L'annonce d'une possible féria payante pour les non Biterrois dès 2019 a sonné le glas de la forme de féria que nous connaissons depuis plusieurs décades. Une féria libre, ouverte et gratuite (au moins dans sa partie spectacle). Nous ne savons pas encore si des "checkpoints'' seront installés aux portes de la ville pour filtrer les Biterrois et les non Biterrois.

Par Didier

Mais une chose est sûre : la dérive nationaliste / sécuritaire engagée par la municipalité d'extrême droite s'accélère. Il suffit pour s'en convaincre de remonter le temps. Dès la première année de mandat le festival "Les pieds dans l'Orb" qui avait élu domicile au théâtre de plein air du Pont Vieux, au bord de l'Orb, est supprimé. Peut-être parce que, comme disait les nazis quand ils parlaient de la musique de Django Reinhart, il s'y jouait ; « de la musique de nègres ». Dès la première année toujours, le festival « L'Occitanie invite le monde » est aussi supprimé. Peut-être parce qu'il y avait trop de musique métissée. Peut-être parce qu'il se déroulait sous les fenêtres de l'actuel maire.

Dans son infini bonté, la municipalité a ensuite remplacé la musique de nègres et la musique métissée par une messe aux arènes. Une messe avec procession, en musique dans les rues de la ville. Les anciens numéros d'EVAB rendent compte des tensions qui ont existé (y compris avec la hiérarchie catholique) face à ce tour de passe-passe.

Les années suivantes les Biterrois ont goûté à une féria resserrée sur les artères principales de la ville. Le prétexte était encore et toujours la sécurité. Pour ceux qui n'avaient pas craqué avant, il a fallu apprendre à faire la fête derrière des blocs de béton anti voiture bélier et au milieu de deux rangées de CRS. Un avant-goût des fêtes du troisième Reich en quelque sorte.


Cette année lors de la présentation de la féria 2018 le maire annonce la couleur : « Ce sera une fête familiale. Elle commencera par une messe quasi obligatoire pour ceux qui aime la ville et son histoire »... Travail, famille, patrie biterroise, on devine les références.

13feriaBeziers2

 

Pourtant la féria n'a pas toujours été liée au nationalisme / sécuritaire. Il suffit pour cela de remonter le temps d'avant l'extrême droite. Car une des particularités biterroise reste que la féria n'a pas trop été affectée par la double décade de gouvernance de la droite sur la ville. La place faite aux mouvements occitans, aux calendretas, à la carrière du cheval, au festival occitan, aux musiques du monde, au festival les pieds dans l'Orb . . . est là pour le rappeler.

La féria à Béziers, c'était aussi une auto organisation particulièrement sensible dans la mise en place des bodegas.


A Béziers, curieusement, la féria n'a pas été un sujet d'affrontement idéologique entre gauche et droite. Même s'il est certain que le nombre de mandatures de la droite sur les 50 dernières années est largement supérieur à celles de la gauche, les actions des uns n'ont pas été anéanties par celles des autres. On mesure à cette occasion la différence qui existe sur la question de la fête entre gauche / droite et extrême droite. C'est la question d'une féria ouverte sur le monde ou pas, d'une féria large / débordante investie par les associations de la ville au travers de bodega, de spectacles musicaux gratuits. Côté extrême droite l'option est affichée féria réductrice, canalisée, dirigée idéologiquement. 

La féria à Béziers, c'était aussi un évènement que les Biterrois avaient investi, pris en main dans une sorte d'auto organisation particulièrement sensible dans la mise en place des bodegas.
A Béziers chaque club, regroupement, association, qui en faisait la demande pouvait avoir sa bodega et la gérer. L'extrême droite a subtilement introduit un périmètre pour implanter des bodegas, ce qui permet de refuser des autorisations. On peut être réservé voire même opposé à la coexistence de musique et de corrida. On peut être opposé à la marchandisation de la fête, à la consommation y compris festive de masse. Mais il serait erroné de ne pas mesurer qu'avec l'extrême droite l'enjeu est ailleurs, dans un encadrement idéologique du festif, dans un resserrement des identités.

Il suffit pour cela de se rappeler que c'est cette même féria marchande et consumériste qui a vu des fontaines de vin gratuites être installées sur les Allées, invité le groupe la Mano Negra dans un concert d'anthologie, imprimer des affiches de Botero et Hugo Pratt . . .


Dans le combat à mener contre l'extrême droite à Béziers il ne faudra pas oublier la notion de fête !