Dans la vie, ce que nous aimons, ce qui nous donne de l'énergie, ce sont les gens !
Dans un climat de « suicide français »1, où les thèmes de crise, d'insécurité et de pauvreté sont récurrents, où l'on entend parler de plus en plus des « habitants de Béziers » dans les médias locaux et nationaux, nous sommes ravies d'avoir un prétexte pour aller parler aux gens dans la rue. Un lundi après-midi, nous partons à la rencontre des habitants de notre quartier.

 

Tout d'abord, nous croisons un groupe de jeunes qui semblent sortir de cours. Ce sont nos premiers interlocuteurs. Ils sont pleinement à l'écoute et un jeune homme parmi eux est partant pour nous répondre. Contentes, nous l'interviewons.

 

Julien 19ans

Il vit à Béziers avec ses parents depuis qu'il est tout petit. Aujourd'hui, il est étudiant à l'IUT.

Faudrait diversifier, essayer de restaurer le centre-ville, ramener du monde aussi.

Au quotidien, il reste chez lui « sur l'ordi » ou voit ses amis avec lesquels il fait des « soirées ». Il se sent satisfait de sa vie. Cependant quand on lui demande « Si je vous dis j'ai envie de Béziers ! Qu'est-ce que ça vous évoque ?», là, il semble sceptique et peu enthousiaste. Avec «  tous les magasins qui sont en train de fermer » et « les bars qui ferment tôt », « ça donne pas trop envie de Béziers », « c'est mort le soir », nous dit-il. Et il se lance de lui-même en quête de solutions pragmatiques face à ce constat, mais ce n'est pas simple : il faudrait « diversifier, essayer de restaurer le centre-ville, ramener du monde aussi », pour avoir envie de Béziers, conclut-il.


Samuel 29ans

Devant la Médiathèque, nous rencontrons un groupe d'hommes qui semblent simplement occupés à passer le temps. Ils sont intéressés par nos questions et ont plein de choses à nous dire. Mais dans le même temps, ils précisent qu'ils ne veulent pas être interviewés.
C'est finalement Samuel, un jeune garçon de 29 ans, qui accepte de répondre à nos questions. Il ne veut pas trop se dévoiler, mais on comprend en discutant avec lui qu'il est arrivé à Béziers quand il avait 20 ans.

Si je fais rien de moi-même y a rien qui vient.

Comment occupez-vous vos journées ?
Ça dépend, je galère, je fais la manche, voilà. Je suis suivi par Passerelle (association dont l'objet est de promouvoir l'intégration sociale et professionnelle), mais ça fait rien du tout, si je fais rien de moi-même y a rien qui vient, et à dormir dehors, on se démerde déjà pour... vivre et après on verra.

Vous avez le RSA quand même?
Oui.

Si je pouvais exaucer 3 de vos vœux, quels seraient-ils ?
Ah, que j'aie ma fille tous les jours ! Et puis, son bonheur. Les 2 autres, ça serait pour son bonheur, voilà. Et du travail. J'ai travaillé ici pendant 2 ans, mais ils ne payent pas. C'est la merde. Je travaillais dans le nord, c'était 1800 euros, ici c'est 1100, c'est la misère.

Si je vous dis, « j'ai envie de Béziers », qu'est-ce que ça vous évoque ?

Béziers? Ah c'est la merde ici. Franchement, si je n'avais pas ma fille, je serais parti.

Une dernière petite question : Si vous étiez un génie, à votre tour, qu'est-ce que vous transformeriez à Béziers, qu'est-ce que vous proposeriez ?

Qu'est-ce que je ferais à Béziers ? Ha, la misère qu'il y a ici. (Il réfléchit) j'enlèverais toute la drogue. C'est le premier truc que je ferais et je pense que les gens, ils vivraient mieux. Béziers, c'est la merde. Moi avant d'arriver ici, je ne connaissais pas, j'avais 20 ans. J'suis vert, maintenant j'suis vert, d'avoir fait ce que j'ai fait... C'est Béziers. C'est Béziers.

 

Maurice 63 ans

Entre la Médiathèque et la gare routière, nous croisons un homme jovial qui accepte de répondre à nos questions. Maurice est biterrois de naissance. Aujourd'hui il est à la retraite et occupe son quotidien de manières « diverses et variées : voyages quand on peut, après j'aime beaucoup le sport, j'en pratique et je vais en voir. Puis tout ce qui est lecture, cinéma...resto, sortir avec mon épouse, et maintenant mon petit-fils. C'est un bonheur. »
A la question du petit génie et des 3 vœux, il nous explique avec un léger embarras, en s'excusant presque de sa réponse « un peu matérielle », que son rêve serait de « gagner au loto ». Pour «voir ce que ça fait de ne pas compter. Pour faire plaisir à ceux que j'aime, faire des voyages, des balades...Je ne changerais pas de voiture. Juste ne pas compter. »
Puis, il revient de sa rêverie, et formule son deuxième vœu, qui « passerait même en premier, en fait ! Continuer à être heureux, à être en vie, en bonne santé et que tous mes proches le soient aussi. »

Si je vous dis "j'ai envie de Béziers", qu'est-ce que ça vous évoque ?

