Aujourd'hui, 21 avril 2015, je rencontre pour En vie à Béziers, Éric et Corentin du Collectif pour un Immeuble Associatif à Béziers. Ces braves gens ont l'ambition folle d'acheter ensemble un immeuble dans le centre-ville de Béziers.

Alors qu'écrire cet article m'est ce soir terriblement laborieux, j'en viens à me demander, qu'est-ce qui nous motive à bouger nos fesses ? À sortir de sous la couette, par exemple. Moi personnellement, c'est la faim, l'envie de pisser ou la contrainte d'aller bosser. Mais plus largement, qu'est-ce qui nous motive à nous regrouper, monter des projets ? Aller à leur rencontre me motive aujourd'hui à sortir du lit.

immeuble

 

Je donne donc rendez-vous en fin de journée (oui oui, il me faut peut-être du temps pour sortir du lit, et puis je ne vais pas vous raconter toute ma vie non plus...) à Éric et Corentin. Une fois descendus de leurs montures vélocipèdes, nous allons boire un coup à une terrasse voisine.

 

ericÉric vit à Béziers depuis trois ans. Il est arrivé ici, pour le boulot : il travaille à la médiathèque. Et aujourd'hui il s'y sent "bien". "Quand on dit qu'on va aller habiter à Béziers, on nous regarde avec des yeux ronds", mais finalement c'est tellement "à contre courant que tu as l'impression de faire un vrai choix". Et puis "depuis que des gens prennent leur destin en main" et qu'il a "le sentiment d'être dedans. Ça donne du sens."

"Le projet rassemble des associations mais aussi des citoyens", m'explique-t-il, et lui, il est citoyen "j'ai envie que des choses se passent ici à Béziers", tout simplement. Eh bien, vous savez quoi, moi aussi ! Surtout quand il me raconte qu'il "rêve d'un cinéma en centre-ville", je suis séduite. Pour prendre part au projet, Éric a "des idées et des propositions" mais il se sent également l'énergie d' "un travailleur, un ouvrier", quelqu'un qui "prépare la salle, qui range... qui s'occupe du côté pratique". Ça y est, c'est réussi, Éric m'a galvanisée.

Corentin est "musicien, accordéoniste, pianiste, auteur compositeur, chanteur, [il] écrit des chansons, fait des disques et des spectacles".

Il arrive de Montpellier, dont il est originaire, il y a quatre ans, car sa compagne est mutée à Béziers. Bizarrement, alors qu'il "a tourné dans quasiment tous les villages de l'Hérault", il "connaissait très mal Béziers". Mais aujourd'hui il pense qu' "objectivement c'est une ville super" : il y a le train, ce qui est bien pratique pour son métier, la ville n'est pas trop grande, ce qui lui permet de faire beaucoup de choses à vélo, et puis ce n'est pas si loin de Montpellier. En plus "C'est joli"! Toutefois le "climat sinistré de la ville...le manque de gens en centre-ville" lui pèse.
J'ai comme le sentiment que ce soir, Corentin est un peu fatigué-blasé. Je comprends tout-à-fait, à moi aussi, ça m'arrive souvent.

cocoFinalement, c'est peut être toute ma subjectivité qui s'exprime dans ces deux portraits. Je m'y retrouve entièrement : à la fois l'envie de Béziers et la lassitude de toujours devoir trouver l'énergie de sortir de sous la couette...! Le résultat de cette équation, aujourd'hui, sera donc "le collectif pour un immeuble associatif à Béziers". J'avoue qu'au début ce nom à rallonge m'a bêtement un peu rebutée. Mais maintenant que j'en sais un peu plus sur le projet, je vous assure que j'ai oublié tous mes a priori originels.

Qu'en est il donc, me direz-vous ? J'y arrive : Tout a commencé avec Corentin qui, fraîchement débarqué de Montpellier, cherche un nouveau local pour son association. Là-bas, il partageait ses locaux avec une MECS (Maison d'Enfants à Caractère Social, établissement social ou médico-social spécialisé dans l'accueil temporaire de mineurs), d'autres associations et même un restaurant. Il faisait des concerts avec les enfants, partageait des activités et événements avec ses voisins, bref ça avait l'air plutôt chouette. Après ça, je ne doute pas que se retrouver tout seul, dans un sombre local entouré d'autres locaux à vendre, dans le centre ville de Béziers, c'est moins rigolo. Mais au moins, ici, le prix des loyers est plus que raisonnable... Et c'est là que la force de la motivation créative fait son effet : Corentin a l'idée du siècle : "ce serait plus sympa, plus marrant si on s'y met à plusieurs". Alors il en parle autour de lui, sans vraiment savoir ce qu'il adviendra...

Plusieurs réunions publiques plus tard, l'idée devient un projet qui rassemble pas mal de monde. "Au début à Béziers, on a l'impression qu'il ne se passe rien" m'explique Corentin, "et puis au final on réalise qu'il se passe des choses sur des plans très différents et c'est ça qui est intéressant. Mettre toutes ces choses en valeur dans un lieu commun".

Le mois dernier, une cinquantaine d'associations s'associent à la Cimade pour réaliser dans leurs locaux le festival un Printemps à Béziers. L'idée pour le collectif est de faire de ce festival "une vitrine de l'immeuble associatif", ce qui s'y passerait si le lieu existait réellement. Selon, Éric et Corentin, avec près de 2500 participants sur 15 jours, c'est un succès. L'idée de l'immeuble associatif est définitivement validée : il y a à la fois des gens prêts à s'investir et un besoin dans le centre-ville de Béziers d'un lieu "sympa, convivial où on puisse aller en famille, jouer, lire assister à des conférences...".

 

si on se met ensemble, on peut faire quelque chose de plus gros, de plus fort, de plus convivial

 

Mais quelles sont les propositions de ces citoyens et associations ? "Danse, théâtre, mais aussi écologie, social, loisirs, citoyenneté, un peu de tout, des choses assez différentes et c'est ça qui peut faire la force du projet". Ce qui regroupe toutes ces énergies ? "L'idée est d'occuper le terrain culturel et social du centre-ville". Et surtout le projet est "participatif", "si on se met ensemble, on peut faire quelque chose de plus gros, de plus fort, de plus convivial". Et ça, c'est très important pour eux, "le principe de cogestion". Alors si j'ai bien compris, voici l'idée : si j'ai envie de concrétiser l'un de mes projet fous, par exemple, organiser des ateliers de pâtisserie interculturels, je peux tout à fait intégrer le collectif. Mais il ne s'agira pas de m'occuper que de mes petits gâteaux, je participerai aussi aux autres projets de mes collègues participatifs biterrois, afin qu'ensemble on fasse vivre ce beau, ouvert et réjouissant Immeuble associatif.

Bon, le problème, c'est que pour l'instant l'immeuble associatif, il n'existe pas !
Dans les rêves du collectif, il y aurait à l'étage des bureaux pour les associations, et en rez-de-chaussée une "salle polyvalente", lieu de toutes nos folies (film, concert, tournoi de belote...).
Mais pour cela, il faut des financements. Seront-ils privés ou publics ? S'agira-t-il d'un petit local ou d'un grand immeuble ? Questions encore en suspens.

En bref, Corentin, Éric et leurs collègues du Collectif ont envie de Béziers. Ils se cherchent encore et évolueront en fonction de qui se rassemble, s'investit et participe. Et vous, envie de Béziers ? Plutôt sous la couette ou en mode participatif ?

Pour en savoir plus https://immeubleassociatifbeziers.wordpress.com/