Benoît Prévost, économiste et Directeur du Centre Universitaire Du Guesclin animera avec Dominique Crozat, géographe, Professeur des Universités, le café Géo/ Eco que le journal Envie à Béziers organise au Centre Espagnol ce lundi 16 janvier 2017. Pour nous mettre en appétit, rencontre avec Benoît Prévost.

Propos recueillis par Robert Martin


Benoist Prévost : Ce sera un café Eco, géo et politico... L'idée serait de développer une analyse et des commentaires sur la manière dont l'économie et la géographie peuvent éclairer la montée du vote Front National.


RM : Béziers est donc, pour vous, un bon laboratoire de recherche.


BP : Oui et ça se passe quasiment de commentaires ! Béziers illustre bien les dynamiques que certains géographes analysent depuis quelques années. De manière assez radicale pour certains dans un courant qui se nomme d'ailleurs "géographie radicale", d'inspiration disons marxiste. Ils essaient de mettre en avant les dynamiques sociales lourdes associées à la mondialisation et à ce qui se passe en particulier dans des villes moyennes comme Béziers. Béziers illustre bien cette dynamique et cette évolution démographique que l'on rencontre dans ces villes moyennes qu'on appelle maintenant la France périphérique. Cette dynamique est bien connue, avec un centre ville qui s'appauvrit et qui se déserte progressivement de son activité économique, de son activité commerciale et artisanale. On constate ces mouvements de périphérisation et puis progressivement non seulement une périphérisation locale - les centre villes qui s'appauvrissent à l'échelle locale- mais plus globalement dans la mondialisation. Cela fait partie des villes qui sont des laissées pour compte de dynamiques de mondialisation. Comme en ce moment on est dans une phase de restructuration de la région, on voit bien comment les différents acteurs se posent des questions sur leur place, de la manière dont ils repensent leur association avec d'autres villes, comment ils se pensent par rapport aux métropoles comme Montpellier ou Toulouse. On est dans une phase d'interrogation chez les chercheurs et chez les politiciens qui ne trouvent pas encore véritablement de réponses. On commence à analyser les phénomènes mais on n'a pas de réponses pour contrer ces phénomènes. Effectivement un parti comme le Front National apporte des réponses simples. Simples du point de vue de la communication.


RM : Quelles réponses simples voire simplistes aux problématiques dont nous parlons ?


BP : La réponse simple c'est de désigner d'un côté les coupables, avec un grand coupable, la mondialisation (là on est dans des processus socio-économiques), et de l'autre côté les responsables politiques, les partis de gouvernement qui auraient été incapables de mettre en place des réponses face à la mondialisation. D'une certaine façon c'est vrai ! Du coup le Front National s'appuie sur une réalité indéniable, derrière un discours effectivement simple du point de vue de l'usage des termes mêmes qui sont mobilisés. Concernant la périphérisation , le FN est le seul parti, je précise audible médiatiquement, qui a suffisamment de retentissement médiatique, Jean Luc Mélenchon, par exemple, a une activité forte avec une stratégie de communication qui est relativement pertinente et efficace mais les médias lui donnent moins d'audience, donc le FN est pour le moment le seul à proposer un redéploiement des services publics dans les territoires qui ont été abandonnés par le parti socialiste comme par l'UMP au cours des vingt dernières années. Les tendances montrent que si on prend l'ensemble des fonctionnaires y compris fonction publique territoriale, le FN est devant dans les intentions de vote. Ce n'est pas du tout étonnant puisqu'il propose justement de redévelopper les services publics donc de sauver l'emploi public dans les territoires. Je disais simple, effectivement c'est un discours très simple, des équations simples, une seule inconnue, une réponse et une solution. D'aucuns peuvent considérer ces réponses comme simplistes mais le caractère simpliste est lié à ce que sont les médias aujourd'hui. Les médias poussent au raisonnement simpliste. Il faut en une phrase avoir présenté l'essentiel de son programme donc trouver la phrase percutante. En l'occurrence je trouve que le FN depuis plusieurs mois, très actif sur cette question des services publics, sur la question sociale, devance largement ses concurrents.


RM : N'y a-t-il pas une contradiction entre le développement libéral de type grande distribution qui périphérise l'habitat et le commerce et ce souci de la part de tout l'échiquier politique de réhabilitation des centre villes ?


BP : Ce qui est intéressant c'est que cette transformation de l'occupation de l'espace urbain est très ancienne. Cela a fait l'objet d'analyses sociologiques dès le début du vingtième siècle. On a commencé à voir, à Chicago par exemple, cette répartition spatiale des activités. Le délaissement progressif des centre villes qui deviennent la plupart du temps des quartiers d'affaires mais d'où disparaissent un ensemble de commerces qui ne sont pas liés à ces activités et qui donc se périphérisent. J'étais hier à Limoux, Pôle emploi a été déplacé à côté du Leclerc !


RM : Mais aussi les pharmacies, les boulangeries et même les établissements scolaires !


BP : Il ne faut pas oublier que le foncier est moins cher en périphérie donc on y installe plus d'activités. Et quand des activités centrales se développent à un endroit, forcément d'autres activités connexes s'y développent. C'est là que les populations se dirigent pour faire leurs courses et donc on va y installer d'autres services comme Pôle Emploi à Limoux. On est vraiment dans ces logiques-là. Ce qui est marrant c'est quand les statistiques de l'INSEE sont sorties la semaine dernière, j'ai été très frappé d'entendre la réaction de journalistes disant "les gens maintenant préfèrent habiter en périphérie". C'est pas du tout ça, il suffit de regarder les prix du foncier, les prix de l'immobilier, et vous faites des cercles autour des centre urbains et on comprend vite pourquoi les gens se déplacent. On se retrouve du coup confrontés à des logiques d'engorgement des centres villes, de sur pollution. C'est une catastrophe à la fois économique, sociale, écologique et politique. Forcément ces processus dans lesquels on n'habite plus où on travaille conduisent à une dissolution progressive du lien social, ce qui pose effectivement le problème du "vivre ensemble" ce qui peut, entre autres expliquer ces processus de craintes, d'isolements, et donc de se retourner vers le Front National qui propose une forme de collectif. Quand on regarde la carte des plans sociaux, on voit aussi la carte du vote FN.


RM : Benoît Prévost, rendez-vous ce lundi 16 janvier pour la suite de l'analyse de ces phénomènes et les possibles solutions pour les contenir au Centro Espagnol


BP : Je tiens à souligner que votre initiative montre bien un mouvement global. En tant que Directeur du Centre Universitaire Du Guesclin, j'ai eu plusieurs demandes de diverses associations venant d'horizons très variés qui souhaitent organiser des débats citoyens face à la crainte que le vote FN passe d'un vote local à un vote véritablement national.


RM : Merci bien et à lundi pour ce café citoyen que vous animerez avec Dominique Crozat.