Loin des rue débaptisées, loin de la mémoire et de la douleur sélective, loin des nostalgériques de l’OAS qui ont pignon sur rue à Béziers, la nouvelle exposition du musée Marseillais le MuCEM :  « Made in Algeria » , montre la fabrique coloniale d’un territoire. Dessins, peintures, cartographies, photographies, films historiques, concerts…proposent un long cheminement dans la fabrication de l’histoire et de la culture coloniale.

par Didier

Cette exposition a lieu du 20 janvier au 2 mai 2016 à Marseille. Et si elle venait, après, à Béziers ?Le MuCEM à Marseille, c’est comme un gros bateau de pierre, de verre et de fer qui se serait délicatement posé à quelques encablures du Vieux Port. Dans une ville où le Front National fait aussi des scores hallucinants, l’existence de ce bateau culturel est un appel à l’ouverture au monde méditerranéen dans toutes ses composantes et dans toutes ses richesses. Il n’existe pas de tels lieux à Béziers : ici le musée du Biterrois fait une expo sur nos ancêtres les Gaulois, les lieux emblématiques de la ville (comme la maison natale de Jean Moulin) sont l’objet de tentatives de récupération politiques par la municipalité Front National  /  Bloc Identitaire  actuellement en place.


Plus largement, tout ce qui se fait à Béziers en matière de culture est orienté à l’extrême droite : une fête 1900, une messe traditionnelle le 15 Août, une fête foraine sécurisée, des animations sur les Allées et une course pédestre dans la ville auxquelles les associations sont obligées de participer via un chantage aux subventions, des associations antiracistes comme l’ABCR qui sont expulsées de la maison de la vie associative, une féria familiale, l’arrêt des programmations qui l’été tentaient d’ouvrir la ville sur le monde (festival les pieds dans l'Orb, Festa d’oc ), des conférences où le ban et l’arrière-ban des «  penseurs » de l’extrême droite viennent libérer la parole révisionnistes…

Béziers est une ville où la pluralité culturelle est constamment menacée face au totalitarisme municipal


usurpateur finLa fermeture de bars musicaux alternatifs, la récente interdiction de soupes populaires qualifiées de soupes cultuelles par la municipalité en place viennent renforcer ce tableau dévasté.


Dans ce contexte il est intéressant de se demander pourquoi une exposition comme celle de « Made in Algéria » a pu voir le jour dans une ville tout aussi ravagée par la droite extrême et/ou l’extrême droite.


A notre avis parce que cette expo a pu trouver un lieu qui l’accueille hors emprise révisionniste. Ces lieux existent ! Ils sont gérés soit par le Département soit par l’Agglomération. Nous émettons la demande qu’ils accueillent ce qui n’a pas droit de cité dans les salles qui relèvent de la Municipalité.


Si c’est le cas les Biterrois et les habitants du grand Biterrois auront la chance de voir une exposition qui explique comment une politique coloniale amène la guerre civile.


Comment un territoire est capté par les cartes et la géographie.
Comment 75 % des richesses agricoles et manufacturières sont exportées vers l’Europe, alors que la misère des populations locales s’accentue.
Comment la guerre coloniale est déjà présente au XVIème siècle via le bombardement d’Alger par la flotte de Charles Quint.
Comment les mises sous séquestre et l’expropriation des riches terres agricoles ont accompagné la conquête militaire de l’Algérie par la France.


Le dossier de presse de l’exposition dit joliment : « La guerre d’Algérie n’est pas le sujet de l’exposition. »  C’est ce qui c’est passé en amont qui est présenté. « Made in Algéria » veut rendre compte par les images, la cartographie, les films, la musique . . . du long et singulier processus qu’a été l’impossible conquête de l’Algérie...


Pour pouvoir nous aussi bénéficier d’un regard décalé sur l’histoire, la culture, la civilisation, nous émettons à EVAB la demande que cette exposition puisse bénéficier du droit d’asile culturel

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On a même une idée de lieu : la Médiathèque André Malraux (la MAM)… place du 14 juillet à Béziers.