Le lien entre le déclenchement des grèves en mai juin 36 et la victoire électorale du Front Populaire est particulier et reste à expliquer. Bien entendu, ce n'est pas un gouvernement, même pas élu, qui lance le processus gréviste qui va concerner des millions de salariés sur près de deux mois.

Par Didier,

Le lien entre le déclenchement des grèves en mai juin 36 et la victoire électorale du Front Populaire est particulier et reste à expliquer. Bien entendu, ce n'est pas un gouvernement, même pas élu, qui lance le processus gréviste qui va concerner des millions de salariés sur près de deux mois. A l'inverse, ce sont des salariés conscients depuis deux ans de leur force collective, portés par une logique unitaire, qui lancent un processus gréviste qui ne s'arrêtera que par le célèbre " il faut savoir terminer une grève " du secrétaire général du PCF de l'époque, Maurice Thorez.
Le début du mouvement, ce sont des grèves en soutien aux licenciements des grévistes du 1er mai 1936. Ces mouvements touchent particulièrement l'industrie aéronautique (Latecoère à Toulouse) et la métallurgie (Bréguet au Havre), une dizaine de jours après le 1er mai.
Le mouvement s'étend à quasiment tous les secteurs à partir du 25 mai 1936, encouragé par les premières victoires obtenues.
- L'écho de la manifestation du 24 mai 1936 à Paris au mur des fédérés (600 000 personnes qui défilent pendant 9 heures entre la Nation et le cimetière du Père Lachaise),
- La diffusion dans le cortège des quotidiens l'Humanité et le Populaire qui rendent compte des succès des grèves,
- La présence d'officiers de réserve en uniforme,
- la présence de Blum,
sont autant de catalyseurs qui boostent considérablement le mouvement social.
Dès le 28 mai, des bastions historiques comme Renault rentrent en grève.
A la fin mai, le calendrier politique est un formidable accélérateur, on peut enfin faire grève sans police et sans garde mobile, on peut occuper les usines, avec le sentiment qu'un gouvernement sera, à défaut d'être soutenant, effectivement neutre.
Le mouvement qui touche tout l'appareil productif national est totalement spontané mais porté par la CGT qui vient d'être réunifiée.
Sa grande caractéristique est les occupations des lieux de production. Des comités de grève organisent ravitaillement, surveillance, liaisons extérieures, meetings, bals et festivités sportives. L'humain rentre par la grande porte dans les entreprises. Des clichés célèbres rendent compte de cette joie et de cette bonne humeur.
Le 4 juin le gouvernement Blum est constitué. Le lendemain, il annonce le dépôt de 3 projets de loi (semaine de 40 heures, conventions collectives, congés payés).
Le 8 juin, les accords Matignon sont signés. La signature ne met pas un terme au mouvement gréviste qui, loin de diminuer, touche maintenant tous les secteurs à faible syndicalisation (employés des grands magasins, assurances, cafés et restaurants, théâtres. . .). Dans la semaine du 8 au 12 juin, le ministère du travail compte 12 142 entreprises touchées par le mouvement, un taux d'occupation de 74 %, 2 millions de grévistes.
La décrue ne s'amorce qu'à partir de la mi-juin, la reprise du travail est effective au début juillet. Elle s'accélère à la mi-juillet avec la mise en place des congés payés.
Indéniablement, juin 36 est une victoire salariale. C'est la victoire de l'unité des salariés, d'un processus unitaire qui a obligé le gouvernement Blum à aller beaucoup plus loin qu'il ne voulait aller initialement.
La suite, ça aurait été la création de soviets ouvriers, mais ce mot d'ordre n'était pas au rendez-vous de juin 36.