Aujourd’hui à Béziers, un focus des relations tendues existantes entre la communauté éducative et le maire de la ville en dit long sur la détérioration du vivre ensemble depuis son accession à la tête de la municipalité, comme sur le projet de société qu’il essaie d’imposer, accompagné de sa vision ou sa réécriture de l’Histoire mise au service de son idéologie mortifère. Les derniers développements en date en étant le degré maximal pour le moment et non ultime, nous y reviendrons.

par DG RojoyVerde


Comme dans tous les régimes à caractère despotique, Robert Ménard veut peser sur les esprits jeunes et friables pour l’avènement du Nouvel Ordre national-catholique. C’est une constante de l’Histoire et tout commence plutôt benoitement jusqu’à la rupture du dialogue qui a l’air d’être atteinte. Car, comme il existe encore un cadre étroit d’intervention de l’Etat de droit dans cette démocratie libérale déroutée, où démocratie d’abstention se conjugue avec Etat sécuritaire, l’édile n’arrive pas, pour le moment, à imposer tous ses desseins à l’Ecole, dernier grand service public auquel s’attaquent conjointement les extrémistes de droite et l’économie ordo-libérale.


Rappels donc de la chronologie des faits depuis les Municipales remportées par la liste portée par Robert Ménard en mars 2014.


Très vite, durant la campagne électorale des Municipales 2014, puis au printemps de son accession à la mairie de Béziers, Robert Ménard fait savoir à tous son refus catégorique d’appliquer à la rentrée suivante la réforme des rythmes scolaires (voulue par le ministre de l’époque Vincent Peillon), dans les écoles du premier degré, maternelles et primaires soit 42 écoles sur la ville de Béziers. Il fait valoir que plusieurs villes sont confrontées à des difficultés dans l’application concrète de la mesure, d’ailleurs très controversée au sein de la communauté éducative. Il assume son refus dans un entretien accordé à Midi Libre le 6 mai 2014.

il aime cliver et dissocier les bons enfants des mauvais élèves

Ce bras de fer se prolonge jusqu’à la fin de l’année scolaire 2014, ses services proposant la mise en place d’un emploi du temps indigeste, retoqué par une majorité absolue de conseils d’école début juin 2014. C’est le premier accroc et pas le dernier. Une nouvelle organisation est finalement trouvée à la rentrée suivante (septembre 2015, après un an de statu quo), facilitée on doit le dire par les subsides apportés par le Rectorat, profitant du passage de 11 à 18 écoles de la ville en REP (Réseau d’éducation prioritaire), et bénéficiant donc d’un financement soutenu pour cette mise en place. Ainsi Robert Ménard, jouant la mauvaise foi et la montre obtient que sur les 500 000 euros que l’application de la réforme coûte, 450 000 soient à la charge de l’Académie, pour le moment seulement. Car cette subvention va se tarir tôt ou tard et là notre édile a une parade qu’il expérimente déjà dans plusieurs écoles : la fin de la gratuité de l’école et la mise en place des activités périscolaires payantes. Ou comment récupérer également au passage la baisse, à la marge, des tarifs de cantine, adoptée sous sa mandature en juin 2015 et qui a eu peu d’effets sur la fréquentation et le portefeuille des ménages, compte tenu de la stagnation voire de la dégradation du pouvoir d’achat avec la hausse du chômage et des prélèvements obligatoires.


Ceci, notre édile n’en a cure, et si au passage il peut écrémer des catégories de population, il ne va pas s’en priver, comme on va le voir à présent : il aime cliver et dissocier les bons enfants des mauvais élèves.


Pour ce faire il utilise sa méthode de communication, le buzz médiatique et les mesures iniques. Ainsi, très vite, début avril 2014, peu après sa victoire électorale, il pense bienvenu de souligner qu’il ne veut pas de repas halal dans les cantines scolaires dont il a la charge. Il lui est vite rappelé que ces repas n’existent pas, mais seulement des repas de substitution ne concernant d’ailleurs pas uniquement les enfants musulmans, dont il fait une cible privilégiée. Il continue sur sa lancée et fait voter la délibération n°32 du conseil municipal en date du 27 mai 2014 par laquelle il réserve l’accès des activités périscolaires aux seuls enfants dont les deux parents travaillent. Cette mesure injuste est dénoncée par l’opposition municipale de gauche qui soutient l’introduction de deux recours contre cette délibération contraire au principe d’égalité d’accès aux services publics de tous les citoyens devant la Loi. Ces recours sont en attente d’une décision de justice émanant du Tribunal administratif de Montpellier.


