Les inondations sont un phénomène naturel : elles sont inhérentes au fonctionnement des fleuves méditerranéens. Le régime torrentiel à l'amont apporte de grandes quantités de matière organique. Cette matière surélève le lit des fleuves au-dessus de la vallée. Le fleuve risque alors à tout moment de « sauter » vers le point le plus bas et éventuellement changer de lit : c'est l'inondation.

Par Samson

Les années 70 sont marquées par l'explosion de l'urbanisation du littoral suivant un double mouvement : l'essor du tourisme et l'essor du pavillonnaire. Ce « boom » urbain a eu pour conséquence une pression foncière considérable, jusque dans les lieux considérés comme inhabitables : les zones inondables. Sous la pression électorale, les élus locaux ont permis aux exploitants agricoles de revendre leurs terres aux promoteurs immobiliers.

 

Un crédit hypothécaire et des terrains inondables peu coûteux sont une double épée de Damoclès au-dessus d’un rêve : la propriété d'un pavillon.

 

Un gazon idyllique, tel celui dans le film Blue Velvet de David Lynch, recouvrant un monde grouillant de dangers. Chacun a le droit à sa maison individuelle choisie sur un catalogue faisant miroiter liberté et ascension sociale : une maison en « carton-pâte », un jardin et un garage pour accueillir le 4 x 4 et circuler dans le tissu rurbain éclaté. Une matrice nouvelle décomposant à la fois la ville et la campagne. Cette doctrine est encore poursuivie aujourd'hui, notamment par Nicolas Sarkozy en 2007 : « il faut permettre aux classes moyennes, à la France qui travaille d’accéder à la propriété. (…) Je propose que l’on fasse de la France un pays de propriétaires ».

L'éclatement urbain et la destruction des campagnes tracent les deux coordonnées du repère normé de l'Homme moderne : la solitude et l'exposition. L'inondation seule n'est pas la « catastrophe ». La catastrophe est le résultat du choc de l'inondation et de la vulnérabilité de l'Homme moderne. Pourtant, après chaque catastrophe, les élus se sont rassemblés en collectivités pour « maîtriser les inondations », rarement pour réduire la vulnérabilité.