Voilà un grand gaillard bien charpenté aux yeux bleu acier, dont le sourire et la chaleur humaine vous mettent immédiatement à l'aise. Il impressionne, Nicolas, par son contact, son parcours professionnel et le regard aigu qu'il pose sur le monde de l'entreprise, sans se départir jamais d'un esprit de partage et d'une convivialité qu'on devine aussi sincère que les adresses qu'il distille à chaque client en faisant de celui-ci un être unique.
Par DGRojoyVerde,



Nicolas, gérant du Trois-six, café bar de la place du Forum, a pu s'exercer au contact de la clientèle tout au long de son parcours professionnel atypique qui ne le destinait pas, à priori, à devenir un jour patron d'un lieu de socialisation et de rencontre aussi précieux qu'un café bar sur une place centrale au cœur de la cité biterroise.


Nicolas, 46 ans, une épouse et trois enfants, est natif de Picardie. Pour autant, il a vécu, étudié et travaillé une bonne partie de sa vie en région Rhône-Alpes. Après un Baccalauréat E (Bac S + technique), il entre dans une école de commerce puis passe une maîtrise de management à Lyon. Il rejoint la société spécialisée en chimie organique de son père et, parallèlement à son travail au sein de l'affaire paternelle située à Oyonnax, il prépare en cours du soir un Brevet de Technicien Supérieur (BTS) en Plasturgie, option chimie organique et un Brevet d'Etudes Professionnelles (BEP) Electrotechnique. Il restera sept ans au sein de l'entreprise familiale.

 

Il entre dans une école de commerce puis passe une maîtrise de management à Lyon


Durant ce premier cycle, il rencontre sa future épouse, stéphanoise, dans un bar. Celle-ci se destine à des études de journalisme et attirée par l'héliotropisme de régions plus clémentes, elle trouve du travail à Toulouse. Nicolas la rejoint. Il trouve à s'engager chez le groupe Castorama où il gravit tous les échelons, de vendeur jusqu'à cadre dans l'entreprise. Il est amené à être muté régulièrement, politique interne courante dans les grands groupes de la distribution. Une énième mutation l'amène en 2007 à Béziers, où réside la mère de son épouse. Ils décident que les rotations ont assez duré et se posent, au moins pour le moment, dans la cité biterre. Ce deuxième cycle, comme en amour, aura duré à nouveau sept années. Il quitte Castorama en 2009-2010.


S'ouvre alors un troisième cycle. Nicolas entrevoit la possibilité de faire du locatif sur Béziers lorsque des immeubles sont mis à la vente dans la perspective de la démolition de l'ancienne Poste. Il peut acheter un bien et s'impose alors à lui, avec l'aménagement de la place du Forum, l'idée de devenir tenancier, d'autant que les ambiances de bar l'ont toujours attiré. Il achète en 2012 un immeuble inhabité depuis 25 ans, dans lequel tout est à refaire de la toiture aux façades. Il bénéficiera pour cela de subventions allouées dans le cadre d'un plan de rénovation urbaine datant du plan Borloo. Ces subventions seront les bienvenues pour couvrir environ 40% du coût total de la réhabilitation de l'immeuble. Il mettra en œuvre ses compétences développées chez Castorama pour venir à bout de son projet et ouvrir son bar le 1er janvier 2015.

 

Il achète en 2012 un immeuble inhabité depuis 25 ans

 

Depuis cette date, il est devenu un lieu de rencontres incontournable pour beaucoup d'habitués qui y passent à heures régulières, parfois plusieurs fois par jour, pour faire une pause dans la journée de travail, retrouver des amis autour d'un verre, lire le journal en terrasse, écouter de la musique et partager un bon moment autour de quelques victuailles. Nicolas propose ainsi des assiettes froides en journée et en soirée mais également des formules petits-déjeuners pour les lève-tôt. Le cadre est chaleureux, entre pierre et bois, entre taverne et brasserie. La décoration est soutenue par des commandes à des artistes et des expositions temporaires d'œuvres picturales accrochées aux murs intérieurs, preuve que Nicolas cultive l'épicurisme dans toutes ses dimensions. Il propose à boire un large choix de bières ambrées, blondes, brunes, blanches, aux fruits et aussi un large choix de whiskies. Il est aussi le maître de sa Playlist très éclectique, et organise avec son comparse Michel Mulleras, incontournable troubadour de la scène biterroise, des apéros musicaux qui font date tous les vendredis soirs sauf pendant les vacances, à partir de 18h30. Tout est prévu pour se régaler dehors et dedans en toutes saisons avec des luminaires chauffants sur la terrasse qui peut être couverte lorsqu'il pleut ou que les rayons du soleil sont trop ardents.

