Élue en juin dernier, Muriel Ressiguier est une des 17 députés du groupe de la France Insoumise à l'Assemblée nationale.

Propos recueillis par Robert Martin

Elle a voté contre l'état d'urgence comme fonctionnement normal de notre république et s'inquiète, entre autres, des projets sur l'immigration qui se préparent. Autres sujets d'indignation pour Muriel Ressiguier, les mesures anti SDF et surtout le mépris et l'arrogance d'un système qui cache la misère dont il est en partie responsable. Autres sujets d'indignation pour Muriel Ressiguier, les mesures anti SDF et surtout le mépris et l'arrogance d'un système qui cache la misère dont il est en partie responsable. Voici l'interview réalisé le 11 décembre 2017 pour Envie à Béziers et Radio Pays d'Hérault.

Robert Martin : Vous êtes une nouvelle et jeune députée de La France Insoumise. Comment revêt-on les habits d'une élue de la 5ème république quand on demande son abandon et sa suppression pour une 6ème république ?


Muriel Ressiguier : Cela fait partie des contradictions qu'on doit gérer. J'ai toujours été convaincue qu'il fallait jouer avec les règles en vigueur même si on essayait de les changer Pour être claire, pour instaurer une 6ème république, il faut jouer avec les règles de la 5ème pour prendre le pouvoir et le changer. Pour cela, il n'existe pas d'autres armes, c'est la démocratie. On a joué avec ces règles-là, on a réussi à avoir 17 élu.e.s. Ensuite, on essaie de changer ce type de fonctionnement avec notre manière d'agir et de pratiquer et de continuer à militer tout en étant députée, ce qui n'est pas la norme. On dit toujours un pied dedans, un pied dehors. Un à l'Assemblée, pour lutter contre les lois même si on sait qu'on n'est pas majoritaire mais c'est quand même important et ça nous sert de porte-voix pour informer les gens. Et puis un pied dehors pour être dans les luttes sociales, avec les syndicats. Je suis toujours syndiquée, déléguée syndicale. C'est une pratique que les autres député.e.s n'avaient pas et cela, on essaie de l'impulser. Ensuite, ce sont les actes qui parlent, à nous d'essayer d'agir différemment en conformité avec ce que nous pensons.

 

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RM : En tout cas, ce groupe de 17 député.e.s se fait entendre !
MR : C'est nécessaire car il faut jouer aussi avec le jeu des médias, le jeu du buzz. C'est une façon de communiquer obligatoire dans le monde où l'on vit. Mais derrière, ne pas oublier le travail de fond, le travail de fourmi qui ne se voit pas forcément auprès des gens.


RM : François Ruffin vient de se voir condamné pour avoir porté un maillot de foot...
MR : On n'a pas l'habitude de voir ça à l'Assemblée. D'ailleurs, on va rediscuter du règlement intérieur pour savoir ce qu'est une tenue correcte ou indécente. Quand je suis arrivée, il faisait très chaud et beaucoup de jeunes femmes avaient des T-shirts et on nous a dit, "les bras nus c'est indécent à l'Assemblée Nationale". Il faut faire évoluer tout cela. Derrière l'habit indécent qui choque, ce qui choque surtout, ce sont justement les gens qu'on n'a pas l'habitude de voir au Parlement. Je pense à celles et ceux de nos classes sociales qui ont une manière de se comporter, de communiquer qui n'est pas extrêmement protocolaire mais spontanée et sincère. C'est une manière de leur dire, dans le foot, il n'y a pas que le sport de haut niveau, il n'y a pas que le fric mais aussi des petits clubs, des gens qui font un travail sportif, culturel dans les cités et qu'il faut aider. C'était une manière d'attirer l'attention sur cette situation.


