Pas (trop) de surprise, en découvrant l'éructation municipale des récentes affiches «Mauvaises nouvelles pour les racailles » biterroises . C'est la subtilité du discours et du projet municipal à Béziers depuis 5 ans : désigner à la vindicte les pauvres, les quartiers, les étrangers sous la capuche noire inquiétante des grandes affiches, comme causes du malaise social.

Par Khan Did

Pour la municipalité actuelle, la prévention des incivilités a constitué à paralyser la médiation civile pour la mettre sous le couvert de la police municipale, dont les talents de finesse et de négociation sont connus. Maintenant, ils dissuadent les arabes et les pauvres du centre ville de trop se concentrer sur la Belle place Jean-Jaurès rénovée, place dont on a retiré les bancs autour de la fontaine musicale. Un service de médiation privé s'est installé boulevard de Strasbourg pour pallier le retrait du service public.

Chacun sait bien sûr que l'affaiblissement de la prévention et du dialogue est un très efficace moyen de faire baisser les tensions et la petite délinquance... Mieux vaut le gourdin (ou le meilleur ami de la police : le flingue) que le lien social...

D'ailleurs, le JDB, qui, en couverture de son n° 88 du 1er février, arbore fièrement la même image noire du caillera encapuché, vante les excellents chiffres, je dis bien les chiffres, des milliers d' interpellations, présentés comme témoignant de l'efficacité de la politique du tout répressif.

Manquent à ce tableau de chasse impressionnant, et la source de ces chiffres claironnés dont il n'est rien dit, et l'information sur les suites de ces interpellations. On connaît le nombre des interpellations des militants écologistes en 2015 après les attentats, puis celles des Gilets Jaunes ; on connaît aussi le faible nombre de poursuites…

La vidéosurveillance est un moyen très coûteux (installation des caméras, rémunération des personnels affectés à leur lecture, maintenance et location des réseaux : par exemple 1,5 million d'euros pour 40 caméras, nécessitant 14 personnes pour 450.000 € par an et 10 % de maintenance) 1

On aimerait savoir combien de caméras (qu' « on va doubler ») sont installées à Béziers, leur efficacité paraissant bien ténue, et pour cause. Les Anglais, au vu des sommes investies dans l'équipement en caméras, ont fait des études d'efficacité de la vidéosurveillance entre 1990 et 2007 : ils concluent à son faible rapport coût-efficacité sans un important travail de renseignement préalable indispensable à l'aboutissement des enquêtes. Ceci est illustré lors de l'attentat terroriste de 2005 à Londres.

Mauvaise orientation des caméras, déplacement des lieux de délits et petits trafics, insuffisance de visualisation des vidéos en temps réel, les personnels s'endormant à la lecture de longs passages vides. A Marseille, une des villes de France les plus équipées, sur 60.000 actes de délinquance, seuls 105 ont pu être résolus à l'aide des caméras en 2017. A Nice (1.250 caméras, soit 1/280 habitants), l'attentat de la Promenade des Anglais, avec le camion blanc venant tous les jours précédents en exploration, n'a pu être évité. 2

La CNIL s'est alarmée de l'expansion de la vidéo-surveillance au regard de la vie privée. Il y a en France 150.000 caméras dans les rues et 1,5 million dans les lieux ouverts au public...Pas assez de surveillance ? Vite, la Chine ? Les fabricants de matériel se frottent les mains et les populations crédules envers le progrès technique sont des proies alléchantes. Les maires de droite surfent sur cette mouvance sécuritaire à des fins électoralistes.

Manque surtout l'information sur les chiffres de la délinquance en col blanc sans capuche, qui éclate sans cesse dans les médias : sous-estimations des frais de campagne de Macron, affaire Benalla, détournements des indemnités parlementaires, évasion fiscale massive, pratiques des promoteurs immobiliers, réseaux et entre-soi... Une belle affiche sur ce sujet, Monsieur le maire ?

1) Rapports de la Cour des Comptes juillet 2011 et du Sénat novembre 2011 sur le rapport coûtefficacité de la vidéo-surveillance
2) Laurent Muchielli analysant l'inflation de caméras dans la ville de Nice

 

 

 

 

 

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