Le 7 avril 2016 à Béziers, avait lieu à 18h30, la projection du film Une semaine avec les femmes du CADA, d’un jeune réalisateur prometteur, sur lequel nous nous attarderons un peu plus en fin d’article.
par DGRojoyVerde



Tout d’abord, il faut parler du lieu qui nous accueillait, une salle de projection (salle amphithéâtre) très agréable située dans les locaux du Foyer des Jeunes Travailleurs (FJT), lui-même étant un élément d’un ensemble de bâtiments abritant un CADA (Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile Emile Claparède) avec des logements d’hébergement pour les familles prises en charge par cet organisme. Cet ensemble d’habitations et de locaux administratifs est relativement peu connu des Biterrois. Cela n’a pas empêché que la salle soit comble pour assister à ce moment privilégié pour cette population de réfugiés qui essaie de se faire une place dans un contexte tendu et difficile dans toute l’Europe.

Les rires de la salle ont accompagné ceux du film


L’ambiance était, elle, détendue, joyeusement bruyante des paroles d’enfants en attendant la projection. Les femmes filmées étaient présentes elles-aussi avec leur entourage.


Le film est un court métrage de 25 minutes,  témoin de la vie des femmes demandeurs d’asile du CADA pendant une semaine. La caméra se balade toute la journée avec ces femmes au point que le réalisateur a pris le parti de la leur laisser pour qu’elle continue de se filmer en dehors de ses heures de présence.

Cela donne un film tendre, simple, plein de rires et de sourires, de ces femmes qui se livrent par toutes petites touches, avec une pudeur et une sincérité touchante. Les rires de la salle ont accompagné ceux du film, des actrices-spectatrices presque gênées et amusées de se découvrir à l’écran en se remémorant ces moments de vie fixés par la caméra.

Cette tranche de vie nous offre les visages de femmes pleins de vie, pleins d’espoir, de celui qui vient avec le courrier apporter la bonne nouvelle du statut de demandeur d’asile accordé. Le parti pris du réalisateur a été de filmer des femmes pour casser les clichés des représentations sur les demandeurs d’asile et le pari est plus que réussi grâce à la bonne humeur communicative de ces femmes. La caméra montre surtout des extérieurs, avec la lumière et le soleil des frimas de l’hiver en Méditerranée. Le réalisateur filme avec force et pudeur une réalité sociale, comme s’il utilisait un appareil photo, non sans nous rappeler une manière de saisir le réel social dans la lumière à la façon des frères Dardenne, comme dans 2 jours et une Nuit, où Marion Cotillard est touchante de courage et de simplicité.

Comme l’est une des actrices du film, l’artiste peintre syrienne réfugiée en France, Sameerah Al Bsarah, également présente à la soirée. Pour ce court métrage, il s’agit d’un projet institutionnel de commande faite dans le cadre de Passeurs d’Images, un dispositif national d’éducation à l’image hors temps scolaire, en direction des publics ayant des difficultés d’accès aux pratiques cinématographiques, en partenariat avec la Fédération des ciné-club de la Méditerranée. Ce qui ressort également, c’est le regard très positif de ces femmes sur la France, pourtant si peu généreuse dans la période qui nous occupe.

la sobriété heureuse des actrices d’un film et les vedettes d’un soir


Ce moment a été aussi l’occasion, après la projection, d’un échange posé et instructif, entre les différents intervenants du film, la directrice et les permanents du CADA, le public, le réalisateur Mathieu Rolland, l’équipe du film et le coordonnateur de Passeur d’Images,  avant de se restaurer de bons petits plats préparés par l’équipe des actrices et de découvrir une exposition photo, intitulée Femmes du CADA,  installée dans le hall d’accueil du FJT.

Ces photos sont aussi un projet de Mathieu Rolland dont c’est le premier film. Il est habitué de la photographie, une passion qu’il a muée en profession. Il réalise des documentaires photos et avait envie de passer derrière la caméra. Il s’y est déjà frotté en réalisant des clips. C’est d’ailleurs ce qui l’occupe actuellement puisqu’installé près de Pézénas (il nous vient de la région parisienne), il travaille à la réalisation d’un clip pour le jeune duo montpelliérain Scotch et Sofa (qui a bénéficié du dispositif départemental 34 Tours), produit par PYRPROD et repéré comme jeunes talents par France Inter. C’est dire la qualité de l’écoute. Vous pouvez apprécier le travail et le talent très prometteur de notre néo-héraultais sur son site matrolland.com


Gageons que nous retrouverons les jeunes pépites aperçues lors de cette soirée très réussie grâce à la disponibilité de l’équipe du CADA, la qualité des travaux présentés, la sobriété heureuse des actrices d’un film et les vedettes d’un soir.


Une soirée qui nous laisse augurer qu’il existe bien à Béziers et dans l’Hérault des énergies positives sachant fixer les regards d’humanité et de chaleur de femmes, mères courage, qui avec leurs sourires et leurs pudeurs assumées éclairent ici à Béziers les heures sombres du Vieux Continent à la dérive une nouvelle fois xénophobe.