Depuis une vingtaine d'années, la pédo-psychiatrie sur le bassin de population de l'Ouest-Hérault, 300 000 habitants environ soit 30 % de la population héraultaise, s'enfonce dans le dénuement.

par Khan Did

Or, il s'agit d'une zone d'immigration interne et externe ,celle-ci sous-évaluée, du fait de l'attractivité du climat, des prix relativement peu élevés de l'immobilier (+27 000 habitants en 7 ans), et y arrivent en priorité des gens à faibles revenus, en situation de précarité, donc à risque sanitaire augmenté. Le rapport de l'Agence Régionale de Santé Occitanie 2017 souligne l'augmentation du taux d'hospitalisations courtes en Médecine, Chirurgie et Obstétrique au Centre Hospitalier de Béziers (17,8 % contre 13 % en moyenne nationale, +20 % en 5 ans). Ceci témoigne s'il en était besoin du lien fort entre précarité et mauvaise santé.

Un dépistage et une prévention dès l'enfance, une prise en charge pédo-psychiatrique précoce s'imposent.


Et de signaler que cette précarité entraine, surtout chez les jeunes, des conduites à risque addictif : tabac, alcool, drogues, suicides, accidents de la route, troubles des conduites alimentaires, IVG... En dehors des pathologies psychiatriques réelles, il est démontré un manque de cadre éducatif et de sécurité affective, majoré par le nombre croissant de familles mono-parentales.


Et ce ne sont pas les violences sociétales, médiatiques, l'abus des écrans, le manque d'avenir de la jeunesse qui aident à sa sérénité et son bonheur... En France, la file active (nombre de patients suivis) en pédo-psychiatrie a augmenté de 80 % entre 1993 et 2003 puis de 22 % de 2007 à 2014. Ceci est dû en partie à la reconnaissance tardive des troubles psychiques des adolescents et de la souffrance sociale (1). Le problème des troubles psychiatriques est qu'ils sont présents dans 50 % des cas avant l'âge de 15 ans, 5 % avant 12 ans. Un enfant sur 8 en France est atteint d'un trouble mental, 1 à 2 % d'un trouble de l'attention et 0,5 % d'un trouble dépressif, avec 3 % de dépressions et bipolarités chez les adolescents de 13 à 19 ans (2). Un dépistage et une prévention dès l'enfance, une prise en charge pédo-psychiatrique précoce s'imposent.

Ont été mis en place des aides comme :

- les services médico-sociaux de Protection Maternelle et Infantile

- le service de pédo-psychiatrie de Béziers (Anne Franck) avec le Centre Médico-Psychologique (CMP), et le Centre Médico Psycho Pédagogique (CMPP), ce dernier géré par une association, l'UGECAM . Y sont menés des enquêtes sur les pathologies, des psychothérapies et actions conjointes avec les familles, des projets de scolarisation. ,

- des systèmes d'aide dans l'Education Nationale portés par les médecins, infirmiers, psychologues scolaires, des RASED (Réseaux d'aide spécialisée aux élèves en difficulté), des ULIS (unités localisées pour l'inclusion scolaire).

- une maison de la parentalité, un Point d'Accueil et d'Ecoute Jeunes, une Maison De l'Adolescent toute récente sur Béziers, accueillant sans restriction les jeunes qui se présentent et les aidant à essayer de régler leurs problèmes d'addiction éventuelle, de relations familiales, de scolarité, etc..

- les services de l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE) et de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ). L'ASE dépend du Conseil Départemental et prend en charge les enfants en difficulté ou ne pouvant pas rester pour toute raison dans leur famille. La PJJ dépend du Ministère de la Justice et gère les alternatives à la prison ou sa sortie.

Mais :

- il n'y a que DEUX pédo-psychiatres, hospitaliers, (sur 5 postes ouverts, et les derniers praticiens libéraux viennent de prendre leur retraite...) devant intervenir à tous les niveaux, pour le bassin Ouest-Hérault, soit 1/130 000 habitants. La moyenne nationale est de 15/100 000, avec des zones sinistrées à 4/100 000..., de sorte que pour une première consultation psychiatrique, le délai d'attente est de DEUX ANS, et que les urgences pédiatriques et le service de pédiatrie sont obligés de prendre de nombreux enfants en charge ; parfois on ne peut garder en hospitalisation une tentative de suicide...Et derrière, pas de suivi.

- les troubles envahissants du développement, comme l'autisme, sont dépistés de plus en plus tôt (entre 2 et 4 ans), mais le délai d'attente de leur prise en charge est affecté par la pénurie médicale, et cette attente entre diagnostic précoce et prise en charge médicale tardive est un motif de légitime frustration pour les familles.

- les postes de médecins scolaires sont loin d'être pourvus. Ce sont les enseignants, infirmiers et psychologues qui sont au premier rang.

- le diplôme d'infirmier psychiatrique a été supprimé et les infirmiers d'État n'ont que 10 heures d'enseignement psychiatrique dans leur formation.

- les RASED ont vu leurs moyens diminuer sensiblement ces toutes dernières années.

Ces problèmes psychiatriques non dépistés et pris en charge compliquent fortement le travail des enseignants, des personnels de l'ASE, de la PJJ, des IME (Instituts médico-éducatifs où sont accueillis les enfants atteints de déficience mentale), des services de police (encore, eux, ils ont leur ami Beretta...)

Des pistes d'amélioration ont été avancées(1):

- déléguer par une formation aux enseignants, infirmiers, éducateurs un rôle dans le dépistage, étoffer le corps des psychologues scolaires, renforcer et revaloriser celui des médecins scolaires,

- maintenir intégralement les moyens aux RASED

- rouvrir des lits de psychiatrie infanto-juvénile et sanctuariser les crédits attenants

- améliorer et ouvrir la formation des futurs pédo-psychiatres, créer un master pour les infirmiers

- rembourser les prises en charge par les psychologues cliniciens libéraux, et valoriser les actes infirmiers.

Elles ne remettent cependant pas en cause les causes sociétales génératrices de la souffrance psychique. Elles attestent de la carence en prévention, dépistage précoce et prise en charge des troubles psychiatriques et comportementaux souvent socio-induits des mineurs. S'ajoute à ces carences la gestion violente de la ville de Béziers où aux problèmes sus-décrits est opposée une attitude tout-sécuritaire (couverture du dernier JDB) avec des policiers plus nombreux et armés. Alors que l'ilotage et la police de proximité sont beaucoup plus pragmatiques et efficaces que le Beretta.

Ce n'est donc pas demain que nous verrons le bout du tunnel et cesser le scandale de l'abandon des enfants et adolescents en souffrance, alors que dans notre société si attachée aux « économies », on ne prend pas en compte la gabegie financière et surtout humaine de ce dysfonctionnement et le sacrifice de notre avenir.

 

1) Rapport sénatorial Amiel avril 2017
2) Rapport Inserm (institut national de la recherche médicale) 2002