Avant de devenir les fers de lance du pétainisme en France, Laval, Doriot et Déat ont eu, comme Ménard, un parcours d'homme de gauche. Comprendre ce qui les a fait basculer du côté obscur dans les années trente, c'est comprendre ce qui a fait basculer Ménard et fait basculer les Finkielkraut et Onfray.

Par Didier


Socialiste depuis 1903, Laval plaide pour les grévistes de la CGT avant 1914. Pacifiste après la guerre de 14 /18, il quitte la SFIO. Ministre des affaires étrangères en 1935, il applique une politique de concession au fascisme Italien, devient chef du gouvernement entre avril 1942 et août 1944 et promeut la politique de collaboration avec l'Allemagne nazie. Compte tenu de sa responsabilité dans la déportation des juifs, il est condamné à mort en 1945.


Déat adhère à la SFIO après la première guerre mondiale. A partir de 1926, il anime son aile droite sur fond de nationalisme contre l'internationalisme alors prôné par la SFIO. Il quitte la SFIO en 1933. Il prône une politique de collaboration avec l'Allemagne nazie jusqu'à la déclaration de guerre de 1939.


Doriot est élu député du PCF en 1924, maire de Saint Denis en 1931. C'est longtemps le rival de Maurice Thorez pour diriger le PCF. Il est exclu en 1934. Devenu anticommuniste, il constitue en 1936 le Parti Populaire Français. Il finit par combattre dans les rangs de la Waffen SS et meurt sur le front Russe.

 

Les pacifistes ne comprennent pas le danger Hitlérien

 


La cause de la dérive de ces trois collaborateurs s'explique par leur rapport au pacifisme, à l'antisémitisme et à l'anticommunisme. Quand Mussolini et Hitler arrivent au pouvoir après la boucherie de 14 / 18, la gauche se divise dans des proportions équivalentes entre pacifistes et antifascistes. Les pacifistes ne comprennent pas le danger Hitlérien. Ils mettent sur le même plan les impérialismes français et allemand et sont sur une lecture qui date d'avant la grande guerre. Ils deviennent, de plus, anticommunistes après la signature du pacte germano-soviétique en 1939 entre Staline et Hitler. Le pacifisme de cette époque est aussi marqué par l'antisémitisme. Les juifs étant tout à la fois accusés d'être des fauteurs de guerre pour des intérêts financiers et pour protéger leurs coreligionnaires en Allemagne.


Aujourd'hui, si la question de l'antisémitisme est relativisée, on assiste à une lecture quasi paranoïaque des rapports mondiaux, de la place qu'y occupe l'Islam, qui entraîne les Ménard, Finkielkraut, Onfray. . . vers des horizons de plus en plus bleu marine. Si chaque époque a et aura ses convertis (au libéralisme, au fascisme, à la religion), il reste à mener une bataille idéologique contre ces glissements intellectuels pour qu'ils concernent de moins en moins de candidats au grand saut vers le côté obscur de la force.