Moi j'ai toujours eu envie de ... ! Même à 63 ans, j'ai encore envie de Béziers (en riant) !

Et plus sérieusement ?
Alors, si j'enlève le petit côté coquin, je suis biterrois et contrairement peut-être à beaucoup d'autres, moi j'aime Béziers, je suis bien à Béziers, voilà.

 

David 40 ans

A la gare routière, nous rejoignons un groupe de personnes qui bavardent sur un banc. David accepte après quelques hésitations de répondre à nos questions. Il est né à Béziers et travaille comme éducateur spécialisé. De ses loisirs, il « fait de la musique et boit des bières », nous dit-il en riant, d'une manière légèrement provocatrice. Il nous raconte avec enthousiasme qu'il revient d'un mois de vacances au Mexique. Le premier de ses vœux serait qu'on l'y « téléporte » ! «  Le deuxième ça serait (il réfléchit) de rendre les gens un peu plus sympas et moins agressifs en France et le troisième, c'est qu'on puisse faire plus confiance aux jeunes, aux jeunes qui ne travaillent pas pour trouver du travail et être dans une situation meilleure ».

J'essaierai (...) qu'il y en ait un peu plus pour tout le monde. Et puis qu'on essaie de rendre la ville plus dynamique.

Si, à votre tour vous étiez un petit génie, avec de supers pouvoirs, qu'est-ce que vous feriez à Béziers ?
J'essaierai de mieux redistribuer les loisirs, c'est-à-dire qu'il y en ait un peu plus pour tout le monde, pour que ce soit plus varié; (il réfléchit) qu'on essaye de trouver des solutions pour les personnes qui galèrent un peu (il réfléchit) sur tous les plans social, psychologique etc. Et puis qu'on essaie de rendre la ville plus dynamique, et moins axée sur des réponses sécuritaires.

 

Lydia

Sur la place du 14 Juillet, dans le petit espace de jeu pour enfants, nous abordons une jeune femme, assise sur un banc, qui visiblement accompagne sa fille jouer ici.
Elle vient du nord de Lille. Elle est venue à Béziers il y a 4 ans pour des vacances. Elle y a rencontré son petit ami et a donc décidé de s'installer ici. Elle nous raconte son quotidien, qu'elle consacre pleinement à l'éducation de sa fille qui vient d'avoir 2 ans, « j'attends qu'elle aille à l'école pour pouvoir travailler ».

Si j'étais un petit génie et que vous aviez 3 vœux à réaliser, quels seraient-ils ?
Un petit génie, trois vœux ? (elle réfléchit) je ne sais pas, la paix entre Israël et la Palestine? Je ne sais pas, tous ceux qui sont dans le besoin, leur donner tout ce qu'ils veulent; le minimum, quoi. Tout simplement.

Et pour vous ?
Pour moi ? Avoir ma famille avec moi (elle rit).

La dernière question, si je vous dis "j'ai envie de Béziers", qu'est-ce que ça vous évoque ?
"J'ai envie de Béziers?" (elle réfléchit) le soleil, les vacances, (elle réfléchit) tout simplement. A part les vacances pour moi, c'est pas très intéressant la ville de Béziers.

Pourquoi c'est pas très intéressant ?
J'arrive pas à me...comment vous dire, à m'intégrer. J'arrive pas à m'intégrer dans cette ville en fait. J'me sens pas, pas très bien, pas chez moi.
Vous avez du mal à rencontrer des gens ?
Oui, c'est (elle réfléchit), c'est les gens,

Et moi j'arrive pas à avancer, je sais pas, je me bloque dans cette ville. Je sais pas comment ça se fait.

 

Après cette sortie en ville, nous sommes à la fois contentes et fatiguées. Nous avons eu beaucoup de plaisir à rencontrer tous ces gens. Mais nous avons envie d'en savoir plus encore, sur eux, ce qu'ils pensent. Et puis, nous avons la conviction qu'il y a à Béziers une grande richesse sociale. Se côtoient ici des gens très différents, tant au niveau sociologique que culturel.
Cependant nous ressentons une lourdeur, même chez les plus optimistes. Quel est donc ce climat ? Qu'est-ce qu'il nous manque ici pour être plus heureux qu'ailleurs ? Pour notre part, nous avons des idées de réponses, et surtout de nouvelles idées de questions intéressantes à poser aux Biterrois ! Et vous ? Qu'en pensez-vous ?

 

1 Allusion à l'ouvrage "Le suicide français" que son auteur, Eric Zemmour, est venu présenter à Béziers en octobre.