Pour accentuer le clivage et sous des prétextes égalitaires fallacieux, tant chez lui l’idéologie accompagne la charge symbolique de chaque décision, il commande des blouses blasonnées qu’il voudrait voir porter par tous les écoliers de la ville. Il avance, pour défendre sa mesure, vouloir effacer les discriminations sociales, comme si porter une blouse suffisait à effacer la paupérisation des pauvres et le creusement insultant des inégalités sociales, qu’il ne combat aucunement dans le réel. Et surtout, la blouse est d’un bleu très bleu, donc douteux au vue du soutien apporté par la Rassemblement bleu marine (RLP) à sa candidature. Et le blason, (armoiries devrait-on dire), réintroduit par le sieur Ménard, est cousu très visiblement à gauche, côté cœur. Cela n’est pas sans rappeler un autre blason cousu sur le cœur, celui des Chouans contre-révolutionnaires. D’autant que notre blason est aux couleurs bleu blanc rouge, donc aux couleurs des « patriotes » d’extrême droite et qu’y figurent les trois fleurs de lys de la royauté évoquant la Sainte Trinité.

« les prénoms disent les confessions »

 

Nous ne serons donc pas étonnés de constater qu’une seule école a accepté le port de la blouse dans son règlement intérieur : l’école privée de la Madeleine, tout un symbole disais-je. Ce même blason est par ailleurs apparu sur les 21 écoles primaires et les 21 écoles maternelles à la rentrée 2014, sur un drapeau porté par un pavois tricolore portant également le drapeau français, ou comment lourdement exalter les valeurs chrétiennes et nationalistes. Car, avec autant d’insistance, on n’est plus dans le registre patriotique désuet de l’après-guerre. Soulignons au passage que notre édile, sûr de sa geste nationale-catholique, a commandé pas moins de 1250 blouses à la charge de la communauté. Or, aujourd’hui, seulement 400 ont été distribuées. On comprendra mieux alors la lourde insistance de faire inscrire à chaque conseil d’école la question du port de la blouse, revenant sans cesse même après des votes défavorables des conseils d’école ou des conseils des maîtres, instances délibératives souveraines dans chaque école.


Un an après ces premiers pas en tant que maire et en charge des écoles, mais pas de leur contenu éducatif ni de leur règlement intérieur, le maire de Béziers signe le 5 mai 2015, devant des millions de téléspectateurs de l’émission Mots croisés sur France 2, une déclaration fracassante : « les prénoms disent les confessions » clame-t-il, assurant être en possession d’un fichier des élèves lui permettant d’affirmer que des écoles de Béziers sont majoritairement fréquentées par des enfants musulmans (au passage il est bien en charge d’un fichier des élèves comme dans toutes les communes de France, répertoriant tous les élèves scolarisés) basant son anathème uniquement sur les prénoms des enfants ! Au-delà de l’absurdité de telles provocations, contextualisons ces sorties médiatiques. Nous sommes au printemps 2015, l’année a très mal commencé avec les attentats contre Charlie Hebdo et c’est une année électorale.

Les Départementales ont été sur le biterrois favorables au Front National et les Régionales arrivent en décembre. Il capitalise sur la peur irrationnelle du musulman, désigné comme l’ennemi intérieur, surtout dans le vote communautaire du Midi languedocien. Dans un premier temps, Monsieur Ménard fanfaronne que la garde à vue suivie d’une instruction introduite par le Procureur de la République pour trouver le fichier revendiqué s’est soldée par un non-lieu. Il reste que deux plaintes, portant elles sur les déclarations publiques qui ne peuvent pas être réfutées, sont introduites par les instances nationales de la Maison des potes et SOS Racisme. Ces deux plaintes sont aussi en attente d’un jugement.

il traite un enseignant qui refuse de lui serrer la main de « petit con »


Cette provocation agit comme un électrochoc dans la communauté éducative. Une lettre ouverte part le 11 mai 2015, soit six jours après les déclarations discriminantes du maire de Béziers, de personnels du collège Kraft, lettre ouverte qui sera reprise par des journaux nationaux. Cette même lettre fédère des citoyens qui, au fil de réunions, finissent par constituer un collectif se donnant pour nom officiellement CAÏD-E (Collectif anti ingérences et discriminations dans l’Education). Son action a trois axes : être une cellule de veille pour toutes les atteintes portées au monde éducatif et les porter à la connaissance des instances académiques, mener des actions sur le long terme pour améliorer le vivre ensemble dans le cadre de vie scolaire (un projet de Fête des prénoms est en construction) et fédérer tous les acteurs de la communauté éducative pour favoriser le dialogue sur les questions éducatives.

C’est ainsi qu’à la suite de la chasse aux migrants syriens organisée par monsieur Ménard lors des mois de septembre et octobre dernier, le CAÏD-E a participé à des manifestations de soutien et s’est proposé pour donner des cours, monsieur Ménard s’étant prononcé contre la scolarisation des enfants, allant de fait une nouvelle fois contre le droit international le plus élémentaire et toutes les conventions les protégeant. Etant entendu que c’est là le dernier souci de notre maire-reporter sans frontières, entre son passage de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) à l’extrême droite.


