Le concept de kilomètre-aliment est apparu au début des années 1990 au Royaume-Uni, du fait de la globalisation commerciale qui ne recule devant rien. Nos grands-parents étaient tous des consommateurs locaux et ne s’en portaient pas plus mal.

Par Jean-François Gaudoneix


En 2015, la distance moyenne parcourue par un produit alimentaire entre son lieu de production et l’assiette du consommateur dépasse la plupart du temps les 2 000 km, et d’autres font jusqu’à 4 800 km! C’est démentiel! Savez-vous que le semi-remorque qui a pris feu dans le tunnel du Mont-Blanc, en 1999, était chargé de farine et de margarine belges expédiées en Italie? La margarine devant y être simplement emballée, avant que les paquets ne repartent pour être vendus en… Belgique.

 

Dix millions de coquilles Saint-Jacques des Côtes d’Armor sont envoyées en Chine

 

Dix millions de coquilles Saint-Jacques des Côtes d’Armor sont envoyées en Chine pour y être nettoyées avant de revenir en Bretagne se faire garnir… « C’est une question de coût, on ne peut guère faire autrement …» explique benoîtement un responsable d’une usine bretonne. Et plus près de nous, nous avons l’affaire des « lasagnes à la viande de cheval » qui a montré une complexité et une longueur des circuits alimentaires que le consommateur ne soupçonnait pas :

La Comigel, société luxembourgeoise, majoritairement détenue par un fonds spécialisé dans l’agroalimentaire commande de la viande de bœuf à Spanghero (Aude). Spanghero s’adresse à un négociant de Chypre. Qui contacte un sous-traitant aux Pays-Bas. La viande a été achetée à un abattoir roumain. Puis envoyée à Spanghero. Qui l’a livrée à l’usine de Comigel, au Luxembourg. Les plats cuisinés ont été ensuite distribués dans 13 pays européens! Sommes-nous devenus fous ? Seule la cupidité explique de tels cheminements.

 

La logique du profit des entreprises agroalimentaires est responsable de cette situation.

 

Les aliments parcourent parfois des milliers de kilomètres avant de se retrouver dans l’assiette du consommateur, ce qui engendre un excès de « kilomètres alimentaires » ayant un impact écologique négatif par la pollution, le bruit et la consommation de carburant. De plus, ces parcours complexes permettent des malversations condamnables dont le consommateur est victime. Face à cette folie énergivore et à une agriculture industrielle de plus en plus suspecte, la seule solution est de consommer local. Le circuit court peut avoir plusieurs définitions :  Aux Etats-Unis c’est une distance de 250 km entre le producteur et le consommateur.  Au Canada, c’est 120 km.  En France un circuit de proximité est fixé à 150 km. Bien entendu, la seule notion de circuit de proximité ne garantit pas la qualité des produits alimentaires, mais les circuits longs, aux mains de l’agro-business sont toujours plus suspects. La notion de circuit court est définie depuis avril 1999 par le ministère de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche comme un mode de commercialisation des produits agricoles qui s’exerce soit par la vente directe du producteur au consommateur, soit par la vente indirecte, à condition qu’il n’y ait qu’un seul intermédiaire. Dans un article du Monde diplomatique « Les tongs voyagent à l’œil1 », Pierre Rimbert démontre bien tout ce que fait notre société libérale pour faire de la croissance au prix d’absurdités démentielles. Le transport maritime était déjà peu cher au début des années 2000 (1000$ pour un conteneur de 30 m³) : un conteneur de 21 000 paires de tongs avait un coût inférieur à 5 centimes par paire. Depuis juin 2015, on ne débourse plus que 205$ pour le même conteneur (incluant une taxe de 300$). Ainsi, le coût du transport a un prix négatif de 95$ ! « En fait, les compagnies de transport paient leurs clients pour acheminer des cargaisons d’Asie vers l’Europe du Nord », dixit un analyste du secteur.

Des exemples banals pour réfléchir
9 115 km distance parcourue par les ingrédients d'un yaourt industriel avant de se retrouver dans notre frigo.
La perche du Nil, le panga vietnamien et les crevettes d'élevage aux antibiotiques venues d'Equateur ou de Madagascar, à un prix inférieur aux crevettes bretonnes… On imagine la rémunération de l'éleveur, ou du préparateur de marchandise (cf le film : « Le cauchemar de Darwin »).                                                                                                                                                                                                                                                           Les légumes et fruits cueillis verts doivent pour se conserver pendant les longs trajets, subir des traitements pesticides supplémentaires (cf les bananes et les pommes de terre entre autres).
Les pommes du Chili, et bien d'autres fruits et légumes facilement cultivables chez nous sont sur les étals des grandes surfaces...

 

1) : http://www.monde-diplomatique.fr/2015/07/RIMBERT/53226