La ville de Béziers, depuis 2004, a accepté de participer à une expérience sanitaire portée au départ par deux villes du Nord-Pas-de-Calais. Il s'agit du programme VIF (depuis 2014) pour Vivons en Forme et destiné, au début du projet, sous l'acronyme EPODE (Ensemble prévenons l'obésité de l'enfant), à lutter contre les problèmes de surpoids et prévenir l'obésité et ses conséquences.

Par DGRojoyVerde


Ce suivi systématique mis en place sur la Ville depuis janvier 2005, entre dans le programme Plan National Nutrition Santé (PNNS), directives nationales et plan quinquennal axés sur la lutte contre les effets de la malbouffe et sur l’éducation nutritionnelle. Par ailleurs, VIF est aussi intégré au Plan Local de Santé (PLS) des communes participantes et au Réseau Croque Santé à Béziers, par l’entremise du Collège des médecins de la Région du biterrois, association de médecins qui s’occupent du suivi à postériori des enfants détectés, à la condition que les parents donnent leur accord.


La méthode de recueil s’appuie sur les professionnels de santé. Elle est simple et accompagnée d’actions ciblées, relativement efficaces, au moins pour les 250 villes ayant accepté de rentrer dans le vif du sujet de l’obésité. On a constaté une stabilisation voire une régression du surpoids chez les enfants ciblés, ce qui, au passage, constitue l’objectif visé. Ceci doit se manifester essentiellement par la stabilisation du poids, comptant sur la croissance de l’enfant, et se porter sur l’accompagnement des parents dans l’éducation nutritionnelle.


Comment sont repérés les enfants ? Chaque année, on enregistre les données transmises par les infirmiers scolaires qui mesurent et pèsent les enfants de 6 ans, puis calculent en conséquence l’IMC (Indice de Masse Corporelle). Ces données épidémiologiques sont transmises au Service de santé publique communal, situé dans les locaux municipaux de la Caserne Saint Jacques. Chaque enfant, ainsi repéré avec un IMC le plaçant en surpoids ou en obésité, fait l’objet d’un suivi et on propose aux parents un accompagnement nutritionnel ou une participation à des actions annuelles spécifiques. Voilà pour la théorie et la pratique mais que nous disent encore ces chiffres et sont-ils seulement pertinents compte tenu du changement d’acronyme du programme ?

 

ces enfants maigres et leurs familles ne sont pas accompagnés car pas inclus dans la prise en charge par l’étude.

 


Une des données mise en avant est d’avoir mis en exergue une prévalence de la maigreur en constante augmentation depuis l’enregistrement des relevés systématiques. Ainsi, dans son bilan d’activité 2013, la conseillère technique CREIS-ORS Languedoc-Roussillon Inca Ruiz, indique que : « chez les enfants de CP, une hausse de la prévalence de la maigreur est observée entre 2010-2011 et 2011-2012 ». Or, dans le même rapport d’activité, les données des années précédentes indiquent la même chose, de 2005 à 2008, avec une rupture entre 2007-2008 et 2008-2009 avant de remonter à nouveau. Deux hypothèses : soit cette année là, le relevé systématique n’a pas pu se faire sur les écoles ayant la plus forte prévalence de la maigreur ou, plus probablement, les parents ont fait faire des réserves à leurs enfants sentant les années de crise arriver, comme dans tous les temps où une disette ou une période difficile venait à poindre.
Il est très intéressant d’observer que cette prévalence est essentiellement concentrée sur les écoles du centre ville, celles qui accueillent le public le plus exposé à la précarité, la pauvreté voire la misère. Ce même public que vise le maire de la ville, ces pauvres qu’il veut voir partir à la périphérie ; ces enfants maigres et leurs familles, qui de l’aveu même des responsables départementaux ou municipaux en charge du programme VIF, ne sont pas accompagnés car pas inclus dans la prise en charge par l’étude. Pourtant, nous sommes en droit de nous interroger, si d’EPODE, clairement destiné à la lutte contre l’obésité et ses effets, nous sommes passés à VIF, le cœur du programme a aussi été modifié, puisque il s’agit d’éducation nutritionnelle, à l’activité physique et de lutte contre les effets sur la santé des pratiques alimentaires. Il apparaît que les enfants des écoles du centre ville présentent donc une prévalence de la maigreur et aussi des dentitions abîmées et des tailles en dessous des moyennes, confortant qu’ils sont soumis à des carences vitaminiques en lien avec cette crise qui détruit le tissu social et a des effets délétères sur les corps des plus démunis.


14 Des chiffres et des enfantsOn ne mentionnera jamais suffisamment que c’est dans l’ancienne Allemagne de l’Est qu’a reculé l’espérance de vie en bonne santé pour la première fois en Europe, et ce après les mesures d’austérité imposées par la réunification et que la Grèce, l’Espagne et le Portugal ont vu s’envoler leur taux de mortalité infantile et la diminution de l’espérance de vie en bonne santé. En France, visiblement, on a bien compris que la seule lutte contre l’obésité était insuffisante et on constate que les autorités sanitaires sont impuissantes devant de nouvelles données graves qui disent le fléau austéritaire s’abattant sur les plus précaires, sous-alimentés en produits vitaminés, et ce d’autant plus que les responsables politiques stigmatisent des populations qu’ils jugent indésirables. Et les effets de la crise ne sont certainement pas au plus fort. Le PLS est un contrat local, les autres partenaires de ce plan, en premier lieu l’Agglomération et la Région se doivent de réorienter la prise en compte des prévalences, ce qu’indique le changement d’acronyme et d’accompagner les plus démunis pour que le vivre ensemble le soit en bonne forme dans le bien-être de tous, égaux en dignité et devant la Loi.