RM : Depuis le mois de juin, pléthore de lois ont été soumises au Parlement. L'une d'elles m'intéresse particulièrement, c'est l'idée que l'exception de l'état d'urgence devient la normalité de fonctionnement de notre république.
MR : C'est étonnant surtout pour un pays comme la France. Cela prouve qu'on est en train de basculer dans une autre manière de penser et qu'on perd un peu ce qui nous caractérise. On a toujours dit bien sûr la sécurité, bien sûr il faut lutter contre le terrorisme mais sans atteinte aux libertés individuelles. On a d'ailleurs vu que tout ce qui est vidéo surveillance, écoutes ne permettent pas forcément d'arrêter les gens avant qu'ils n'agissent. Cela permet quelquefois de les retrouver après. Il faut travailler sur d'autres pistes pour lutter contre le terrorisme. On en arrive un peu comme aux États-Unis. Les gens, après les attentats de 2001, ont eu peur, ils ont eu une réaction animale de repli et regardaient tout ce qui est à l'extérieur comme un ennemi potentiel. Normalement, les politiques doivent raison garder, doivent agir en argumentant et en disant ce qui est le mieux pour le pays. Là, on a l'impression que ceux qui nous gouvernent se sont laissés aller à cette peur. Les mauvaises langues disent que ça les sert aussi. Quand vous pouvez mettre en garde à vue des gens plus facilement et les écouter tout aussi facilement, les droits de l'homme sont en danger. On a mis en garde à vue et écouté des personnes, syndicalistes ou militants, pas toujours pour des motifs de type terrorisme. C'est un réflexe animal malheureux qui montre que l'on n'a pas beaucoup progressé.


RM : Et puis cela alimente aussi le sentiment d'insécurité...
MR : Je vous avoue que quand je me balade dans la rue avec des gens à côté de moi qui portent des mitraillettes, je ne me sens pas forcément plus en sécurité ! Pour le terrorisme, il faut que les services en haut lieu fusionnent peut-être, travaillent d'une autre manière, soient plus efficaces peut-être aussi en écoutant certaines associations qui ont un regard sur les quartiers et sur les endroits où il faut être vigilant en évitant de stigmatiser tous les individus. Pour l'instant, qui est passé à l'acte en France ? Soit des gens atteints de maladies psychiatriques qu'il faut soigner et aider, soit des gens en dépression, complètement à la dérive et pas du tout des gens qui croyaient en un Dieu. Ce sont des personnes qu'on a manipulées en les amenant vers cette croyance religieuse. Ce n'est pas du tout des fondamentalistes qui connaissent le Coran par cœur.


RM : Il existe d'autres états d'urgence qui mériteraient une loi d'exception du même genre. Je pense à la misère, la précarité, les problèmes sociaux, le climat. Ce sont de vrais états d'urgence !
MR : C'est clair ! Ce sont des états d'urgence fondamentaux qui font que la société ne tiendra pas éternellement si on ne les résout pas. A Montpellier, 27% de personnes sous le seuil de pauvreté et à Béziers vous êtes sûrement peut-être meilleurs que nous ! 80% des foyers pourraient prétendre à un logement social ce qui signifie que des gens survivent même en travaillant à temps plein. Les salaires sont tellement dérisoires par rapport aux loyers qu'on fabrique des travailleurs pauvres. Évidemment, c'est une urgence ! Comme les 30 à 35000 gamins qui dorment dehors en France. On va continuer à accepter ça ? Sans oublier les 140000 SDF partout dans le froid, sans compter ceux qu'on ne voit pas. Il faut répondre à ces urgences-là !
On va faire rire tout le monde si on continue...


