Les dernières Victoires de la Musique, comme très généralement les éditions précédentes, laissent un goût amer. Il ne s’agit pas de défendre ici telle ou telle préférence d’un artiste ou d’un groupe dont nous serions les fans jaloux du succès des autres.

Par DGRojoyVerde

Non, il s’agit bien plus de prendre la mesure que certes le palmarès est (re)devenu plus éclectique mais uniquement parce qu’on s’est senti obligés de trouver des catégories à pourvoir en récompenses.

L’Association fait donc dans le consensuel

Cependant, les mêmes noms reviennent en boucle comme si la scène française était dépourvue de talents multiples. Admettons, l’explication me paraît courte. Les principales catégories sont tenues par des groupes, artistes, labellisés France qui, soit ne détonnent pas trop, soit emportent une adhésion dite populaire. Moi, je veux bien, mais alors de quelle scène parle-t-on et pour qui ?

Que Johnny Hallyday soit encore régulièrement récompensé, que le dernier Voulzy et Souchon l’ai été sonnent aussi faux que leurs dernières prestations. Il y a bien sûr des nouveaux talents qui émergent et qu’on récompense, à l’instar de la musique hip-hop, du rap ou du rock alternatif d’un Raphaël, digne héritier d’un Bashung, d’un Renaud de la période classique ou d’un Jean-Louis Aubert. Malgré tout, les interrogations demeurent.


Il en tient à l’engagement de ces artistes sans doute. On se rappelle des prises de position et des clashes mémorables des IAM (notamment sur les sous-catégories et plus encore sur celle dite de la « Musique urbaine »), Noir Désir (interpellant le patron de Vivendi Jean-Marie Messier sur le morceau A l’ envers à l’endroit) et Damien Saez (fustigeant Total aux Victoires 2009 sur Embrasons-nous) en leurs temps. L’Association fait donc dans le consensuel.

Si on est heureux pour des talents comme Hyphen Hyphen issue de la prolifique scène niçoise avec The Averner, récompensés dans les sous-catégories créées pour faire plaisir, on s’inquiète de savoir qu’ils ne trusteront pas les premières places (Daft Punk étant l’exception confirmant la règle).  Tout comme elles sont barrées à la bande IAM, qui soit en groupe, soit en solo, ont sorti des perles d’albums ces derniers mois, revisitant leurs classiques, entre autre avec ce morceau Souris encore, chanson d’Akhenaton dédiée à sa fille, chanson militante pour le féminisme dans lequel il se permet un hommage à Aragon et Jean Ferrat (« comme disait le poète en somme, Sois femme ma fille car la femme est l’avenir de l’homme »).

Au fond, cette cérémonie ostracise les mêmes que les Oscars des Etats-Unis

La scène française est éclectique. Certes, et l’âge ne fait rien au talent ni à l’engagement. J’en veux pour exemple le dernier album de Francis Cabrel où certaines chansons auraient pu déranger les bonnes âmes de l’assistance (Le pays d’à côté, Azincourt, Dans chaque cœur). Ces derniers albums sont en outre truffés de perles militantes pour défendre Mandela (Mandela, pendant ce temps), les réfugiés (African Tour), les laissés pour compte (Tête saoule). Ceci étant dit, même sans engagement, les reconnaissances accordées ça-et-là à Phoenix, Hyphen Hyphen, The Averner font oublier qu’ils sont moins connus du grand public du fait de leur choix assumé de chanter en anglais, ce qui les exclut des grandes ondes en raison des quotas Toubon.

Donc, ce qui se révèle être une relève du rock français où l’on peut citer aussi l’excellent Aaron, ceux qui renouvellent le genre musical et qui aujourd’hui sont en phase avec leur époque sont entendus confidentiellement sur les radios du groupe Radio France. Et, lorsque ce n’est pas la barrière de la langue, c’est l’engagement qui fait préférer des têtes bien blanches aux traits lisses comme Louane, Vianney, Christine and the Queen, jusqu’à un Stromae ou un Maître Gims dont les textes ne dérangent aucune bonne conscience. Au fond, cette cérémonie ostracise les mêmes que les Oscars des Etats-Unis, sous prétexte de difformités dans la norme nationale.

Et l’on peut parier que cette cérémonie n’a pas déplu à l’électeur biterrois de Ménard, béat devant la bienséance de la bonne conscience, inconscient que ceux qui parlent à la Jeunesse sont des rappeurs, des chanteurs engagés ou des anglophones au talent instrumental électronique, tout ce que ne permet pas de faire émerger la scène biterroise ou de reconnaître à la hauteur de leurs talents la scène dite nationale.