Juliette Binoche et Aurélien Barrau : le plus beau couple de l'année 2018 ! Le 3 septembre, ils se sont unis, avec 198 autres camarades artistes et scientifiques, pour engendrer et mettre au monde - rédiger et publier – ce bel enfant : le texte de l'Appel du Collectif des 200 : « Le plus grand défi de l'histoire de l'humanité, pour sauver la planète » (1). 

Par Sunzi

Je m'en suis réjoui, bien sûr, même si je me souvenais que d'autres appels du même type étaient restés sans effets... Comme cet appel des 15.000 scientifiques du monde entier, paru dans BioScience le 13/11 (2) ; pourtant, ces 15.000 courageux avaient analysé 9 indicateurs mondiaux (climat, ressources naturelles, démographie, alimentation, répartition des richesses, ...) de 1960 à 2016, et en avaient déduit 13 préconisations. Aurélien Barrau est astrophycisien et cosmologiste, il s'intéresse aux trous noirs des galaxies lointaines, aux rapports entre la matière noire, l'énergie noire et l'expansion de l'univers, et pourtant, il a décidé que « Plus jamais je ne prendrai la parole en public sans commencer par évoquer l'urgence écologique et les changements radicaux que nous devrons exiger de nos politiques », comme il l'expliquait dans son intervention à la Conférence CLIMAX du 7-9-2018 (visible sur youtube), et comme il le redisait à Étienne Klein, pendant leur « Conversation scientifique » du 22 septembre 2018 sur France-culture.

Aussitôt, je me suis mis à rêver, en repensant à tous les interviews possibles, et l'ouragan que cela pourrait produire : « Didier Deschamps, pourquoi cette configuration, dans l'équipe qui va bientôt affronter les Diables Rouges ? » ; « Ces joueurs, Nicolas Demorand, je les ai choisis parce qu'il nous faut, dès maintenant, harceler les médias et les politiques, pour exiger des pouvoirs publics des mesures concrètes, y compris impopulaires, qui pourront parfois limiter nos libertés ; cette équipe, je l'ai constituée pour dire qu'aucun pouvoir politique qui ne ferait pas de l'écologie et de la sauvegarde du monde ses priorités, n'est aujourd'hui crédible : ces formations politiques, ces gouvernements, n'ont plus aucune légitimité ».


Me voilà donc conforté dans ma passion pour l'astrophysique : après Hubert Reeves, Jean-Pierre Luminet, Michel Cassé, Thibault Damour et Aurélien Barrau, j'étais aux anges, et pouvais m'envoler une fois de plus avec Laureline et Valérian. Je n'en gardais pas moins ces 2 questions lancinantes :

1) pourquoi les Verts, qui avaient tout compris depuis les années 60 (pendant que les gauches restaient sourdes et aveugles, comme aujourd'hui), ne sont-ils pas devenus les partis dominants, du moins en Europe ? Et pourquoi EELV est-il encore aussi discret, alors que les Verts allemands ou belges sont un peu plus audibles ? 

2) pourquoi la révolution n'a-t-elle pas encore eu lieu, alors que l'injustice sociale et les inégalités grandissent si vite, surtout depuis 40 ans ; comment font les gens pour ne pas envahir, par millions, tous les palais, tous les sièges des multinationales ? Comment font les gens pour ne pas se protéger contre les violences policières ? pourquoi les médias ne relaient-ils pas cet article, pourtant essentiel, de la page 17 du Monde Diplomatique de janvier 2019, qui décrit l'extrême dangerosité des armes de la police et de la gendarmerie françaises ? (Charlie-hebdo en a aussi parlé).

Ces armes sont pourtant bannies dans la plupart des pays européens ; en France, inchangées ou empirées depuis 20 ans, ces armes ont provoqué « perte d'un œil, fracture, hémorragie interne, poumon perforé : des lycéens, des manifestants et des journalistes ont été sérieusement amochés par des « balles de défense » lancées à plus de 300km/h par un LBD 40 (ex-GL-06)...Ils occasionnent de graves blessures, comme à Toulouse, où un « gilet jaune » était toujours dans le coma mi-décembre après avoir reçu un tir entre l'œil et l'oreille ».

« Autres armes dites « à létalité réduite » : les grenades contenant une charge explosive, comme la grenade lacrymogène et assourdissante GLI-F4 et la grenade de désencerclement à main : mutilations, brûlures, pertes d'audition irréversibles ; entre le 24 novembre et le 8 décembre, au moins 4 personnes ont eu la main arrachée par ces engins. La GLI-F4 remplace la grenade offensive OF-F1, interdite après la mort de Rémi Fraisse sur le site du barrage de Sivens en 2014 ; ces GLI-F4 conservent l'« effet de souffle » de la OF-F1, et continueront à être lancées jusqu'à épuisement des stocks ».


