Le revenu de base ou Revenu d'Existence, tout le monde en parle !! Depuis la primaire de la Belle Alliance Populaire (du PS en fait), les éditorialistes reconnaissent que le sujet est bien choisi, qu'il a le mérite de faire causer les utopistes et les glandeurs.

 Par Clairette

Évidemment, leur scepticisme les rend incrédules, restons raisonnables. Arnaud Montebourg, candidat écarté dès le premier tour des primaires, trouve l'idée inapplicable en raison du coût de la mesure mais surtout de la perte de la valeur travail. Mais de quoi parle t-on ? D'un regroupement d'allocations, de droits rémunérés en un seul versement présenté comme une simplification efficiente ou d'un droit inscrit dans le marbre qui valide le principe de l'existence d'un bien commun dont l'existence vaut en soi, quelle que soit la situation de l'économie qui suppose une critique assumée des dogmes libéraux et du système de propriété des moyens de productions.

 La promotion « d'une société d'assistanat et du farniente »

Nombre d'articles sur le revenu d'existence soulignent ses notions transversales, la plupart plébiscite le principe d'une allocation unique. Le revenu d'existence est aussi soutenu par les keynésiens qui utilisent le revenu de base comme outil de partage des gains entre le capital et le travail (modèle qui a inspiré la mise en place du RMI en 1989). Repris aussi par certains marxistes, le revenu de base est perçu comme un instrument de dignité et d'émancipation des travailleurs.

Le Revenu décent défendu par Manuel Valls s'apparente à un regroupement des prestations sociales rappelant la terminologie souvent utilisée par le gouvernement de ce même M. Valls, un « choc de simplification ». Cela ne l'empêche pas de qualifier le projet de son concurrent comme la promotion « d'une société d'assistanat et du farniente ». Pour sa part, Benoît Hamon envisage un revenu plus élevé qui pourrait atteindre 750 euros par citoyen majeur d'ici 2020.

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Sa proposition est construite en trois étapes différées dans le temps :
• 2017 : augmentation de 10% du RSA (1) aux ayants-droits et ouverture de son accessibilité aux 18-25 ans.
• 2018-2020 : majoration du RSA de 10% et versement d'une allocation universelle à tous les adultes que compte la France.
• 2020 : augmentation du revenu universel au seuil de 750 euros (Il est à noter que le seuil de pauvreté se situe à 900 euros mensuel).
Le candidat réaliserait le financement du Revenu d'Existence en fusionnant les prestations maternité/famille (allocations familiales et aide à l'enfance) qui représentent près de 53 milliards avec les aides au logement (18 milliards) ainsi que le Revenu Social d'Activité (RSA) et l'Allocation Spécifique de Solidarité (ASS) dont le montant est estimé à 17,7 milliards.
Pour assurer la pérennité de son projet il lui reste encore à trouver près de 380 milliards par an.

 Le Revenu d'Existence est donc fortement critiqué. La droite libérale comme les sociaux démocrates le qualifient d'utopie trompeuse en avançant deux arguments d'ordre économique et moral :
. son financement, près de 380 milliards dans une période où la traque des déficits publics est au cœur des motivations de toute politique,
. son principe actif, chaque individu peut choisir son investissement et valoriser le sens et l'énergie fournie. C'est bien la notion de travail qui est revisitée.

 Le Revenu d'Existence secoue des notions jugées désuètes

Finalement ces critiques sur le flanc droit de Benoît Hamon ont le mérite de poser un réel débat pour la gauche. Des modèles de transition économique sont débattus par beaucoup d'économistes, le Mouvement Français pour un Revenu de Base (MFRB) ou le B.I.E.N. (2) Fédèrent des réseaux actifs et des méthodologies sont développés pour appliquer des revenus à l'ensemble de la population entre 350 et 1500 euros.

Pourtant le revenu d'existence ne convainc pas tous les courants de la gauche, les syndicats, la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon ou le PCF restent sceptiques : « pour beaucoup, à gauche, cette forteresse du salariat, pourtant bien ébranlée, mais encore solide, constitue le seul cadre de progrès possible » (3).

Le Réseau Salariat proche de Bernard Friot ne voit dans le revenu d'existence qu'un aménagement à la marge d'un système de production qui sera, de fait, conforté dans son principe de privatisation des biens produit pourtant collectivement. Le Revenu d'Existence est qualifié « de roue de secours » du capitalisme. La proposition du sociologue de salaire à vie est une alternative radicale où le capitalisme disparaît, out le profit. S'inspirant des acquis obtenus par la CGT et le parti communiste français dans les années 1920/30 ou de la création de la sécurité sociale à la fin de la deuxième guerre mondiale, il préconise une mobilisation de 100% du PIB !

Révolution ou réforme, dialectique inhérente à la gauche dans sa quête de la construction d'une société plus juste et égalitaire, le Revenu d'Existence secoue des notions jugées désuètes par la pensée dominante des 30 dernières années comme le travail, le bien commun...

La chute du Mur de Berlin avec le désaveu et la révolte des populations qui vivaient sous le joug soviétique, dans un système économique totalitaire, à bout de souffle, semblait avoir confisqué la possibilité de critiquer le capitalisme dans son essence. Le fait qu'un candidat PS, ancien ministre du gouvernement socialiste, qui a assumé un virage libéral sans précédent, soit plébiscité en raison de ses prises de positions pour modifier notre rapport au travail, indique qu'il est peut-être temps de rebâtir une utopie de gauche. L'important ce sont les votants, pas Benoît Hamon qui propose finalement un projet mal ficelé dont bien des conséquences sont en contradiction avec le reste de son programme. Mais plus important encore : le Revenu d'Existence induit une critique du système de production et de redistribution des richesses et propose un état protecteur à même de s'affronter avec le capital.

L'élection présidentielle de 2017 risque de voir la victoire du camp libéral mais aussi la recomposition de la gauche qui ne peut plus souffrir du poids mort du PS, le Revenu d'Existence est le révélateur de l'impasse, mais pourra-t-il être aussi l'incubateur de la construction d'un projet politique réellement de gauche capable d'inclure les réformistes et les radicaux ?

 

(1) Le Revenu de Solidarité Active est en place depuis 2007. Il a remplacé le RMI instauré par le gouvernement Rocard en 1989. L'idée d'une allocation pour les plus démunis a suscité des débats houleux à l'Assemblée dans les mêmes termes que les discussions d'aujourd'hui. C'est l'aspect d'un contrôle sur la recherche d'emploi qui a permis l'adhésion nécessaire lors du vote. Actuellement il se traduit par l'engagement de contrat Réciproque signés par les bénéficiaires du RSA.

(2) Le Basic Income Earth Network (BIEN) est depuis 1986 le réseau le plus actif et fédère de nombreux promoteurs du revenu de base de par le monde.

(3) Mona Cholet, Le Monde Diplomatique, mars 2017