Une autre histoire – 25 novembre 1911, Zapata publie le plan Ayala

par | 24 novembre 2024 | Culture

Le 25 novembre 1911, voilà exactement 113 ans, le révolutionnaire mexicain Émiliano Zapata publie un généreux programme de réforme agraire, le « Plan de Ayala ».

À l’époque, le Mexique est gouverné par le général Porfirio Díaz qui accède au pouvoir dès 1876.

La Constitution de 1857 ne garantissant plus la propriété collective des terres appartenant aux villages, les « hacendados » (les grands propriétaires terriens) en profitent pour s’emparer peu à peu de la plupart d’entre elles, raflant au passage les petites et moyennes exploitations individuelles. Les plantations de canne à sucre sont comme une maladie maligne qui s’étend, détruit et fait tout disparaître pour prendre possession de terres et encore plus de terres avec une soif insatiable.

Emiliano Zapata, paysan illettré d’une trentaine d’années, a soulevé les misérables « peones » de l’État de Morelos, à quelques kilomètres au sud de Mexico, contre ce vieux dictateur, au pouvoir depuis 35 ans.

Durant de nombreuses années, il milite avec persévérance pour les droits des villageois. Il commence par établir, grâce à des actes datant de la colonie espagnole, les droits des paysans sur des terrains objets de disputes. Puis, il essaie de convaincre le gouverneur de l’État de faire rendre les terres à leurs propriétaires légitimes, mais désolé par l’inertie dont font preuve les autorités et par celle des tribunaux de la République qui ne reconnait pas les titres de propriété datant des rois d’Espagne, il décide de s’armer pour prendre possession des territoires disputées.

En mai 1910, par exemple, il prend par la force des terres à « Villa de Ayala ». Il est à l’origine de nombreux conflits opposant les villageois aux propriétaires souvent absents ou aux gérants des haciendas. Il est alors témoin des brutalités commises par los « rurales », police formée par des gens du cru mais au service des « hacendados ».

Le Mexique compte alors officiellement 15 millions d’habitants dont   80 % sont des paysans qui vivent sans terre et travaillent comme « peones » sur les haciendas.

Des élections présidentielles devant avoir lieu en 1910, le président Porfirio Díaz décide de se représenter. Certains politiciens, vu le grand âge de celui-ci et la lassitude engendrée par une si longue période de pouvoir, tentent leur chance, à l’instar de Francisco Madero, le plus connu d’entre eux, en qui les politiciens américains voient un successeur plus docile que Díaz.

L’élection n’aura pas lieu. Au contraire, c’est une insurrection armée qu’on appelle la Révolution mexicaine menée par Francisco Madero qui commence officiellement le 20 novembre 1910 avec l’aide politique et financière des États-Unis. Elle se termine  le 27 mai 1911 avec le départ du président Porfirio Díaz .

Emiliano Zapata rallie l’insurrection de Francisco Madero, de même qu’un autre insurgé bien connu lui-aussi , Pancho Villa, un métis à la tête des farouches cavaliers des steppes du nord.

Une fois au pouvoir, Madero, bourgeois vertueux mais malhabile, conserve les hommes de l’ancien dictateur, n’ose fusiller personne et rechigne à distribuer les terres aux « peones », comme Zapata le lui demande.

Le révolutionnaire paysan reprend alors les armes contre Madero, qui sera assassiné, et ses successeurs, les dictateurs Huerta et Carranza. Il publie donc ce 25 novembre 1911 le «Plan de Ayala».

Ce texte prophétique réclame la restitution aux Indiens d’au moins un tiers des territoires communaux qui leur ont été volés par les grands propriétaires.

John Womack, historien de la Révolution mexicaine, a appelé ce Plan d’Ayala l' »Écriture sainte » des Zapatistes et en devient la bible. Outre la condamnation de la « trahison » de Madero qui se voulait plus conciliant, le Plan d’Ayala met en exergue les demandes de la rébellion agricole : restitution des terres prises aux villages pendant le Porfiriato (dictature de Porfirio Diaz), et redistribution agraire des plus vastes haciendas, avec indemnité. Les paysans Zapatistes de l’état du sud de Morelos, revendiquent ces droits par les armes, poursuivant la rébellion que Madero avait initiée sans l’achever.

Les partisans de Zapata ont pour slogan « Reforma, Libertad, Justicia y Ley » (« Réforme, Liberté, Justice et Loi »),

Il faut relever que ce plan ne demandait la nationalisation et l’expropriation que des 2/3 des terres des grandes propriétés foncières et que sur le plan extérieur il n’a aucune référence ni appel à l’internationalisme révolutionnaire. C’est plutôt dans un retour aux passés colonial et préhispanique vu comme des âges d’or qu’il faut chercher la particularité du mouvement zapatiste.

Les évènements ne feront que se précipiter mais il faudra attendre le 6 décembre 1914 pour voir Pancho Villa et Émiliano Zapata entrer triomphalement à Mexico. Le premier est surnommé par ses ennemis le «Centaure du nord», le second, l’«Attila du sud» !

Ils sont accompagnés de leurs troupes respectives composées de cavaliers rutilants d’un côté et de paysans en haillons de l’autre. Ces derniers, les zapatistes, se font précéder par l’effigie de la Vierge de Guadalupe, sainte patronne du Mexique. Ils portent aussi en bannière un mot d’ordre voué à une célébrité mondiale, «Tierra y Libertad» (Terre et Liberté).

Emiliano Zapata trouvera la mort  le 10 avril 1919,  victime d’un guet apens.

Le bilan total d’un quart de siècle de guerres meurtrières s’élève à un million de morts (sur 15 millions d’habitants !). Graham Greene avec son roman « La puissance et la gloire » et le cinéaste Luis Bunuel et son film « El » ont illustré avec talent cette époque douloureuse.

Aujourd’hui le nom de Zapata est toujours utilisé. L’Armée zapatiste de libération nationale basé au Chiapas, l’un des États les plus pauvres du Mexique lutte avec le charismatique guérillero sous commandant Marcos, depuis plus de trente ans, pour la défense des droits des indiens.
……mais c’est une autre histoire !

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