Ou changer les élus pour changer le monde ? En ce début d'année 2017, en France, au Royaume Uni, en Allemagne, aux U.S.A . . . la question du changement fait la une de l'actualité.

Par Didier,


Dans tous les changements qui nous sont proposés (nationalistes, libéraux, religieux, écologiques, identitaires, sociaux . . .), nous retrouvons invariablement des postures politiques conjoncturelles : de fond ou de forme. Dans ces postures, le citoyen est quasi systématiquement assujetti à une position de spectateur. Et si pour changer le monde, il fallait changer le logiciel des élus ?

Nous sommes nombreux à EVAB à avoir milité dans la ville de Béziers, et dans son agglomération pour un retour en régie publique de l'eau (voir numéros précédents). Une de nos revendications était l'organisation d'un référendum citoyen local. De nombreuses rencontres avec des élus locaux ont ponctué cette revendication. Dans ces rencontres, il nous a souvent été renvoyé notre incompétence : c'était eux les spécialistes, entourés de cabinets conseils spécialisés et assermentés. A partir d'un tel positionnement, les élus (sociaux libéraux de l'agglomération et identitaires de Béziers) ont majoritairement refusé le principe d'un référendum.

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Dans cet exemple local nous avons tous les ingrédients d'une dépossession citoyenne, au nom de la technicité pour les sociaux libéraux, au nom du chef qui sait tout pour les identitaires.
C'est cette dépossession citoyenne qu'il faut annuler. A l'inverse, il faut imposer une consultation citoyenne, sur tous les grands dossiers pour garantir et promouvoir l'exercice démocratique.
Pas une consultation citoyenne à la mode du F.N sur des sujets sélectionnés comme le rétablissement de la peine de mort.
Pas une consultation citoyenne à la mode libérale comme pour l'aéroport de Notre Dame des Landes, en cherchant le bon périmètre électoral pour le bon vote.
Mais une consultation sur des périmètres standards (commune, agglo, département . . .).
Seule cette volonté de transformer l'élu en agent d'un changement décidé collectivement, seule cette volonté de lier l'élu aux décisions collectives pourra redonner de la confiance et de l'intérêt aux biens communs.


A ceux qui objectent que c'est impossible, dispendieux, qu'il n'y a aucun intérêt citoyen pour cela, il faut répondre que ces chantiers citoyens sont à l'œuvre en ce moment en Espagne dans des villes de la taille de Madrid, Barcelone, Saragosse, Saint Jacques de Compostelle, Valence. . . et dans des dizaines d'autres villes de moindre taille.
A Saint Jacques de Compostelle, cette dynamique qui place l'élu comme agent opérationnel du changement a permis de mettre en place plusieurs programmes sociaux.
A Madrid, les élus se soumettent aux budgets participatifs.
A Barcelone, les élus ont fait de la question du tourisme de masse et de la gentrification une question collective.
A Saragosse, la dynamique citoyenne a porté sur les modalités de la fiscalité.
A Valence, sur les modalités du vivre ensemble.
Partout, dans toutes ces villes ce qui est en chantier c'est le refus du recul du mouvement social en cas d'élections favorables à la gauche traditionnelle c'est à dire le PSOE.
Partout, dans toutes ces villes ce qui est en chantier c'est la recherche d'un cadre qui garantisse les échanges élus / citoyens.
Pour garantir cet échange, il faut garantir les formes d'un lien ombilical entre élu et citoyen.
Un lien qui définisse mandat impératif et mandat de délégation. Mandat impératif pour tout ce qui concerne les modes de décisions. Mandat de délégation pour ce qui concerne la mise en œuvre des décisions démocratiquement décidées.
L'autre avancée espagnole, c'est la fédération des expériences locales dans les rencontres des « villes rebelles » qui ont eu lieu à Oviedo, Barcelone, La Corogne. . . afin d'échanger sur des thématiques transversales pour réaliser la municipalisation des services publics, l'accueil des réfugiés, l'éradication du franquisme au travers des lieux de mémoire.
A travers toutes les élections à venir, à tous les niveaux de représentativité, c'est en créant, en imposant, une telle dialectique entre élu et citoyen que nous pourrons changer d'élu pour changer de monde.

Pour de plus amples informations sur les expériences Espagnoles, lire la critique du livre de  Ludovic Lamant : "Squatter le pouvoir, les mairies rebelles d'Espagne", aux éditions Lux Montréal 2016, parue sur le site de Médiapart et lire le Monde diplomatique du mois de Février 2017