Garder la mémoire des inondations sauve la vie des riverains, nous disent les géographes. Alors interrogeons l’Histoire : que savons-nous des frasques passées de notre fleuve biterrois ?

Par le Piéton de Béziers

Les sources disponibles ne permettent pas de relater les crues mémorables de l’Orb avant 17451. Cette année-là, quelques archives font état d’inondations catastrophiques emportant maisons, ponts et digues, et recreusant les lits de l’Orb et du Lirou. Les données sont cependant insuffisantes pour pouvoir estimer le débit du fleuve au plus fort de la crue et les causes de la catastrophe. Il faut attendre le XXème siècle pour disposer d’éléments tangibles.

 

histoire I907Novembre 1907 : L’année de la grande crise viticole se termine à Béziers par des inondations importantes. La Méditerranée est déchaînée formant un barrage liquide qui empêche l’écoulement de l’Orb. Le vent marin repousse les eaux du fleuve vers les terres. On mesure une hauteur de 12m50 à l’échelle du Pont-Vieux2.

Mars 1930 : Forte crue dans la vallée de l’Orb. L’eau monte à 13m50 à l’échelle du Pont-Vieux2. Le port Notre-Dame et le Canal du midi sont submergés. En amont, le pont du Poujol-sur-Orb est emporté3. En 1942, lors d’une crue moins importante, la destruction du Pont-Vieux sera envisagée.

Décembre 1953 : Phénomène historique considéré comme crue centennale de l’Orb. Avec un débit estimé à 2600m3/s et une hauteur de 15m70 mesurée au Pont-Vieux, elle constitue la crue la plus importante du XXème siècle. On dénombre 2000 sinistrés et certaines sources font état de deux morts1 4. Le bétail est décimé, des centaines de maisons sont endommagées et le pont du chemin de fer est sérieusement ébranlé : des travaux seront nécessaires avant sa remise en service. Ce sont les pluies de plaines sur des sols préalablement saturés, combinées aux fortes pluies en amont, qui expliquent le gonflement exceptionnel du fleuve.

 

pont

En 1953, seule la plus grande arche du Pont-Vieux n'était pas entièrement immergée.

 

Octobre 1969 : Le barrage d’Avène, construit en 1960, écrête la crue d’une centaine de mètres cubes par seconde. Pour autant la hauteur d’eau au Pont-Vieux s’élève à 12m702 et le débit est estimé à 1950 m3/s1.

Décembre 1987 : La crue descend sur Béziers sous la forme d’une vague de boue se déplaçant à la vitesse de 5km/h, et qui atteint la ville vers 4 h du matin, s’élevant à 13m10 à l’échelle du Pont-Vieux2. La rapidité de la montée des eaux surprend les populations et prend de court les systèmes d’alerte, occasionnant d’importants dégâts matériels au Faubourg, où l’on ne déplore cependant aucune victime. Au petit matin, on évacue les naufragés du quartier sur de frêles embarcations. Le stade de Sauclières, qui devait accueillir un match Béziers-Lourdes, est entièrement inondé.

 

Les regards se tournent à nouveau sur le Pont-Vieux : que se passerait-il s’il venait à être complètement submergé et cédait sous la pression du fleuve ?


La question des arches bouchées est soulevée, mais les experts d’alors ne savent pas comment intervenir sans fragiliser toute la structure. La question des constructions en zone inondable est également à l’ordre du jour des bilans5.

Décembre 1995 : Crue mesurée à 1500m3/s atteignant toutefois une hauteur de 13m10 au Pont-Vieux1. L’automne est particulièrement pluvieux cette année-là : la montée des eaux s’explique par les forts cumuls en plaine. Au Faubourg, dix personnes sont hélitreuillées. Le système d’alerte a bien fonctionné cette fois.

histoire 1996 helicoJanvier 1996 : Depuis octobre, il y a eu 84 jours de pluie en quatre mois, et il pleut sans interruption depuis Noël. De décembre à février, il est tombé sur le Biterrois 200mm de plus que sur une année complète en moyenne. Le 28 janvier, quelques semaines seulement après la crue de décembre, c’est un milliard de mètres cubes d’eau qui tombe sur l’arrondissement de Béziers en quelques heures. Le débit de l’Orb s’élève à 2200m3/s6. Le faubourg est à nouveau sous l’eau, et une vague géante dévaste le village de Puisserguier. Pendant plusieurs semaines après la catastrophe, la météo reste menaçante et les alertes se succèdent5. Les dégâts sont estimés à plus de 50 millions d’Euros.

Pour les techniciens chargés de l’étude des crues, l’Orb est un vrai casse-tête. Les très fortes variations de la pluviométrie (il peut tomber en une journée un quart de la pluviométrie annuelle totale), le relief de l’arrière-pays, l’influence méditerranéenne à laquelle s’ajoutent les perturbations océaniques, ainsi que les vents du sud et les tempêtes marines, sont autant de facteurs qui peuvent entrer en synergie de manière imprévisible. La forte urbanisation et le défrichement aggravent les conséquences de ces phénomènes. Rester vigilant est indispensable.

 

(1) Source : Jacques Amiel, L’Orb, Presses du Languedoc, 1997.
(2) Source DIREN, document n°7.
(3) Source syndicat mixte des vallées de l’Orb et du Libron.
(4) Pardé Maurice, Les crues languedociennes en 1953, in Annales de géographie, 1956, t.65, n°348 pp.140-142.
(5) Archives Midi Libre et La Marseillaise.
(6) Proper-Laget V, Marand C et Davy L, « Intempéries de l’hiver 1995-96 en biterrois », in Bulletin de la société languedocienne de géographie.