C'est en 1990 que les statuts sont déposés en Sous-préfecture par un « groupuscule » de citoyens inquiets qu'une partie de la population locale soit mise au banc. Un curé en fonction à l'église de La Devèze, des enseignants, fondent une association pour défendre des personnes, des familles qui n'ont pas accès aux même droits que les indigènes.

par Clairette,

 « Le racisme, c'est pas bien » posture morale reprise par la loi sur la liberté de la presse du 29 Juillet 1881 et par le code pénal qui condamne les actes, injures et discriminations racistes. Mais cela ne suffit pas, combattre les clichés c'est d'abord se questionner sur l'armature juridique et sociale du racisme. Il y a une histoire du rejet dans notre Languedoc reflété par des propos aujourd'hui assumés par beaucoup d'hommes politiques qui creusent les clivages, dressent les populations entre elles et réclament des lois toujours plus dures.

Les « étrangers » ont bien du mal à faire valoir leur droit. Leurs difficultés d'intégration est aussi entravée par des textes qui les relèguent à un statut de citoyens de seconde zone, parfois assimilés à des nomades, toujours prêts à repartir si on le leur demande. Pour les militants de l'ABCR, cette posture de l'État discrimine et induit la possibilité de rejeter des populations qui n'aspirent qu'à vivre paisiblement sur notre territoire, construit et alimente les discours racistes.

De l'accompagnement physique dans les démarches administratives et juridiques des sans papiers à l'organisation de la semaine antiraciste, des permanences à la Maison des Associations à la scolarisation des enfants Roms, l'ABCR fait front. Au sein de collectif comme le Réseau d'Éducation Sans Frontière ou partie civile contre des journaux aux propos discriminatoires, les membres de l'association se démultiplient sur le terrain.

François Muselet et Hélène Fargier, toujours adhérents de l'ABCR reviennent sur quelques combats marquants des années 90 et 2000.

La grève de la faim de 55 Turcs dans l'église de la Devèze en 1992.

55 hommes de tous âges, le plus souvent travailleurs du bâtiment, soutenus par leur familles s'installent dans une salle attenante à l'église dont le curé, Michel Christol, un des fondateurs de l'ABCR en 1990, demande l'aide militante de l'association pour faire face à la situation et tenter d'obtenir la régularisation de tous les grévistes.

Pendant trois semaines nous avons organisé le soutien matériel avec le Collectif mis en place sur Béziers, mené, avec les grévistes, les négociations avec le Préfet, réalisé de nombreuses opérations de popularisation auprès des Biterrois.

Au bout de trois semaines intenses, où nous avons même tenu des permanences à l'église pour que Michel puisse se reposer, le Préfet a régularisé une partie des grévistes, et les autres l'ont été dans les mois qui ont suivi, non sans combats opiniâtres pour certains dossiers.

Cette grève qui aboutit à une victoire marque une étape essentielle dans le développement de l'ABCR, tant en terme de nombre de militants de toutes origines, qu'en terme de cohésion et de compréhension commune du rôle que nous pouvions jouer dans la défense concrète des étrangers.

Justice pour Hassan (Fin 92 et en 93 et jusqu'au procès en appel)

C'est un collectif que nous avons créé avec l'Association Biterroise de prévention (ABP) (qui a disparu depuis, liquidée par Couderc) à la suite de l'homicide commis par un gendarme dans le square Emile AIN à Béziers. Ce gendarme a prétendu que son arme était partie toute seule alors que son collègue tenait le jeune Hassan sur le capot d'une voiture.

Cet événement a suscité beaucoup d'émotion à Béziers et dans les jours qui suivirent le meurtre, une grande manifestation de solidarité eut lieu (1500 personnes). Le collectif s'est constitué pour que l'auteur du meurtre soit inculpé comme tel, et non pas pour un simple accident de service comme le considérait le procureur.

Pendant des mois, tous les mois, nous nous sommes rassemblés avec la famille d'Hassan et les militants de l'ABP (Association Biterroise de Prévention) pour rappeler cette exigence. Nous avons organisé de multiples conférences de presse tout au long de la procédure, ainsi que des soirées de mobilisation.

Et le juge d'instruction a inculpé le gendarme pour « homicide volontaire ayant provoqué la mort sans intention de la donner »,au grand dam de toute la gendarmerie qui s'est mobilisée pour occuper la salle d'audience correctionnelle lors du procès. Mais nous étions là aussi.

L'affaire ''Chaud Devant'' fin 95 et 96

C'était un journal consacré en principe au rugby, crée par un type ayant fait fortune dans les accessoires pour coiffeurs. Dans un numéro de fin 95, alors que grèves et manifs étaient particulièrement fortes à Béziers, il publie une double page avec dessins et textes que ne renierait pas M. Ménard aujourd'hui, contre « l'occupation arabe » de Béziers. Avec la Cimade, nous nous sommes portés partie civile et nous avons gagné.

Des luttes sur des cas individuels Alberto, Branca et leurs enfants.

La Sous-préfecture lui reprochait d'être rentré sans visa, alors qu'en mars 86 lorsqu'il est entré en France, il n'y avait pas de visa

Cette famille d'origine angolaise qui remplissait à l'époque les conditions pour être régularisée essuyait des refus systématiques de la Sous-préfecture. Peut-être parce qu'Alberto avait fait ses études dans l'ex-Union soviétique, en Moldavie ? Il a fallu des mois de combat avec pétitions, conférences de presse, rassemblement devant la sous- préfecture et délégations pour obtenir satisfaction.

Et Yahia, un Algérien en France depuis plus de 20 ans (en 2006), que nous avons aidé dés les années 90 à constituer ses dossiers pour ses diverses demandes. La Sous-préfecture lui reprochait d'être rentré sans visa, alors qu'en mars 86 lorsqu'il est entré en France, il n'y avait pas de visa.