Ressiguier1RM : Sans parler des nouvelles mesures anti-sdf dans l'espace public : bancs avec séparation, cactus à la place de l'herbe, des pierres, des plans inclinés....
MR : C'est terrible ! Il existe une campagne notamment à Montpellier contre cela à laquelle évidemment je souscris. Cela signifie qu'il existe encore des gens qui sont choqués et qui se considèrent encore comme des êtres humains. C'est choquant pour un pays comme la France où l'on parle de liberté, d'égalité et fraternité, des droits de l'homme, d'universalité, on va finir par faire rire tout le monde si on continue. Ce n'est pas parce qu'on est pauvre, qu'on n'a plus de logement, qu'on a eu des accidents de vie qu'on ne vaut rien, qu'on est un déchet. Ah oui, ça dérange ces braves gens, ceux qui ont un peu d'argent quand ils vont dans les magasins, quand ils se promènent dans la rue, de voir par terre des gens qui crèvent. Comme ça les dérange, on met des pics ou on les expulse à l'extérieur de la ville et le temps qu'ils reviennent, c'est propre ! On peut faire nos fêtes de Noël comme si de rien n'était. C'est plus qu'effrayant, c'est terrifiant et je crois que là on a atteint une limite qu'il ne faut pas tolérer sur le plan humain. J'encourage les gens à participer à cette campagne qui consiste à prendre des photos et à les envoyer sur le site pour que ce soit relayé. Effectivement, ça fait partie de la ligne rouge et on ne doit pas l'accepter. La misère pour eux serait comme interdite et comme ils n'ont pas réussi à éradiquer la pauvreté avec des moyens sociaux, on fait croire qu'on a réglé la misère et on force les gens à ne plus la voir en éloignant les miséreux. C'est proprement scandaleux, ça nous ramène vraiment à des heures sombres de notre histoire. Il faut faire attention quand on fait des catégories avec les hommes. Les SDF, les gens qui sont dans la rue, c'est peut-être nous dans cinq ou six ans.


RM : Comment répondre à ces urgences sociales ?
MR : Par l'urgence économique ! Est-ce qu'on reste dans l'économie financière où les entreprises font des bénéfices, licencient pour que les fonds de pension des pays où n'existent pas de système de retraite puissent encore gagner un peu plus ? Ces gens n'ont que ça pour vivre, le profit, le pognon et tant pis pour l'économie réelle et tant pis pour la planète. On cherche du gaz de schiste, on fait travailler les gamins ailleurs dans le monde y compris les entreprises françaises, on va arriver à une économie qui va étouffer l'économie réelle et qui va mettre les gens dans la pauvreté, qui va pourrir la planète. Ce n'est pourtant pas une fatalité, ce sont tout à fait des choses qu'on pourrait arrêter. Il suffirait de le décider et d'expliquer aux gens que l'on va se tourner vers une économie avec des circuits courts. Je vois que la Région Occitanie, c'était une de nos batailles du groupe Nouveau Monde en Commun, vient de décider qu'il y aurait des repas bio dans les lycées. Ce sont des décisions qu'on peut prendre. Regardez les SCOP qui se développent et qui sont victimes de leur succès, ça marche trop ! Voilà, ce sont les vraies urgences et remettre un peu l'être humain au milieu de tout cela.
mépris, assurance et arrogance...


RM : Deux chantiers se profilent concernant l'urgence sociale, les retraites et le SMIC qu'un groupe d'expert propose de ne plus augmenter du tout !
MR : Ils veulent geler le SMIC. C'est là qu'on voit que c'est un gouvernement de classe en réalité, la classe sociale la plus élevée a pris le pouvoir et nous met à genoux. Quand on supprime l'ISF, quand on baisse l'APL et quand on dit aux gens "le SMIC ça va comme ça, puisque on va baisser les cotisations sociales sur l'assurance chômage et sur l'assurance maladie, ça vous fera 100/150€ de plus" mais on ne dit pas qu'on flingue le financement de ces systèmes-là et donc "100/150€ c'est bon pour vous les gars, ça suffit". Ça veut dire que ce sont des gens qui sont d'une violence extrême, au niveau social, quand soi-même on gagne entre 5 et 10 fois plus, d'aller devant les gens et de dire "vous, la télé ça vous suffit, vous n'avez pas besoin de vous cultiver, pas besoin de manger correctement, vous n'avez pas besoin de partir en vacances et vous avez à peine besoin de vous chauffer, vous mettrez un gros pull, ça ira bien ! "C'est très violent d'envoyer ce message aux gens, il faut que nos gouvernants fassent attention. Cela montre leur mépris, leur assurance et leur arrogance. Maintenant, ce sont des choses qu'on peut dire. Avant, un président de la République ou un gouvernement ne pouvait pas prendre des mesures comme celles-là. Il y avait des gens dans la rue, indignés et maintenant les gens sont tellement humiliés et habitués à prendre des coups qu'on arrive même à les faire culpabiliser de la situation dans laquelle ils sont. C'est l'individualisme, si on n'y arrive pas en tant qu'individu, on n'est pas si au point que ça, c'est un peu aussi de notre faute et c'est ça qu'on met dans la tête des gens et les gens sont en train de l'intégrer et nous, notre rôle, c'est de leur montrer que c'est une politique antisociale, qu'il faut démonter, pour qu'ils retrouvent leur dignité et on veut les y aider.

