Un ami m'avait indiqué la piste et je t'ai trouvé. Mon pauvre Léon, là, allongé sur le trottoir, dans le virage du Bd Tourventouse. A côté de ta chère SFIO. Tu avais encore fière allure, même si ça fait 80 ans qu'ici on te marche dessus.

Par Eva D.


Ton souvenir est là en tout cas, et les bribes d'une histoire qu'on n'apprend pas vraiment à l'école remontent : Léon Blum, Président du Conseil en 1936.Tu avais nommé des femmes dans ton gouvernement. Tu étais le premier à le faire. Oh ! c'était surtout symbolique : de simples secrétariats d'Etat, et bien sûr à la Famille et à la Santé. Pas loin des fourneaux et des mômes finalement. Mais bon, c'était gonflé, puisqu'elles n'avaient pas encore le droit de vote ! D'ailleurs, dans ton deuxième gouvernement, en 38, elles n'y étaient plus...

 

BlumSFI

 
Mais tu as été assez fort pour résister aux attaques antisémites et tu es revenu, vivant, de Buchenwald.
J'étais là, le nez sur le trottoir, dans mes pensées, quand j'ai vu que tu n'étais pas tout seul. Il y avait aussi Tony. Enfin, lui, ce serait plutôt Antoine, mais la réfection du trottoir en atteste : on est à peu près 10 ans plus tard, en 1945 ou 50, et les américains sont passés par là. Alors, Tony, c'est sûr ça sonne mieux qu'Antoine.
Et puis, à côté, timide et un peu effacée, Yvonne, qui n'avait pas besoin, elle, de s'ajouter un Y. Elle est là aussi. Même si elle a perdu le bout de son nom, à cause d'un raboutage de voirie encore plus tardif.

YvonneTony

Antoine et Yvonne, trop heureux de s'être sortis vivants de la guerre, et sûrement encore assez amoureux pour inscrire leur nom à côté du tien, Léon.
Une manière de descendre dans la rue et de manifester le désir d'y rester le plus longtemps possible.
L'amour, les luttes ouvrières, ces choses que l'on grave à la pointe du couteau, comme des valeurs sûres, durement, mais jamais vraiment acquises.
Il faut bien rêver d'éternité. Enfin... de celle que donne le ciment des trottoirs. A Béziers c'est au moins 80 ans.
Toujours ça de pris.