Calandreta est née à Béziers et à Pau la même année 1980. C’est un mouvement associatif qui continue de créer dans toute l’Occitanie des écoles privées sous contrat, laïques et gratuites, en immersion bilingue français/occitan. Voilà plus de 35 ans maintenant que les parents biterrois se posent donc la question : « Et pourquoi pas Calandreta ? »

Par le piéton de Béziers

Et d’abord que signifie ce mot ? « J’avais envie de trouver un nom portant le renouveau, la joie, la liberté, un nom qui se prononce de la même façon partout en Occitanie », se souvient Anne-Marie Roth, une des fondatrices du mouvement à Pau. La « calandreta », c’est l’alouette qui annonce le printemps de la langue. Et « calandron », c’est le nom que l’on donne habituellement aux apprentis. Voilà qui convenait parfaitement pour les toutes nouvelles écoles occitanes !

Il n’est pas si loin, le temps héroïque où Jaumeta Galinier, institutrice de l’Education Nationale, démissionnait de son poste pour ouvrir la première Calandreta de Béziers dans un local du foyer des jeunes travailleurs avec 8 élèves et du mobilier trouvé à Emmaüs. Aujourd’hui notre ville compte 3 écoles (22 dans l’académie), et les listes d’attente sont longues pour inscrire son enfant. Pourquoi un tel succès ?

Pour la langue ?

« (…) Pourquoi ne pas profiter de ce que la plupart des enfants de nos écoles connaissent et parlent encore ce que l’on appelle d’un nom grossier « le patois » ? Ce ne serait pas négliger le français : ce serait le mieux apprendre, au contraire, que de le comparer familièrement dans son vocabulaire, sa syntaxe, dans ses moyens d’expression, avec le languedocien et le provençal. Ce serait, pour le peuple de la France du Midi, le sujet de l’étude linguistique la plus vivante, la plus familière, la plus féconde pour l’esprit. Par là serait exercée cette faculté de comparaison et de raisonnement, cette habitude de saisir entre deux objets voisins, les ressemblances et les différences, qui est le fond même de l’intelligence. » Ainsi s’exprimait Jean Jaurès dans La Dépêche du 15 août 1911.

Des bénéfices sont également observés dans le domaine des mathématiques

C’est chose faite aujourd’hui dans les écoles Calandreta : les enfants apprennent en immersion la langue régionale et établissent des passerelles (« palancas ») avec le français, puis avec d’autres langues latines. Selon le professeur Jean Petit de l’université de Reims, c’est ainsi que « le don des langues s’acquiert ». En effet, les études en neurosciences confirment aujourd’hui l’intuition exprimée par Jean Jaurès en 1911 : « Les performances des élèves bilingues dans leur langue maternelle sont au début inférieures à celles des groupes de comparaison monolingues.

Mais ce retard est rattrapé à l’âge de 10 ans et se transforme en avance significative à l’âge de 11-12 ans. Il se révèle donc que, contrairement aux idées reçues, l’acquisition précoce et intensive d’une langue 2 aboutit à une plus grande maîtrise de la langue 1. Ceci s’explique par l’activation intellectuelle plus grande et notamment par le travail de comparaison conscient et inconscient  qui découle du maniement des deux langues par l’apprenant. (…) L’acquisition ultérieure d’une ou de plusieurs autres langues s’effectue plus facilement et plus rapidement chez les bilingues que chez les monolingues. » (1) Des bénéfices sont également observés dans le domaine des mathématiques notamment, où les résultats des enfants bilingues précoces sont significativement supérieurs, quelles que soient les langues pratiquées.

« Ma motivation, initialement, c’était l’enseignement en immersion, témoigne Frédérique, maman de « calandron ». L’immersion linguistique, ça me parlait, à moi qui ai vécu une partie de mon enfance au Québec et qui ai bénéficié de l’immersion… en anglais ! Alors oui, résolument oui, l’immersion linguistique j’y croyais et ça me tentait pour mes petits ! Et l’occitan ? Pourquoi pas. »

Pour la culture ?

« Aquela conviccion que ne fariài quicòm dins la vida d’aquesta lenga, me ven de tota jovenòta » (2) témoigne Jaumeta. Pour certains, l’occitan est la langue de l’enfance, des souvenirs heureux, du lien avec les anciens. Pour les historiens, c’est la langue des Trobadors, ces poètes du Moyen-âge qui chantaient la liberté en prônant de nouvelles valeurs comme « paratge » et « convivencia » (ce que l’on pourrait traduire presque littéralement par « vivre ensemble » et consistait à attribuer la valeur d’un Homme non à sa naissance ou à sa religion, mais à la noblesse de ses actes). Et aujourd’hui, l’occitan est-il encore une langue vivante ?