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RM : Autre grand sujet de l'automne qui se poursuit, c'est cette déferlante de dénonciations contre l'attitude condamnable de certains hommes envers les femmes.
MR : En tant que femme, c'est bien que la parole se libère. De toutes façons, l'omerta ne dure jamais éternellement, arrive un moment où ça craque. Quelque soit le milieu, au travail, dans la rue, même en politique, toutes les femmes ont été victimes de harcèlement, à minima. Cela aussi, les femmes l'avaient intégré et à la limite on se disait "ah je n'aurais pas dû m'habiller comme ça, je n'aurais pas dû sourire, dire bonjour". Là c'est bien, cela signifie qu'enfin les femmes comprennent que c'est peut-être aussi aux hommes de se comporter correctement. Nous, on ne colle pas les gars dans les ascenseurs. Quand quelqu'un nous plaît, on ne l'embrasse pas de force. Il faut que les mecs aussi se rendent compte que maintenant, on n'est pas des objets, pas des animaux et qu'il faut passer par toute une étape de relation/séduction, que l'autre n'est pas un objet, ne nous appartient pas et peut dire non, et quand c'est non, on arrête tout.


RM : Dans l'actualité montpelliéraine, on a assisté au procès de la Ligue du Midi qui, je le rappelle, avait investi de façon violente les locaux de l'association RAIH d'aide aux migrants. Le père et le fils, inculpés, ne regrettent rien !
MR : Ah non, ils ne regrettent pas. Là aussi, on peut regretter que la justice n'ose pas nommer les choses et nommer les actes tels qu'ils sont. Ce n'est pas juste une dégradation d'objets, une intimidation faite à des gens, c'est un acte politique. Quand on filme, qu'on le met sur les réseaux sociaux et qu'on en est fier, c'est un acte politique xénophobe et qui veut dire "attention, maintenant on peut se montrer suffisamment en public pour venir chez vous, pour casser vos trucs, pour éventuellement vous casser la figure et on va pas s'arrêter là. On en est fier et on en fait de la publicité" et ça c'est grave !
Le racisme n'est pas une opinion, c'est un délit !


RM : Toujours dans l'actualité politique, Laurent Wauquiez a été élu largement président de Les Républicains et son responsable à la jeunesse trouve Marine Le Pen trop à gauche et même soixante-huitarde. Votre réaction ?
MR : Cela fait frémir ! Mais signifie que les idées d'extrême droite, les idées xénophobes du rejet de l'autre qui consistent à désigner les coupables, qui sont les plus petits que vous, qui sont en train de vous déclasser permettent au système libéral d'avoir de beaux jours devant lui Ces idées-là prolifèrent dans la société, on les admet. Il y a dix ou quinze ans quand quelqu'un tenait un propos raciste, dans un bureau ou dans un bus, il le faisait à voix basse et vous aviez des regards qui se tournaient vers lui et on lui demandait de se taire. Maintenant c'est l'inverse, les propos racistes sont tenus ouvertement et ceux qui osent dire "Stop, taisez-vous, le racisme c'est pas une opinion, c'est un délit" passent pour des gens bizarres ou courageux ! On assiste à un glissement dangereux, qu'on observe dans d'autres pays d'Europe et à mon avis qu'il faut corréler au fait que les gens sont dans une situation individuelle, sociale et économique désastreuse et qui se dégrade. A ce moment-là, on a ce réflexe-là, le réflexe de se retirer de la vie sociétale, ne plus voter. Donc Laurent Wauquiez surfe sur cela. Il va draguer l'électorat FN, et comme le Front National essaye de se présenter comme un parti républicain, on va assister à la lutte entre Marine et lui pour récupérer cet électorat-là. Notre travail est d'expliquer aux gens que la haine n'a amené dans l'histoire qu'à la guerre et à des atrocités. En tant qu'être humain il faut penser aussi à s'élever, à revenir à un peu plus d'humanité et de solidarité entre nous.