Charlie-hebdo, en relayant ces informations, s'interroge sur les conséquences de ces armements, constatant que la violence des soi-disant « casseurs » ne pourra qu'augmenter au fur et à mesure de l'augmentation des équipements des policiers et des gendarmes et de l'utilisation qu'ils feront de ces équipements.

Arrivent les gilets jaunes et Frédéric Worms.


Le 17 novembre, et les samedis qui suivirent, mes espoirs concernant les effets possibles de ces Appels (les 200, les 15.000, et d'autres dont il faudra reparler) se sont quelque peu assombris, quand j'ai vu qu'on tentait de créer cette opposition entre « fin du monde » et « fin du mois » : les motivations écologiques (comme l'acceptation de l'inéluctable hausse des prix des énergies, y compris l'essence) devaient nécessairement être vues comme secondaires, comparées aux difficultés des fins de mois, ce qui ne peut s'expliquer que par la tartufferie du gouvernement, qui brandissait la « transition écologique » pour imposer cette taxe sur les carburants, alors même que Macron et consorts, qui, comme leurs prédécesseurs, – à part Cécile Duflot et sa timide loi « alur » sur le logement - se moquent éperdument de l'écologie, n'ont rien fait, ou presque rien, pour respecter les engagements qu'ils avaient pris, les uns lors de la COP 21, les autres pendant leur campagne présidentielle.


Frédéric Worms, quant à lui, enfonce le clou : invité de la « Grande table » d'Olivia Gisbert du 7 décembre 2018 pour parler de ses 2 derniers livres, « Les Maladies chroniques de la démocratie » et « La Philosophie face à la violence » (avec Marc Crépon), il a soutenu qu'il faut d'abord « réformer le social » avant de parler d'écologie ; le social à réformer, selon lui, ce sont les inégalités et les violences qu'elles engendrent, et l'absence de dialogue : «  Il y a une chose qui me choque, [...] c'est de jouer l'écologie au détriment du social. [...] Le social doit venir avant l'écologique, et non pas après, et pas seulement au titre de la fin du mois avant la fin du monde, mais pour des raisons de principe. Parce que les conflits entre les humains viennent en premier et que la destruction de la planète ne sera pas réglée tant qu'on ne règle pas les conflits entre les humains au niveau national, international et au-delà, mondial. [...] Le sentiment d'injustice vient en premier. »
Pour essayer de voir plus clair à ce sujet, une réunion publique a eu lieu à la MVA de Béziers le 12 janvier, avec le thème : «Fin du mois et fin du monde – Urgence sociale et urgence environnementale » ; j'en rendrai compte sur le site d'envieabeziers.fr, dès que possible, en attendant la sortie de notre n°28, si Dieu me prête vie, en m'épargnant les grenades de Castaner, les inondations de l'Orb, les tempêtes de neige, le choc hallucinatoire des discours de Macron, les vapeurs empoisonnées de l'incinérateur de l'Agglo, les balles perdues des chasseurs, le bruit et la fureur des motos-voitures-camions, et les pesticides lors de mes promenades dans les vignes.

Le plus grand défi de l'histoire de l'humanité  : l'appel de 200 personnalités pour sauver la planète


D'Alain Delon à Patti Smith, tous ont répondu à l'appel de Juliette Binoche et de l'astrophysicien Aurélien Barrau pour une action politique « ferme et immédiate » face au changement climatique. Tribune. Quelques jours après la démission de Nicolas Hulot, nous lançons cet appel : face au plus grand défi de l'histoire de l'humanité, le pouvoir politique doit agir fermement et immédiatement. Il est temps d'être sérieux. Nous vivons un cataclysme planétaire. Réchauffement climatique, diminution drastique des espaces de vie, effondrement de la biodiversité, pollution profonde des sols, de l'eau et de l'air, déforestation rapide : tous les indicateurs sont alarmants. Au rythme actuel, dans quelques décennies, il ne restera presque plus rien. Les humains et la plupart des espèces vivantes sont en situation critique.

Pas trop tard pour éviter le pire


Il est trop tard pour que rien ne se soit passé : l'effondrement est en cours. La sixième extinction massive se déroule à une vitesse sans précédent. Mais il n'est pas trop tard pour éviter le pire. Nous considérons donc que toute action politique qui ne ferait pas de la lutte contre ce cataclysme sa priorité concrète, annoncée et assumée, ne serait plus crédible. Nous considérons qu'un gouvernement qui ne ferait pas du sauvetage de ce qui peut encore l'être son objectif premier et revendiqué ne saurait être pris au sérieux. Nous proposons le choix du politique – loin des lobbys – et des mesures potentiellement impopulaires qui en résulteront. C'est une question de survie. Elle ne peut, par essence, pas être considérée comme secondaire. De très nombreux autres combats sont légitimes. Mais si celui-ci est perdu, aucun ne pourra plus être mené.

 

1) Et dans Le Monde le 14/11.



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