La Ruche qui dit Oui  est une start-up française qui s'exporte dans plusieurs pays européens et lève des millions d'euros auprès des investisseurs.

Par Jean-François Gaudoneix

 

Il y a d’abord un problème éthique : les actionnaires de cette entreprise commerciale de 726 ruches – chiffre de juillet 2015 - ne sont ni plus ni moins que Xavier Niel (Président de Free), Marc Simoncini (co-fondateur du site de rencontres Meetic) et Christophe Duhamel (co-fondateur du site Marmitton.org) entre autres.

Ensuite, on peut parler de tromperie  pour le consommateur.


Ce n’est ni une vente directe, ni un circuit court comme le pensent les consommateurs de la Ruche. Il y a en fait trois intermédiaires entre le producteur et le consommateur : L’auto entrepreneur - la Reine - responsable de sa ruche, qui prend environ 10% TTC sur le chiffre d’affaire réalisé. La Société Equanum éditrice du site web La Ruche Qui Dit Oui! La société Tunz/Ogone (Groupe Belgacom) qui gère les flux financiers via son porte monnaie électronique. En fait de circuit court, les 250 km entre le producteur et le consommateur annoncés par la ruche (sur son site) sont peut-être valables aux Etats-Unis, mais en France la distance est moindre. Ces professionnels de business répondent à une réelle demande du consommateur qui utilise Internet pour bien des choses. Déjà les grandes surfaces utilisent le net pour les gens pressés qui n’ont plus le temps de se déplacer au supermarché. La Ruche en fait n’est pas en concurrence avec les Amap – qui ont une tout autre démarche – mais plutôt avec les grandes surfaces. Les producteurs n’ont pas de cahiers des charges limitant l’utilisation de pesticides chimiques de synthèse et d’engrais.

Ce sont des frelons parisiens

Certains producteurs peuvent se prendre à rêver d’un débouché via le net, mais ils n’ont aucune garantie. « Ils sont libres de fixer leurs prix », dit la Ruche. Oui, mais comment gérer les 8.35% HT pris par la Reine et les 8.35% HT pris par la Ruche ? Soit ils baissent leur prix d’autant, soit ils sont près de 20% plus chers. Dans les deux cas, il y a problème. Mais pour les fondateurs de la Ruche, c’est une « success story ». Lancée en 2001, la start-up s’exporte désormais en Belgique, en Espagne, en Allemagne, en Angleterre, en Italie. La Ruche affiche un chiffre d’affaire de deux millions d’euros pour l’année 2014 et emploie 70 personnes. Elle a levé huit millions d’euros auprès de fonds d’investissements étrangers. Pas de doute, « La Ruche semble avoir trouvé le business modèle le plus efficace en termes de start-up alimentaire », rapporte Techcrunch, une entreprise anglaise de nouvelles technologies.


En fait tout le monde ne dit pas oui à la Ruche :« Ils se présentent comme une plate-forme de vente directe, mais ça ne l’est pas du tout », s'indigne Hubert Morice, paysan maraîcher et éleveur de poules dans la région de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). « Ce sont des opportunistes. L’objectif, c’est de surfer sur une demande en faisant travailler des gens avec un statut précaire, sans les employer ». « La Ruche qui dit oui prend une marge alors que ce sont les agriculteurs et les responsables de ruches qui font le travail. Ce n'est rien d'autre que le «UberPop de l'agriculture.» « Ce sont des frelons parisiens », peut-on lire sur le site des Amap. Le responsable local d’une ruche, une « abeille reine » a un revenu moyen de 400€ par mois. Ce n’est pas beaucoup. La marge que prend Paris est souvent remise en cause. Interrogé par France tv info, le directeur général de la Ruche répond : « On explique aux responsables des ruches que ce n’est pas une activité complète ». C’est un système qui profite donc aux actionnaires, qui utilise des « abeilles reines » à peu de frais, et des producteurs qui se disent précarisés.