Le krach économique de 1929 est né aux U.S.A en octobre. Très vite, il se propage dans le monde et touche frontalement l'Europe. Crise bancaire, effondrement de l'appareil productif, montée exponentielle du chômage vont modifier le quotidien de millions de personnes et créer une déflagration sociale et politique d'où va naître le fascisme.

Par Didier


Partout, la xénophobie et la peur de l'étranger sont utilisées par l'extrême droite comme réponse aux problèmes sociaux d'une crise qui dure jusqu'en 1933. En France en 1932, Romain Rolland et Henri Barbusse lancent un appel qui préfigure ce qui va être la résistance aux fascismes en cours (Italie) et en gestation (Allemagne). Cet appel orienté contre la guerre s'adresse aux socialistes, aux communistes et aux syndicalistes. Il dénonce avec lucidité tout à la fois la montée des fascismes et la politique du traité de Versailles (réparations de guerre).


L'arrivée des nazis au pouvoir en Allemagne en 1933, dans des conditions de division totale entre socialistes et communistes, précipite la question de la responsabilité de l'échec. Au printemps 1934, l'écrasement du mouvement socialiste à Vienne et les émeutes de l'extrême droite à Paris activent la question de la riposte nécessaire. La nécessité d'un front unique antifasciste se dessine. Quelques jours après le putsch fasciste raté du 6 février 1934, la SFIO et la CGT décident de manifester dans tout le pays. On compte plus de 250 000 manifestants. Les cortèges du PCF et de la CGTU rejoignent ceux de la SFIO et de la CGT et imposent l'unité aux appareils du PCF et de la SFIO qui étaient dans une défiance réciproque. Parallèlement, des intellectuels se regroupent au sein du comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA). Poussés par l'unité, les appareils du PCF et de la SFIO signent un pacte d'unité d'action le 27 juillet 1934.


Les 5 et 12 mai 1935, les élections municipales sont favorables à la gauche. Le 14 juillet 1935, un demi-million de personnes manifestent à Paris à l'appel du comité national de rassemblement populaire. Un serment en résulte : "nous faisons le serment solennel de rester unis, pour défendre la démocratie, pour désarmer et dissoudre les ligues factieuses, pour mettre nos libertés hors d'atteinte du fascisme . . . ". Avec lucidité, la presse constate que deux blocs s'affrontent : Front National (déjà !) et Front Populaire.

Il s'en suit 6 mois qui auraient pu changer la face du monde, modifier totalement les rapports de force


Le 11 janvier 1936, le programme de rassemblement populaire est adopté. Il s'en suit 6 mois qui auraient pu changer la face du monde, modifier totalement les rapports de force.
Le 13 février, Léon Blum est agressé par les royalistes. Le soir même la Ligue d'Action Française est dissoute. Le 16 février, une manifestation de protestation contre cette agression, les ligues et le fascisme, rassemble 500 000 personnes. Le même jour, le Front Populaire gagne les élections en Espagne.
Du 2 au 5 mars, le congrès de Toulouse débouche sur l'unification de la CGT et de la CGTU.
Le 17 avril, dans un discours radiodiffusé M. Thorez appelle à une union politique.
Le 26 avril et le 3 mai, le Front Populaire gagne les élections législatives. Un désistement réciproque des candidats au deuxième tour donne 146 députés à la SFIO, 115 aux radicaux et 72 au PCF.
Le 11 mai, des grévistes du 1er mai ayant été licenciés, la riposte sous forme de grève avec occupation des usines dure plusieurs semaines, jusqu'au 26 juin dans l'industrie et le commerce. Plusieurs millions de salariés se mettent en mouvement pendant un mois et demi alors que le gouvernement de Front Populaire n'est pas encore mis en place.
Le 24 mai, une manifestation au mur des Fédérés à Paris rassemble 600 000 personnes en mémoire de la commune de Paris.
La grève dure chez Renault du 28 mai au 13 juin.
Le 4 juin, le gouvernement Blum est formé.
Le 8 juin, les accords dits de Matignon sont signés entre la CGT et le CNPF de l'époque, la CGPF.


Entre les 8 et 11 juin, vote du Parlement sur les conventions collectives, les congés payés et la semaine de 40 heures.
18 juin, décret de dissolution des ligues d'extrême droite.
18 juillet, coup d'état militaire du général Franco contre le Front Populaire en Espagne. Le gouvernement Blum acte, le 1er août, la non intervention et refuse de soutenir la jeune république Espagnole. Mussolini et Hitler envoient eux des armes, de l'argent et des troupes.


L'abandon de la jeune république Espagnole marque la fin d'un cycle unitaire extraordinaire qui vient de se dérouler sur plus de deux ans et qui aurait pu, s'il avait été poursuivi, mettre en échec les fascismes européens.