À Béziers et ailleurs, les pratiques culturelles en langue d’òc sont en pleine expansion en ce début de XXIème siècle. De nombreux groupes de musique comme Goulamas’K ou Massilia Sound System remportent un franc succès auprès des jeunes et la pratique du « balèti » se répand. Le théâtre également, se joue en occitan, de plus en plus.

Inspirée des méthodes de Célestin Freinet

« On étudie l’occitan dans de nombreuses universités du monde », ajoute Philippe Hammel, ancien directeur du CIRDOC, montrant ainsi que l’intérêt pour notre culture régionale dépasse largement les frontières du local. L’écrivain Robert Lafont rappelle que parler occitan, c’est s’ouvrir à l’espace méditerranéen et au-delà… « Parlem doncas latin en italian, en espanhòl, en catalan, en occitan, en francés (…) Parlem latin dubèrt. Parlem Euròpa e parlem Mond » (3)

Pour la pédagogie ?

« Aidons l’enfant, gardons-lui le désir et le besoin du travail, laissons-le interroger lui-même et demander conseil et arrangeons-nous pour qu’il réussisse (…) et qu’il puisse, triomphant, admirer le résultat de son effort. Avec un brin de réussite, une grande confiance et un milieu favorable au travail, l’enfant s’en irait jusqu’au bout du monde ». Telle était la conviction pédagogique de Célestin Freinet, instituteur, écrivain et fondateur de l’ICEM (4).

Inspirée des méthodes de Célestin Freinet, la pédagogie institutionnelle pratiquée dans les écoles Calandretas existe depuis les années 1950. Elle a été fondée par Fernand Oury et Aïda Vasquez et comme son nom l’indique, elle fait reposer le fonctionnement de la classe sur des institutions, dont les élèves sont les premiers acteurs. La plus emblématique est sans nul doute le conseil, au sein duquel chaque enfant a voix au chapitre et commence à exercer sa citoyenneté. Il y a également les ceintures, qui permettent d’évaluer comme au judo, les progrès de chaque enfant.

« Outre le mode d’enseignement qui diffère de celui que l’on peut trouver dans les écoles dites classiques, il y a aussi de nombreuses valeurs qui sont inculquées aux enfants. (…) Ils se sentent responsabilisés et parfaitement intégrés dans l’école. Ils savent qu’ils ont leur mot à dire, que leur avis compte », témoigne Sandrine, maman de deux « calandrons » de 5 ans et 8 ans.

Pour la vie associative ?

« Il est vrai que s’associer demande une gymnastique mentale un peu particulière qui ne va pas dans le sens d’une société où tout est présenté de façon binaire, avec d’un côté les bons et de l’autre les mauvais. Et si nous avions raison ? Pour ma part je le pense, et c’est pour cela que je crois que « s’associer pour faire école » est la clé de voûte de l’édifice », témoigne Jean-François, responsable associatif.

Inscrire ses enfants dans une école Calandreta, c’est s’impliquer dans la vie de l’école et dans celle de l’association. « Arrivé à Béziers, je cherchai une école pour mes enfants. Le hasard me conduisit à la Calandreta des Falabreguiers. J’attendis la fin des classes pour entrer dans l’école. Je poussai la porte prudemment et là… surprise ! Il y avait au moins autant de parents que d’enfants dans cette cour. Des parents visiblement à leur place, qui discutaient, qui rigolaient… », raconte Hervé, ancien parent d’élèves.

Être parent de « calandron », c’est être sollicité pour de nombreuses contributions : lotos, buvettes, animations en tout genre, mais aussi réunions et engagement associatif. Une contrainte pour certains. Une bouffée d’oxygène dans notre société individualiste, pour d’autres…

Contacts
Calandreta Los Fabreguiers 7 r Rouget de Lisle 34500 BEZIERS
 C’est une école maternelle & primaire
 "http://www.falabreguiers.f

Calendreta L’Ametliers Ecole 7 r Franklin 34500 BEZIERS
 C’est une école maternelle & primaire
Calandreta Lo Garric Chemin des écoles Montimas 34 500 BEZIERS
 C’est une école maternelle & primaire
  "http://www.logarric.com

 

(1) Extraits tirés du texte de la conférence organisée par APRENE et prononcée par le professeur Petit à Béziers en 2000. Décédé en 2003, ce dernier est l’auteur de nombreux ouvrages en français et en allemand sur l’acquisition des langues.
(2) « Cette conviction que j’en ferai quelque chose, de cette langue, me vient de toute petite. »
(3) In « Calandreta, 30 ans de creacions pedagogicas », éditions La Poesia, 2010. Robert Lafont est décédé en 2009.
(4) Institut Coopératif de l’École Moderne (www.icem-pedagogie-freinet.org)