Pour ce dossier, il est intéressant de voir la façon dont la politique de l'enfance est organisée ou pas dans d'autres pays, et quels en sont les résultats actuels. Il n'est pas question de passer en revue les politiques de tous les pays, mais plutôt de pointer dans certains pays, les particularités de ces politiques.

par JF Gaudoneix

Les enfants les plus heureux du monde au Danemark ?

Dans les pays scandinaves l'investissement dans l'éducation préscolaire est privilégié. Il y a un développement des services publics de crèche, mais aussi des dispositifs de congés rémunérés permettant de prendre en charge les enfants à domicile. Cette politique est fortement liée à la politique en faveur de l'égalité des sexes. Le congé maternité-parental a été étendu à 52 semaines, dont 32 pouvant être partagées entre la mère et le père. La division du travail entre l'État et les familles est un problème central dans les politiques de la petite enfance dans les pays nordiques. Mais, plus que ces données, c'est le livre d'Iben Dissing Sandahl et Jessica-Joelle Alexander « Comment élever les enfants les plus heureux du monde » qui montre les pratiques danoises souvent aux antipodes des principes parentaux à la française. Enumérons quelques unes de ces pratiques :
- laisser ses enfants jouer le plus possible, sans surveillance adulte, sans horaires, sans recommandations. Il n'est pas rare de voir « des bébés souvent laissés sans surveillance dans leurs poussettes à l'extérieur pendant que les parents prennent un café à l'intérieur d'un bistrot ! » rapporte Meik Wiking, directeur de l'institut de recherche sur le bonheur. - l'école n'existe pas pour les enfants avant 7 ans.
- les cours finissent à 14 heures.
- l'après-midi, les enfants se retrouvent dans un lieu périscolaire où on les encourage à jouer. Et nous ne sommes pas au pays de l'enfant roi pour autant : les parents, les éducateurs ne complimentent pas les enfants, cultivent l'empathie, ne portent pas de jugements sanctions, enseignent l'attention et font preuve de bienveillance.
- Pas de rapports de force, pas de punitions.
- Et enfin, le « hygge » que l'on peut traduire par le bien-être, est sans doute le plus important. C'est un art de vivre : se donner des temps familiaux, conviviaux pour jouer, chanter, ne rien faire : seulement être bien.

Ce n'est pas pour rien que le Danemark est le pays où l'on vit le plus heureux (classement 2016 du « World Happiness Report » de l'ONU) .

Le Japon à l'opposé du Danemark.

La presse se fait l'écho régulièrement de « l'enfer » que vivent bien souvent les enfants japonais. C'est le pays où le suicide d'enfants est le plus élevé. Et c'est au moment de la rentrée des classes, en septembre, que l'on observe un pic de suicides... A l'inverse du Danemark, l'éducation japonaise est basée sur la punition. Le journal « Le Monde » titrait il y a quelques mois : « De l'abandon comme technique éducative au Japon ». Il relatait ce fait divers de parents qui ont puni leur enfant en le laissant tout seul au bord d'une route pour qu'il apprenne à ne plus jeter des pierres sur les voitures... En juin 2017, c'est le journal « Libération » qui titrait « Le Japon, le pays de l'enfant proie ». Violences physiques, sexuelles, psychologiques, négligences sont en forte hausse, et les abus psychologiques occupent le premier rang des maltraitances. Nombre d'enfants ont la sensation de n'être bien nulle part, ni chez eux, ni à l'école, ni ailleurs. Il y a bien un aspect culturel, la pression sociale, l'obligation de réussir, mais aussi, une absence de politique familiale. Dans une revue « Grandir au Japon » Hideko Takahashi demande au gouvernement japonais « d'améliorer les conditions de l'enfant dans un monde où l'éducation se perd et où on oublie que le futur n'est pas le chiffre d'affaire de l'année prochaine ». Un vieux dicton japonais dit pourtant que « l'enfant est un bijou »...