RM : Cette politique du bouc émissaire on la connaît bien à Béziers avec Robert Ménard et elle marche ! C'est son épouse qui a été élue députée de Béziers ! Et Béziers, là encore est une ville très pauvre. Donc c'est toujours la misère et la précarité qui créent ces réactions-là ?
MR : Oui ! Quand les gens arrivent à un degré de misère, financière et affective et quelquefois intellectuelle, quand l'école ne fait plus son travail, quand vous avez la rage tous les jours, que vous ne savez pas comment vous allez bouffer, vous allez payer le loyer, si les gamins auront un cadeau pour Noël ou pas, où vous allez habiter dans 3 mois, il arrive un moment où on ne pense plus forcément avec son cerveau et où on pense avec la rage. Dans ces cas-là, c'est plus facile de taper sur le petit, sur l'étranger, sur celui qui a encore moins que vous, que de se retourner vers les patrons de son entreprise, vers le gouvernement, vers les vrais responsables et de se battre collectivement. C'est un réflexe qu'on observe plusieurs fois dans l'histoire, c'est un réflexe humain On n'a pas encore réussi à montrer aux gens qui sont dans ces situations-là, qu'ils iront quand même à leur perte, car on leur enlèvera quand même leur travail, on leur prendra quand même leur maison. Les étrangers en prennent plein la gueule en premier et ensuite ce sera le tour des classes populaires et classes moyennes qui perdent leur pouvoir d'achat. Ce n'est pas une solution, on le sait mais on observe sociologiquement que plus les gens glissent vers la misère, plus ils abandonnent le combat collectif. Je dis cela mais partout, dans ces mêmes endroits, on trouve des pôles de résistance, Envie à Béziers en particulier, des organisations politiques qui se battent et distribuent des soupes dans la rue. On trouve toujours le pendant, des gens qui glissent et d'autres qui résistent et ceux-là on n'en parle pas. Pourtant, ils ont une importance fondamentale, tant qu'ils sont présents, ça ne s'écroule pas et on peut reconstruire vers l'humain. Ce sont ces gens-là qu'il faut aider et c'est bien pour ça que Ménard coupe les subventions et joue de l'intimidation avec la police pour les gens qui aident les citoyens à Béziers.
Vous ne voulez pas de moi, allez vous faire voir !


RM : Sans chercher des coupables à ces situations, qui n'a pas fait son travail ?
MR : Je pense qu'il y a une faillite de la République. On n'a pas réussi à émanciper les individus via l'éducation, via l'école, qui leur permettaient de sortir de leur destin et d'accéder à des concours, à des emplois, qu'ils n'auraient jamais pu avoir de par leur condition sociale. C'est encore, malgré tout je pense, la seule porte de sortie pour beaucoup de monde mais c'est devenu compliqué parce que dans les endroits où les gens avaient besoin de mixité sociale, on l'a oubliée en laissant à l'abandon des collèges et puis c'est la faillite de l'intégration, mot que je déteste ! Quand vous demandez à des gens pendant 3 générations : "intègre-toi", "tu es bien intégré?" "tu es sûr là ? " "tu es plus blanc que blanc, tu es comme nous ?" Il arrive un moment où les gens se sentent toujours montrés du doigt et peuvent avoir le réflexe de dire "vous ne voulez pas de moi, allez vous faire voir ! " Sans oublier qu'on n'a pas réglé notre passé colonial. Il faut se le dire en face, les yeux dans les yeux, on a historiquement des torts et comment fait-on maintenant, avec ce bout d'histoire commune, pour avancer vers l'humanisme et arrêter de demander aux gens de toujours montrer patte blanche ? Il y a aussi une réalité, quand vous habitez dans certains quartiers, quand vous cherchez un travail, et que vous avez des noms à certaines consonances, vous ne trouvez pas, on ne vous répond pas. Quand on vous demande à 30 balais et que vous travaillez, une caution ou un garant et qu'on ne le demande pas à d'autres... C'est à la fois notre comportement collectif mais également la république qui n'a pas joué son rôle, mais ce n'est pas du tout trop tard. Je n'aime pas ce sentiment qui fait dire "c'est la faute de la société", cela déresponsabilise les individus. Cette société, même si on ne l'aime pas, il faut la changer ensemble et être exigeant dans son chemin de vie et envers soi-même comme on l'est avec la collectivité.


