Pour sa dernière édition, le festival avait choisi le thème du cinéma chinois. Je ne vous en parlerai donc pas. C'est un réalisateur italien parfaitement francophone, Stefano Savona qui nous a offert trois documentaires absolument passionnants.

Par Khan Did

Pour le premier : « Tahrir, place de la libération », il est parvenu, non sans difficulté, à se rendre au Caire après le début des émeutes, et a tourné pendant quelques jours au milieu des manifestants, en recueillant leurs cris, leurs mouvements, leurs espoirs, leurs résolutions, leurs paroles, leur joie de se retrouver ensemble, hommes et femmes de toutes classes mêlées, tendus vers le but de la libération du tyran avec une conviction et une force inébranlables, occupant la place jour et nuit. Nous, spectateurs, étions les Égyptiens en révolte. Un peu comme les gilets jaunes. Et après l'abdication tant attendue de Moubarak, la tension baisse, la place se vide, et une femme appelle à ne pas se relâcher, craignant à juste titre une sinistre suite, l'arrivée du prochain et encore pire despote, le maréchal Al Sissi..

Le second, « Carnets d'un combattant kurde », nous dépayse en Irak du Nord, dans des paysages montagneux à couper le souffle, avec un petit groupe de 2 femmes, 2 hommes plus le traducteur. Ils cheminent sur les crêtes pour se rendre, sur ordre de leur chef emprisonné, sur les zones de combat à la frontière turque. On ne verra aucune scène de guerre, tout est très pastoral, mais on constatera chez ces jeunes gens une résolution très forte, même s'ils savent qu'ils risquent la mort, et que c'est déjà le 29ème soulèvement de leur peuple espérant son impossible unification. Leur tranquille assurance, leur courage simple, leur formidable vitalité sont mis en exergue lors de ce périple. Une seule femme et le traducteur survivront.

Le dernier, « Samouni Road », part de la destruction aveugle d'une famille palestinienne au cours de l'opération « Plomb durci » de l'armée israélienne sur Gaza en 2014, 1400 morts dont 500 enfants. Le réalisateur arrive juste après les faits. Il échange avec une petite fille ayant survécu à ses blessures. Son procédé cinématographique est très original : il reconstitue les faits avant et pendant la catastrophe à l'aide d'une animation à base de dessins obtenus en rayant à l'aide d'un stylet la peinture noire qui enduit un support blanc. L'ensemble est donc sombre. Il introduit même un drone avec son viseur et les images humaines blanches de la caméra à infra-rouge après avoir consulté les documents publics de l'armée israélienne. Il reviendra filmer un an après le mariage prévu avant la catastrophe, soulignant ainsi l'extraordinaire résilience du peuple palestinien.

Un cinéaste respectueux, fidèle à ses personnages, « embedded » , convaincant. Un bain de vie.

 

 

 

 

 

 

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