Un coût élevé et un service rendu médiocre aux Etats-Unis

Les Etats-Unis ont un taux de fécondité assez élevé (plus de 2 enfants/femme) mais une faible intervention publique en matière d'accueil des jeunes enfants. Ce sont donc les modes d'accueil privés, soit les offres du marché, soit la garde par des proches (grands-parents ou autres) qui prédomine. L'accueil des jeunes enfants avant leur entrée à l'école est largement considéré comme relevant de la responsabilité des parents et de la sphère privée. Les pouvoirs publics interviennent très peu sur la tranche des 0-2 ans. Le coût de l'accès aux modes de garde est élevé pour les familles américaines. Celles qui ont des enfants de moins de 5 ans dépensent 10,1 % de leur revenu dans la garde d'enfant. Le coût de la garderie « day care » varie en fonction du nombre de jours par semaine ainsi que de l'âge (plus l'enfant est jeune plus ça coûte cher). Cela coûte au minimum quelques centaines de dollars par semaine et peut aller jusqu'à 500$ pour un nouveau-né pour 5 jours par semaine à la crèche. A noter que les coûts du day care sont déductibles des impôts.

Dans les faits, la qualité de l'accueil est très inégale et souvent médiocre. Une étude de Suzanne W. Helburn a montré que la qualité dans la majorité des centres allait de « mauvaise » (non respect des exigences sanitaires de base, problèmes de sécurité, manque de relations chaleureuses avec les adultes, manque de matériaux et de jouets) à « médiocre » (exigences sanitaires et de sécurité correctes, un peu de relations positives et d'apprentissage). La qualité était majoritairement médiocre pour les 3-5 ans et mauvaise pour presque la moitié des 0-2 ans. Une des grandes particularités de l'éducation américaine est que l'on est en permanence dans le compliment, l'encouragement. Résultat, les enfants ont confiance en eux, mais le revers de la médaille est que les parents n'osent pas dire « non » à leurs enfants de peur de les traumatiser.

Une politique de l'enfance tardive au Royaume-Uni

Ce n'est qu'en 1997 que le Royaume a véritablement mis en place une politique de la petite enfance, dans un ensemble de mesures appelé la « Childcare Revolution ». On voulait une plus grande justice sociale, améliorer la situation des enfants démunis, mais aussi aider les parents à mieux concilier le travail et la vie de famille, et, en premier lieu pour mettre plus de femmes sur le marché du travail. Malgré cela, le Royaume-Uni a une politique de l'enfance moins généreuse que beaucoup de pays de l'UE, n'offrant, lorsque ce droit existe, que des congés limités et souvent non rémunérés. Etant donné la rareté des services publics d'accueil de jour des jeunes enfants, les femmes ont une moindre participation au marché du travail. Le travail à temps partiel est certes très courant au Royaume-Uni, mais il ne bénéficie pas des mesures de protection de l'emploi ou des droits sociaux qui sont les attributs du travail à temps plein. Ces emplois sont occupés en grande majorité par des femmes.... Pour les familles, le coût net moyen des services de garde est de 14 % du revenu net. Au Royaume-Uni, les services sociaux ont souvent été dénoncés pour de graves dysfonctionnements comme des retraits abusifs d'enfants à des familles. Il y a quelques années une enquête parlementaire a été exigée pour mieux comprendre les dérives du système de protection de l'enfance.

Et la politique de l'enfant en Afrique ?

C'est bien le continent où les enfants vulnérables, négligés, victimes, exploités, "trafiqués", abusés sexuellement sont sans doute les plus nombreux, et où la pauvreté empêche les pouvoirs publics de s'emparer du problème. Cependant, en Afrique, la mère est rarement l'unique responsable du développement de l'enfant, sa prise en charge est habituellement partagée. L'enfant n'est pas l'enfant de l'individu ou du couple, mais celui du lignage, de la "famille élargie" ou encore de la « grande famille ». Malgré cette « prise en charge » élargie, il existe beaucoup d'enfants des rues, d'enfants domestiques. L'urbanisation croissante et les évolutions du mode de production modifient l'organisation sociale et économique des familles, ainsi que la place et le rôle de l'enfant en son sein. Les rapports des ONG et de l'UNICEF soulignent l'importance primordiale de donner aux enfants un bon départ dès la petite enfance. C'est pour cela que la formation et le développement professionnel des enseignants de la petite enfance devraient être un sujet de préoccupation des politiques gouvernementales.

Dans de nombreux pays du monde, d'Asie, d'Amérique latine, d'Afrique, il est davantage question de survie de l'enfant. Il faut alors placer la santé de l'enfant comme la priorité absolue : 200 millions d'enfants de moins de 5 ans sont sous-alimentés. Chaque année la malnutrition provoque la mort de 3.1 millions d'enfants de moins de 5 ans (45% des causes de décès).