RM : Victor Hugo disait que la solidarité c'est le cœur qui pense...
MR : Jaurès parlait "des cerveaux et des cœurs" ! Si vous ne touchez que l'un des deux, il y a toujours des dérives autoritaires ou xénophobes derrière.


RM : Revenons à Béziers avec le problème de l'installation de la crèche à la Mairie comme Wauquiez d'ailleurs au Conseil Régional ...Le tribunal Administratif l'a obligé à la démonter. Il l'a réinstallée ailleurs en parlant d'expulsion...
MR : Qu'est-ce qu'il envoie comme message ? Le mépris, le non-respect des règles républicaines et de la justice. C'est quand même très grave comme Marine Le Pen qui ne s'est pas rendue aux convocations de la justice. "Je fais ce que je veux dans ma ville, dans mon territoire et mes valeurs seront imposées à tout le monde même si elles vont contre la république."


RM : On assiste quand même à un retour du religieux et il n'est pas musulman celui-là !
MR : C'est un retour au religieux qui n'est pas respectueux. Chez les catholiques, on trouve des gens extrêmement respectueux qui ont une pratique individuelle et qui ne l'imposent pas aux autres. Ils n'ont qu'à faire une crèche chez eux mais pas à la mairie ! Ce retour au religieux, on le constate aussi dans les périodes où socialement les gens en prennent plein la figure et morflent. Il y a une quête de sens et quand la réponse n'est plus, aux yeux des gens, politique et sociétale, on la cherche vers le spirituel. Les valeurs républicaines permettent justement à tous de coexister fraternellement et il faut les rappeler, les réaffirmer et les défendre. Mais il faut aussi dénoncer ceux qui se servent de la laïcité pour tenir des propos xénophobes et racistes. Chacun peut avoir sa propre spiritualité mais il faut aussi avoir une réflexion sur la place du spirituel justement en ce moment avec les malentendus et les transferts que les gens peuvent faire aussi dans ces pratiques-là.


RM : Une année 2018 sans échéances électorales propre à avoir des réflexions. Quels sont les gros chantiers auxquels vous allez vous attaquer ?
MR : Je pense que la lutte contre les ordonnances travail n'est pas terminée parce que cette année, les gens vont se rendre compte, dans le réel, le concret et le quotidien de ce que ça implique. Pour l'instant c'est du bla bla. Pas mal d'entreprises renégocient leurs conventions collectives et les salariés.e.s vont comprendre ce que ça veut dire. Également, la réforme sur la formation professionnelle, sur l'éducation, sur le bac, sur l'assurance chômage avec derrière, l'idée à peine voilée de la privatiser pour plus contrôler ces chômeurs fainéants qui ne veulent pas bosser. Le système paritaire petit à petit va être amoindri jusqu'à la privatisation, le gouvernement ne s'en cache même pas ! Les gens auront des indemnités moins élevées et pendant moins longtemps. Si on ajoute à ça les CDI de projet, les propriétaires qui feront des baux correspondants à votre contrat de travail, ça promet pour les gens au quotidien, une violence à laquelle, à mon avis, ils ne sont pas préparés. Il va falloir des lieux de parole pour que les gens s'organisent et essayer de réfléchir comment on articule la résistance dans les milieux sociaux, dans les associations, dans les syndicats et c'est le rôle de notre groupe France Insoumise à l'Assemblée.


RM : Muriel Ressiguier, merci et bon courage !
MR : Merci à vous !