 

Nicolas cultive l'épicurisme dans toutes ses dimensions


A ce propos, Nicolas regrette que la place du Forum ne soit pas davantage végétalisée et la gabegie des finances publiques pour son aménagement. On peut citer à ce titre, l'abribus acheté une petite fortune, plusieurs dizaines de milliers d'euros et revendu une bouchée de pain, ou les bornes escamotables mal positionnées ou inutilisables, ainsi que les containers à poubelles à demi enfouis. Nicolas, qui tient à ce que son affaire reste un lieu de vie et de rencontre (il fait beaucoup pour cela), regrette aussi que cette place soit laissée à l'écart des animations dont bénéficient d'autres secteurs du centre ville. Les commerçants qui l'entourent se sont d'ailleurs regroupés ce dernier été pour co-organiser des animations festives qui sont restées entièrement à leurs charges, sans aucun soutien de la municipalité ou d'autres collectivités territoriales telles que l'Agglo Béziers-Méditerranée.


Quand on l'interroge sur le devenir très incertain du Centre d'Études Universitaires Du Guesclin, dont l'avenir est aussi précaire que les contrats proposés aux étudiants en sortie d'études, Nicolas objecte que ce n'est pas pour son chiffre d'affaires qu'il est le plus inquiet mais bien pour le devenir du tissu social de Béziers. Les étudiants sont la vie d'une ville et quand on regarde les cursus universitaires proposés à Béziers, et plus encore les conditions d'accueil des étudiants, on peut légitimement partager ses inquiétudes, ce d'autant que les pouvoirs publics ne rassurent pas. Quand on connaît également les difficultés chroniques et endémiques de Béziers, dont toute la substantielle moelle est phagocytée par Montpellier depuis l'ère de la Fréchie, on réalise à quel point un lieu de partage et de convivialité comme celui que tient Nicolas est emblématique et un bon indicateur de ce qui se joue dans l'existence ou la décadence toujours plus accrue d'un tissu social en déliquescence.


Enfin, parce que l'actualité oblige et pour ouvrir des perspectives plus larges, Nicolas nous confie qu'il trouve le régime social des indépendants particulièrement lourd administrativement, coûteux, non opérationnel et inique, en particulier pour leurs compagnes. Les pensions reversées et les retraites sont proportionnellement très défavorables en regard des cotisations versées. Il serait pour la généralisation de la Sécurité Sociale pour tous et un régime des retraites également universel. Voilà une rencontre précieuse avec un grand gaillard drôle, chaleureux, intelligent qui fait son travail avec le sourire et l'humanisme qui le caractérisent si bien. Il est très apprécié pour toutes ces qualités et pas que... Nicolas vit décemment de son affaire mais reconnaît que sans le salaire de son épouse ce serait tout de même très tendu. Il gagne la moitié de ce qu'il pouvait recevoir comme cadre chez Castorama mais a un plaisir décuplé de faire se croiser autant de monde dans ce lieu central, sur la place du Forum et dans la Cité aujourd'hui. Cette satisfaction est redoublée par le fait que Nicolas emploie deux salariées en Contrat à durée indéterminée (CDI) à temps plein et un apprenti en convention avec l'Association pour la formation professionnelle des adultes (AFPA).

 

Démonstration est faite que l'esprit d'entreprise est une réussite sociale quand celle-ci sert l'humain

 


Démonstration est faite que l'esprit d'entreprise est une réussite sociale quand celle-ci sert l'humain d'abord. Merci à Nicolas et à ses salariés, qu'ils continuent de faire chanter, danser, boire et manger dans la plus grande chaleur qui soit. Voilà un lieu et un patron dont Béziers ne doit pas se passer et qui doit être écouté car ses remarques pertinentes font plus que sens pour le devenir du vivre ensemble ou ce qu'il en reste ici.

 

D'après le patron : le Trois-six était une mesure empirique admise pour qualifier un alcool aujourd'hui disparu, l'alcool de marc de raisin dont les Hollandais se régalaient et importaient des tonneaux. Ainsi, pour tester le degré d'alcool on enflammait un mélange de trois verres de ce breuvage et de trois verres d'eau et si le mélange s'enflammait, c'est qu'on était en présence d'un alcool quasiment pur qui servait de base médicinale à l'instar de l'alcool de menthe qu'on peut encore trouver en pharmacie aujourd'hui.