Edwy Plenel est journaliste, essayiste et cofondateur de Médiapart. Il se trouvait en ce mois d'août 2016 à Port Leucate, pour une conférence intitulé "Dire non*, Dire nous*, Reconstruire la solidarité et l'émancipation" à l'invitation de l'Université d'été du NPA.

Propos recueillis par Robert Martin,

Nous l'avons rencontré à la fin de sa conférence (à écouter sur Radio Pays d'Hérault dans l'émission Allez Savoir du 20 septembre 2016) pour lui parler de Béziers.

Robert Ménard est un pur aventurier

Robert Martin : Edwy Plenel, bonjour, vous avez terminé votre conférence sur les mots "haine" et "brutalité" concernant la situation politique et sociale. On pourrait considérer qu'à Béziers, c'est ce que Robert Ménard est en train de mettre en place.


Edwy Plenel : Oui, j'ai dit qu'à ce goût pour la détestation, pour la violence, pour la haine, pour les peurs, pour la virulence, pour la méchanceté, il faut opposer la bonté et la beauté ! Il faut être au-dessus d'eux, il faut être plus fort. J'ai invoqué pour cela ce que disait Stéphan Hessel. Je pense qu'il faut brandir un imaginaire des causes communes, un imaginaire démocratique et social contre la perdition de ceux qui ne croient plus en rien, même pas à Dieu, même s'ils le prétendent, même pas à l'athéisme. Robert Ménard est un pur aventurier. Il l'est depuis le début, j'ai pu le constater de près quand il était à la tête de Reporters sans frontières. Il piétine aujourd'hui ce qu'il a défendu quand il était à la tête de RSF. Il le piétine après avoir frappé à la porte du Qatar en espérant avoir une seconde carrière dans l'émirat, il ne l'a pas eu et du coup, il entame cette aventure biterroise. Vous savez, je dis souvent que, pour dévaler un escalier, il n'y a que la première marche qui coûte. Il va dévaler très loin. Je dis simplement à tout le peuple de Béziers de ne pas dévaler avec lui car on ne remonte pas l'escalier dans ce cas-là.

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Robert Martin : L'ancien journaliste qu'il est, votre ancien confrère, s'attaque maintenant à la presse avec une campagne d'affichage contre Midi Libre. Cela pose deux questions, une question de forme et une de fond : l'affichage public financé par les deniers publics d'une campagne de haine contre le journal local mais aussi la délicate question du pluralisme de la presse locale.


Edwy Plenel : Robert Ménard n'a jamais été vraiment journaliste. Je n'ai pas souvenir d'une information qu'il ait un jour révélée et publiée. Il a simplement fait sur une cause essentielle, la liberté de la presse sans frontière, son appareil militant, sa structure. Il en a eu l'idée le premier, il a un peu écarté les autres et comme souvent dans les organisations militantes, il y a des bureaucraties et des gens qui s'imposent. Il a fait de RSF sa chose jusqu'à un point limite en 2008. C'est une première rectification. Je pense vraiment que sa défense du journalisme, nécessaire à l'époque, et Reporters sans frontières continue sans lui heureusement, était une défense, dans son cas précis et la suite l'a montré, totalement opportuniste, carriériste, sans idéal, sans véritables convictions. La liberté de la presse ça ne se divise pas. C'est la liberté y compris de ceux qui ne pensent pas comme nous. C'est la liberté des informations qui nous dérangent, c'est la liberté du pluralisme, de la diversité. Une municipalité vit de l'impôt, des habitants, elle vit de finances prises à l'ensemble de la population y compris ceux qui n'ont pas voté pour Monsieur Ménard. Et bien utiliser les moyens d'une municipalité pour combattre le pluralisme, pour combattre la diversité, pour faire l'éloge de la censure, de ne pas lire des journaux, au fond pour défendre la haine de la liberté, pour moi c'est une cause qu'il ne faut pas relativiser, qui n'est pas minoritaire. Quels que soient les défauts que peut avoir un journal comme Midi Libre, comme tous les journaux, il faut évidemment le défendre, être à côté des travailleurs du Midi Libre, des journalistes du Midi Libre, de ceux qui font ce travail d'information.


Robert Martin : Edwy Plenel Merci !

 

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Dire « nous », c est inventer tous ensemble le « oui » qui nous manque, celui d un peuple réuni dans sa diversité et sa pluralité autour de l'urgence de l essentiel : la dignité de l'homme, le souci du monde, la survie de la terre.

 

 

 

 

 

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Ce livre s'adresse à tous ceux que la politique déçoit et que la crise effraye. Tous, avec l'auteur, réinventent le non. Le non à l'abaissement de la France par ceux qui la défigurent en ne l'aimant pas telle qu'elle est ; le non pour élever ce pays en élevant son langage ; le non pour inventer le oui. Au nom d'une France urbaine et métissée, il prône une laïcité ouverte, une liberté étendue, une refonte des institutions et une valorisation de la diversité qui provoqueraient un sursaut démocratique.