Pauvres qui venez vous loger à Béziers, vous préférez un logement indécent ou insalubre? Malgré l'indignation dont témoigne la couverture du Journal de Béziers n° 30 de 2016, la situation du logement à Béziers ne s'améliore pas lorsqu'on est pauvre. Il faut dire que le maire avait affirmé « je chasserai du centre-ville les pauvres, les maghrébins et les gitans ». Tous ceux qui y résident par manque de moyens financiers…

par Khan Did

Quelques définitions :

- un logement est dit indécent lorsqu'il comporte un risque pour la sécurité physique ou la santé des habitants ou ne possède pas les équipements élémentaires. Cela concerne l'étanchéité de la toiture, les garde-corps, l'aération, la luminosité, le chauffage, etc. Le maire, sur signalement et visite du local, doit appliquer le Règlement sanitaire départemental, enjoindre au propriétaire bailleur d’effectuer les rénovations nécessaires. A défaut, il peut saisir le préfet, qui prend un arrêté. Depuis 2016, théoriquement, la CAF s'associe à la ville pour faire couper les aides au logement versées directement au bailleur si les rénovations ne sont pas réalisées dans les 18 mois. 8,5 % du parc locatif privé de Béziers serait concerné (Midi Libre du 27 mars 2018), soit 300 recensés à Béziers, sans exhaustivité.

- un logement est considéré comme insalubre s'il ne comporte pas au moins une pièce d'au moins 9m2 et une hauteur sous plafond de moins de 2m20, si les escaliers ou le sol sont instables, s'il n'y a pas l'eau potable, l'eau chaude, les évacuations d'eaux usées avec un siphon, s'il y a des poussières d'amiante ou du plomb dans les peintures, l'installation électrique est défectueuse, le chauffage insuffisant et les cabinets et douche non séparés d'une pièce à vivre. Pour qui connaît le centre-ville de Béziers et les populations défavorisées, et en dépit du ravalement des façades, ces situations sont loin d'être rare. Le locataire doit en faire la déclaration au bailleur par lettre recommandée avec accusé de réception, à l'Agence Régionale de Santé à la Direction Départementale de la Cohésion Sociale et au Service Communal d'Hygiène qui, en l'absence de réparations, saisissent le Préfet. Dès l'arrêté préfectoral, les aides au logement sont suspendues et à partir du mois suivant, le locataire peut arrêter de payer son loyer. Vu la complexité des démarches, et le risque d'être mis à la rue si les travaux sont importants, le locataire, souvent très précaire, renonce.

Une petite illustration : une jeune Libérienne dont le mari avait été tué pendant la guerre civile avait trouvé refuge à Béziers avec ses deux derniers enfants au terme d'un long périple. Elle avait laissé sa fille aînée à sa belle-famille et avait ensuite appris que la petite fille avait été excisée… Elle avait obtenu le statut de réfugiée et faisait des petits boulots pour survivre. L'appartement, dans le quartier Garibaldi, proposé en bail glissant par un organisme privé montpelliérain, était humide, non ventilé sauf par les huisseries disjointes, ce qui rendait le chauffage par grille-pain impossible car trop coûteux, la cuvette des toilettes fuyait pendant un an, et les cafards avaient mangé les câbles de la machine à laver et couraient dans la nourriture et sur le visage des enfants la nuit, avec un petit garçon allergique… Il a fallu l'intervention d'un travailleur social efficace pour la cuvette, les huisseries et le chauffage n'ont pas été réparés, et la désinsectisation a été refusée par tous les services et refilée à la locataire. Heureusement qu'il y avait un moyen efficace et sécurisé. Or, il est amplement prouvé que les conditions de logement sont étroitement liées à la santé (cf anecdote) et à l'employabilité. On pourrait y réfléchir...

Quelles actions de la ville ?

En 2013, Raymond Couderc, alors Sénateur-maire, avait promis de déposer un amendement instaurant un « permis de louer ». Par contre, il a fait sauter les barres Capendeguy de la Devèze dont les appartements étaient vastes et lumineux, avec toutes les commodités...

En 2016, Midi Libre nous apprend que le programme national de rénovation des quartiers anciens dégradés de l'état a alloué 47 millions € à la ville, dont 33 pour les bailleurs privés. En juillet 2018, la maison de l'habitat durable de l'agglo promet (loi Alur) d'instaurer une visite préalable des logements proposés à la location et d'exiger que les travaux nécessaires soient faits dans les 6 mois. Pas de contre-visite prévue malheureusement.

Béziers est la 1ère ville la plus pauvre de France, et bien sûr les prix bas de l'immobilier (les loyers privés sont souvent plus bas que les loyers des logements sociaux) attirent les démunis et les petits retraités dont par ailleurs Macron s'occupe beaucoup en ce moment. Elle est la 2ème ville pour les logements vides, après Vichy avec 17 %. Mais à Vichy, les demandes de logement social sont satisfaites dans les 15jours, à Béziers, il faut parfois attendre plusieurs années, jusqu'à plus de 10 ans. 7000 logements sont vides dont 3000 dans le centre-ville. Leur réquisition doit être effectuée par le maire selon les articles 131-2 et suivants du Code des communes. D'autre part, la rénovation grâce aux aides d'un logement vide vaut sa transformation en logement social.

Et monsieur le maire, si préoccupé des problèmes des logements précaires, a exclu l'hyper-centre de sa ville du périmètre des logements sociaux. Gentrification oblige avec maintien dans le centre des propriétaires occupants et bailleurs avant protection et droits de base de ses administrés.

La destruction de l’îlot HLM Boniface à la Devèze, ne permettra pas de reloger tous les habitants, une centaine de familles attendent. Sur les 47 millions du programme de rénovation, combien resteront aux mal-logés et à l'incontournable rénovation thermique de leurs appartements après les « embellissements » de Jean-Jaurès, de la Madeleine, de la place du Marché au bois, et tout ce que promettent ces pancartes qui fleurissent à un an des municipales ?

On est loin de la résolution de la crise grave du logement à Béziers et on peut compter sûrement sur le statu quo si le maire actuel est réélu.

On relira avec profit le dossier logement du n°7 d'Envie à Béziers du 15 sept 2015

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