Les tracasseries de Ménard à l'encontre de l'ABCR, ne doivent pas faire oublier le vrai travail de fond que fait cette association. Depuis sa création, l'ABCR a vu venir vers elle tout un public bien particulier.Beaucoup d'étrangers en butte à la xénophobie ordinaire, mais surtout, des pe rsonnes qui sontvictimes de nos lois.

Par la rédaction,

Qu'est-ce à dire ? Des étrangers arrivent en France. Ce n'est pas par plaisir qu'ils sont arrivés jusqu'à chez nous, mais poussés par la guerre, la misère, ils ont fui. Beaucoup demandent alors l'asile politique, et bien peu l'obtiennent. Dès leur arrivée en France, ces personnes doivent faire des démarches. Ceux qui passent par l'OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et des Apatrides) doivent dans un premier temps relater leur cas : la raison de leur fuite, la façon dont ils ont quitté leur pays, etc... C'est tout un travail d'écriture en français qu'ils ne peuvent pas faire. L'ABCR - ainsi que d'autres associations - les aide.

Très souvent, ces étrangers sont dans l'impossibilité de repartir chez eux

Certains, pour quitter leur pays ont dû avoir recours à de faux papiers. Ce qui leur est reproché ensuite (refus d'instruction du dossier). Tous racontent des voyages longs, pénibles, coûteux, au fond de camions, privés de tout. Ceux qui ont reçu une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) ont deux mois pour partir.

Mais très souvent, ces étrangers sont dans l'impossibilité de repartir chez eux. Même l'Etat français ne peut pas les renvoyer car bien des pays n'ont pas signé d'accord avec la France pour ces retours. Dans un débat télévisé sur France2, le 6 octobre2016, Alain Juppé (face à Robert Ménard) précisait que seulement 5% étaient reconduits dans leur pays... Ces personnes restent donc en France, dans un vide juridique total : non régularisables mais aussi non expulsables ! Et pourtant il faut bien qu'elles survivent...

Un racisme d'en haut

En 2012, dans une interview au Nouvel Observateur, le philosophe Jacques Rancière remarquait qu'aujourd'hui, on ne voyait pas des masses en colère détruire des commerces maghrébins ou pourchasser des Noirs, mais "s'il existe une xénophobie en France, elle ne venait pas du peuple, mais bien de l'Etat lorsqu'il s'acharne à mettre les étrangers en situation de précarité. Nous avons affaire à un racisme d'en haut."

Et c'est ce que constate chaque jour l'ABCR, lors de ses permanences...

Quelques exemples de cas où l'ABCR est intervenue.

Dans les débuts de l'ABCR, en 1992, le curé Michel Christol, un des fondateurs de l'ABCR, demande l'aide de l'association pour tenter d'obtenir la régularisation de 55 Turcs – la plupart travailleurs du bâtiment – en grève de la faim dans l'église de La Devèze. Pendant trois semaines un soutien matériel a été organisé. Il a fallu mener les négociations avec le préfet. Au bout de trois semaines, une partie des grévistes ont été régularisés. Les autres l'ont été dans les mois qui ont suivi.

Le travail auprès des Roms : un autre aspect très important du travail de l'ABCR

Un couple mixte azéri et arménien, âgé, victime du conflit entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan a dû fuir leur pays. L'ABCR les a soutenus et ils ont obtenu un titre de séjour d'un an renouvelable.

Un Arménien - à l'époque soviétique - a été envoyé à Tchernobyl, en 1986, quand il était militaire, pour sécuriser le site. Il a travaillé comme « liquidateur volontaire » dans le réacteur n°3 pendant 2 mois, en juin et juillet 1987, il avait donc 29 ans à l'époque.

Evidemment, il a été « irradié », ce qui lui a valu, une longue hospitalisation à Erevan après son retour en Arménie après 1988. Chez lui, tout en poursuivant son lourd traitement (hospitalisations fréquentes), dans une Arménie devenue indépendante, il travaillait comme opérateur vidéo-cinéma pour une maison de production locale, opérant pour une télé états- unienne, et filmait les actualités. Après un reportage sur une manifestation, son film a été confisqué, il a été enlevé, battu, séquestré pendant plusieurs jours par un groupe « para-policier ». Son employeur a fui aux Etats Unis et il a perdu son emploi. Devant ces difficultés extrêmes, il parvient à quitter l'Arménie et arrive en France en 2007 avec son épouse (mariage en 1984). Il est aujourd'hui "un survivant". Il est maintenant bien malade, toujours dans une situation administrative compliquée (titre de séjour d'un an à renouveler).

Il n'a pas obtenu le statut de réfugié...

Un Algérien, dont le père (militaire dans l'armée française) et la mère ont été naturalisés français s'est vu refuser un titre de séjour à plusieurs reprises. Son frère est lui-même français. Il vient juste de l'obtenir après plusieurs années de démarches. Le travail auprès des Roms est un autre aspect très important du travail de l'ABCR qui est exposé dans un autre article du dossier.

Ces quelques exemples montrent le combat de ces personnes fragiles, qui ont besoin d'être accompagnées dans leurs démarches, pour obtenir seulement le droit de vivre paisiblement.