Durant cette même période automnale de la rentrée 2015, le maire de Béziers se signale à nouveau par son incapacité à se maîtriser en public : alors qu’il visite une école du centre ville, il traite un enseignant qui refuse de lui serrer la main de « petit con » et menace de le faire muter. Les syndicats réagissent par l’intermédiaire de deux professeures d’école qui écrivent une lettre ouverte sans équivoque à Robert Ménard, le Rectorat apportant tout son soutien à l’enseignant. Une plainte est également instruite.


Le soutien du CAÏD-E est à nouveau sollicité en ce début d’année sur le dossier Gaveau Macé largement expliqué dans ce numéro d’EVAB.
Enfin, le dernier épisode de cette douloureuse, houleuse, humiliante et pour finir désastreuse relation entretenue par le maire de Béziers et la communauté éducative.


En cette période propice aux vœux, 29 professeurs d’Histoire-géographie du lycée Jean Moulin expriment leur désir de voir le maire de la ville se concentrer sur ses tâches administratives et laisser l’enseignement de leur matière aux personnels qualifiés et diplômés. Cette lettre du 15 janvier reçoit une réponse virulente envoyée par l’intéressé le 17 janvier, et dans laquelle il laisse entendre que ces professeurs sont incompétents et ont pris une position politique en divulguant cette lettre ouverte. Nonobstant, Ménard oublie de préciser que son journal municipal bimensuel, transformé en organe de propagande se fait le relais de positions sur l’Histoire très avantageuses pour le camp des « patriotes », égratignant toute la pensée des historiens compétents et relayant les nombreuses conférences de Béziers libère la parole, devenue la tribune officielle de tous les idéologues d’extrême droite.

Un droit de réponse, moins courtois et plus direct que la première lettre, est exercé par ces mêmes professeurs qui reçoivent le soutien de la quasi-totalité des professeurs des autres établissements biterrois du secondaire. Ils sont donc au total 60, avec l’appui de deux associations : les Clionautes et l’Association des professeurs d’histoire-géographie. Les professeurs en resteront là pour ne pas courir après l’escalade de l’esclandre propre à Robert Ménard.


Il reste que moins de deux ans après son élection, le constat est cinglant. Quatre lettres ouvertes de protestation émanant du personnel de l’Education nationale, cinq plaintes émanant du monde politique, associatif et éducatif sur des ingérences et des propos insultants et discriminatoires de l’édile au pouvoir. Il a réussi à braquer la quasi-totalité de la communauté éducative contre lui par ses sorties médiatiques et ses mesures iniques. Le crime ne profite pas dit-on.

Espérons que le temps d’instruction des plaintes et les décisions confortent tous les acteurs du vivre ensemble, particulièrement les éducateurs qui par leurs actions de veille, d’actions et de propositions essaient de protéger les missions essentielles de l’école, à savoir laisser à chacun la possibilité d’apprendre, de savoir et de se former en tant qu’acteur éclairé de la Cité, ce qui s’oppose à la rigidité martiale et disciplinaire qui voudrait faire de nos enfants de bons sujets fidèles à la Foi chrétienne et  aux relents passéistes Travail, Famille, Patrie.

Il faudrait aussi souligner que Robert Ménard n’a cure de l’éducation, il soutient son idéologie : déstructurer le tissu éducatif dans le seul dessein d’éloigner du centre ville, voire de la ville, centre de l’Agglomération Béziers Méditerranée, les personnes indésirables pour la réalisation de ses projets immobiliers comme à Gaveau-Macé, et homogénéiser ainsi la sociologie de Béziers.

Pour répondre aux critères économiques et sociaux qu’il définit comme étant les valeurs cimentant une population blanche, consumériste, disciplinée à dépenser et à ne pas penser ou alors propre à adopter les comportements très conformistes, martiaux, conservateurs des honnêtes gens rassurant pour les gestionnaires de patrimoines immobiliers et les agents d’optimisation fiscale. Il faut donc que toute la jeunesse bigarrée qui fait la richesse de Béziers disparaisse loin des vitrines commerçantes promises aux enfants bien sages des écoles chrétiennes et à leurs parents. Donc pas de syriens, pas de roms scolarisés, d’où l’acharnement sur l’Association biterroise contre la racisme (ABCR), de même qu’il faut tout faire pour éloigner les enfants musulmans ou pauvres en cassant des groupes scolaires et en faisant payer l’école gratuite.

C’est le projet de société de Robert Ménard auquel répondent avec une belle détermination positive les acteurs de la communauté éducative désirant continuer à assurer avec la même équité les missions premières de l’Education nationale, et attendant de leur hiérarchie, des représentants de l’Etat, des parents d’élèves et de la Justice qu’ils les aident à y contribuer, malgré la période difficile qui s’ouvre pour l’école.