Les projets de lutte contre les inondations sont déployés à coups de millions de subventions de l'Europe. Ils sont classés d'intérêt général par l'État, de sorte qu'aucun ne pourra se plaindre que sa vigne a été détruite, que les saules ont été arasés, que le coin de pêche de son enfance est devenu inaccessible.

Par Samson

« C'est pour l'intérêt général », réplique-t-on. De nouvelles digues, toujours plus grandes après chaque inondation, s'érigent tel un mur entre les habitants et leur milieu. Le fleuve devient inaccessible, un élément hostile. Lorsque le milieu devient moins vivable, nous devenons en quelque sorte moins vivants.

Les digues tiennent le temps de quelques mandats politiques. Et la catastrophe survient alors que le temps a recouvert la vie d'oubli et enterré les responsabilités. Un jour, alors que la crue est à son maximum et que les volumes d'eau endigués sont importants, la micro-fissure de la digue s'effrite jusqu'à se briser et libérer une vague d'eau d'une violence gigantesque. C'est ainsi que sont survenus les catastrophes dans la basse vallée de l'Aude en 1999, dans le Gard en 2002 et dans la vallée du Rhône en 2003.

 

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L'intérêt général, c'est empêcher la résilience sociale après la catastrophe et entretenir l'état catastrophé permanent. Depuis les inondations de 1999 de l’Aude, à Cuxac-d'Aude, l’inondation est devenue un traumatisme : les habitants n’en parlent pas, mais scrutent avec angoisse chaque montée des eaux. L'état catastrophé c'est la peur que la catastrophe advienne, alors qu'elle est déjà là. La stupeur nous soumet à la dictature des projets européens. Car le véritable intérêt général c'est sans doute la croissance du PIB générée par les reconstructions après le désastre. Le capitalisme a l'avantage de produire la catastrophe.