La cause n'a pas de date ! Tenues pour dit, près de 200 femmes se sont réunies devant le théâtre de Béziers le 21 mars dernier à l'appel du collectif Féministe et Solidaire pour une marche de nuit jusqu'à la place de la Madeleine.

par Clairette

 

C'était pour elles, cette déambulation ! Un avertissement aussi pour exprimer ce besoin d'être reconnues dans l'espace public comme citoyennes sans autre adjectif. Avec humour, des minis tracts « À quoi sert le service d'ordre  pour cette marche de nuit ? » sont distribués aux curieux burnés attirés par un rassemblement en pleine nuit ce qui est si rare.

On y apprend que les hommes ne sont pas admis, pas mal pour relancer le débat.  Au mégaphone, l'une des organisatrices le résume ainsi : « Pas de protection, pas de tutelle ! ».
Effet assuré : un groupe d'exclus de manif commentent à voix basse au passage du cortège : « De quoi ont-elles besoin, les cuisines sont grandes maintenant », l’acolyte rajoutant « avec la télé, en plus ».

Avez-vous peur ?

Jacqueline a débarqué depuis 4,5 ans dans le coin, pas vraiment militante, elle s'est sentie concernée spontanément, « C'est le climat actuel, et puis... »... passe une manifestante brandissant des articles du journal de la ville...Et Jacqueline de siffler « Il faut le faire quand même. Publier des trucs comme ça ! ». Des filles chantonnent « On n'est pas des potiches, on n'aime pas tes affiches ! ». Comme le rappelle, Marie-Eve « On ne cible pas particulièrement le maire, on ne veut pas qu'il nous utilise pour sa com ». Mais difficile de passer à côté car chaque parution du bulletin de propagande municipal met en scène des femmes dociles, soumises et souvent très dévêtues. On vend bien des voitures avec des corps exhibés, pourquoi pas les idées du Front National ?

N7 chatSortir, c'est aussi occuper l'espace, remplir le vide qui renvoie tant d'insécurité. « Avez-vous peur ? », Marie s'offusque : « Mais non, et si c'est le cas, les hommes aussi, Béziers se vide, se meurt, pas un chat après 20h. Venir de nuit, se réunir, défiler, chanter c'est un acte pour défendre la ville ».

Emelyne précise « Les problèmes de la nuit se retrouvent aussi le jour. Se faire interpeller par des sifflets ou des paroles qui nous renvoient à de la chair fraîche, le malaise aussi se joue dans les paroles ».

Aux fenêtres, des visages scrutent la marche, des mains se tendent, applaudissent. Tiens, la fraternité serait naturellement un terme féminin. Faut dire que quelques manifestantes sont voilées, allez les ringards, qui sont les machistes ? « Femmes de tous pays, SOLIDARITE !! » clament-elles ensembles.

Dans la bonne humeur, le joyeux cortège remonte jusqu'à la mairie, histoire de rappeler que c'est toute la ville qu'on veut occuper. Les badauds alcoolisés hallucinent : it's a very good trip.
Place de la Madeleine, on doit s'arrêter, mais qu'on se le dise, « Restons DEBOUT, on va recommencer »

 

Contacts avec le collectif Féminise et Solidaire, sur leur page  facebook. Réunions, débats, rencontres, elles vous attendent.