La nature humaine a besoin de sens face à la catastrophe. On cherche désespérément une explication, comme si on avait perdu les clés du sens.

Par Samson

Au Moyen-âge, la Religion avait ces clés : la catastrophe était un Mal pour un Bien. Alors aujourd'hui, lorsque les experts pointent du doigt le problème, comme un fasciste montre le bouc émissaire, et que l'Europe tend une main pleine de billets, on y croit.

 

La riviereContrôler la rivière est un pouvoir exercé sur le milieu, une police qui s'immisce entre l'Homme et la nature. Alors le milieu devient autre, il devient « environnement » : un paysage lointain, un « parc naturel », un panorama aseptisé, un patrimoine qu'on ne peut pas toucher, une carte postale sur papier glacé.

L'Homme n'habite plus la terre, il y réside. L'idéologie est la certitude rectiligne du canal du Midi, symbole de progrès et de beauté. C'est la beauté spectrale du spectacle d'un animal dompté. L'expression libre d'un fleuve est vécue comme un désordre, une « anarchie ». L'anarchie c'est l'ordre de la nature et le désordre des fascistes.

L'espace de liberté de la rivière, sa divagation naturelle est comme l'espace d'expression d'un peuple. Plus la rivière est canalisée, plus l'espace d'expression est comme censuré. L'endiguement est une coercition.

 

Quand l'espace d'expression se rétrécit, la créativité, la biodiversité comme la culture disparaissent.

 

Quand la rivière n'élit pas elle-même sa voie, elle apparaît lente, passive et vide. Mais elle ressasse les sédiments. Elle creuse son lit. Elle fait le lit du Front National. Elle coule avec malaise et ressentiment. Elle s'obscurcit, ressemble au Styx, un des fleuves des Enfers, affluent de la haine.

Le fascisme est une manière de contrôler l'écoulement de la réalité. Alors quand l'inondation survient, que le fleuve recouvre sa naturalité, c'est violent. Comme l'insurrection.