Lors de la mise en place du Front Populaire, la SFIO (le parti socialiste de l'époque) est totalement partisante de la défense de l'empire colonial français. En 1925 déjà, Blum n'avait pas voté contre les crédits de guerre pour combattre « le rebelle » Abd el Krim au Maroc. Il s'était seulement abstenu.

Par Didier

Blum, comme tant d'autres, adhère au mythe d'une colonisation/civilisation spécifique à la France, aux Lumières, aux principes de la révolution de 1789 qui s'opposerait au colonialisme destructeur des empires coloniaux Anglais ou Espagnols. Blum, comme tant d'autres dans les années trente, intègre une conception raciste du genre humain, condescendante envers des races arriérées qui ne peuvent se gouverner elles-mêmes.
Dans ce contexte, la politique du Front Populaire dans les « colonies » ne rompt pas avec les politiques menées jusque-là par les radicaux. Les communistes, n'ayant pas intégré le Front Populaire, (ils pratiquaient une position de soutien critique) n'ont pas pu peser sur cette question.

 

Blum, comme tant d'autres dans les années trente, intègre une conception raciste du genre humain


Pour se convaincre de ce non évènement, il suffit de citer le projet Blum / Viollette voté en décembre 1936 qui prévoit d'accorder la citoyenneté à 21 000 « indigènes évolués » soit à peine 1% du corps électoral musulman en Algérie.
Lorsque les dirigeants du Front Populaire s'intéressent aux "indigènes", ils le font avec la condescendance d'un civilisé. Pire, les dirigeants du Front Populaire ne remettent pas en cause les codes de l'indigénat pratiqués en Algérie, Afrique occidentale et équatoriale : internement administratif, responsabilité collective, absence de libertés publiques.


Seuls les militants du comité de vigilance des intellectuels antifascistes se sont mobilisés sur cette question.

Le bilan est catastrophique : maintien des discriminations et du racisme d'état pour 67 millions d'indigènes de la République. Aucune expérience de transitions démocratiques. Une plus-value quasi automatique pour les mouvements de libération armée comme seul moyen de résoudre la quadrature du cercle. Seule la gauche est capable de mener à terme des processus émancipateurs. Dans les années trente, comme d'ailleurs après la seconde guerre mondiale, elle n'était pas au rendez-vous.


On en mesure aujourd'hui encore les effets puisque le maire de Béziers se permet de débaptiser la rue du 19 mars 1962 (date officielle de la fin de la guerre d'Algérie).