de mémoire d'Ilan Halimi, sans oublier les insultes contre Alain Finkielkraut ou les profanations de cimetières sont inadmissibles et doivent être condamnés et sanctionnés.

L'antisionisme se définit comme l'opposition au mouvement politique et religieux visant à l'établissement puis à la consolidation d’un État juif en Palestine.  L'antisémitisme, lui, se définit comme un racisme à l'encontre des personnes et vise le peuple juif. Il est une forme de xénophobie, qui rejette les Juifs et non la politique d'un État.  Il faut dissiper la confusion malsaine entre antisionisme et antisémitisme. Or un amalgame est parfois fait - voire entretenu ? - entre ces deux termes. Cette confusion doit cesser car elle est lourde de sous-entendus, de confusion intellectuelle et de conséquences politiques.

 La lutte contre l'antisémitisme fait partie à part entière du combat antiraciste. Et le racisme aujourd'hui continue de prendre des formes diverses : judéophobies, islamophobies, négrophobies, homophobies, racisme visant les asiatiques, les personnes LGBT. Ce que disent les chiffres depuis des années tient en une phrase : le racisme avance en France et en Europe. Ce que beaucoup ne veulent pas comprendre, s'obstinent à ne pas appeler le fléau par son nom et refusent donc de le combattre sans réserve. C'est aussi l'œuvre de ceux qui s'évertuent à nier que l'antisionisme est instrumentalisé depuis des décennies par des antisémites qui souhaitent se refaire une vertu et diffuser plus librement leurs idées nauséabondes.

 Ne confondons pas tout et restons droit dans nos bottes sur les valeurs qui doivent nous rassembler : les propos et les comportements racistes quels qu'ils soient sont des délits, et leurs auteurs doivent être condamnés. Mais la liberté d'expression et d'opinion, la liberté de dire, la liberté de critiquer une position politique ou une religion est un droit inaliénable de notre démocratie.

 Ce droit - la liberté d’expression - , s’il s’exerce dans le cadre du respect de la loi, est un droit qu'il faut continuer à défendre.

 

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