Ex fonction régalienne de l'Etat, la protection de l'enfance voit ses missions évoluer dans le carcan de la marchandisation et de la financiarisation. Pas sûr qu'au final salariés et usagers s'y retrouvent !

par Didier

Il fut un temps (que les jeunes de 20 ans ne peuvent pas connaître) où le travail social dans la protection de l'enfance relevait d'un engagement théorique, philosophique et citoyen. On se souvient par exemple du travail que Foucault a pu effectuer sur la prison et l'enfermement. La fonction régalienne de l'Etat était pleinement investie par les différents acteurs du secteur qui y expérimentaient des prises en charge innovantes et originales.

financiarisation

Au début des années 2000 plusieurs affaires de pédophilie, le plus souvent assorties d'un fiasco judiciaire (Outreau, Angers . . .), jettent l'opprobre sur la profession qui est désignée comme obsolète.

Comme le dit le proverbe : quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a la rage.


La loi dite de 2007 réforme le secteur de la protection de l'enfance en y introduisant l'austérité financière et le désengagement de l'Etat vers les collectivités territoriales. Dix ans après, en 2017, une enquête de l'Observatoire National de l'Action Sociale (ODAS) engagée auprès de 2000 acteurs de terrain, indique que 90 % des personnes interrogées déplorent un manque de moyens financiers pour mener à bien leurs missions. Si l'acte 1 consistait à fragiliser financièrement le secteur, l'acte 2 consiste à marchandiser et financiariser la profession. De ce point de vue le Maine et Loire est un département pilote. En 2016 le président UDI du Conseil Départemental lance des appels à projets qui mettent les associations gestionnaires en concurrence. Suivant un scénario bien connu dans les Télécoms, de nouveaux opérateurs se positionnent et pratiquent la logique du moins disant financier.

Cette mise en place d'une protection de l'enfance low cost ne menace pas seulement les emplois (entre 350 et 400 dans le Maine et Loire) elle menace aussi le service rendu par ses effets induits :

- Augmentation systématique des délais de prise en charge et de décisions juridiques,
- Placements d'enfants ordonnés par les magistrats mais non exécutés faute de structures d'accueil,
- Décisions judiciaires invalidées faute de réalisation dans des délais de plusieurs mois...
- D'autres département comme le Nord choisissent de sous-traiter les missions de service public aux multinationales contre rémunération et contre intérêt.

Ce dispositif importé du Royaume Uni se nomme le Contrat à Impact Social (CIS). Son promoteur en France Christophe Itier est l'ancien directeur général d'une association, La Sauvegarde du Nord, association qui est un des opérateurs historiques des missions de protection de l'enfance dans le Nord. Passé avec armes et bagages en Macronie C.Itier a été battu aux dernières législatives par le député France Insoumise A. Quatennens. Dans ses valises ni gauche ni droite il amène : la rationalisation des coûts, l'intéressement financier, les contrats d'objectifs avec des intérêts pouvant aller jusqu'à 15 % des sommes investies.

L'autre menace, complémentaire, vient de l'ex président qui voulait s'attaquer à la finance, F. Hollande et de son association :  La France s'engage . Financée par Total, B.N.P et Andros, cette association s'est donnée pour objectif d'investir dans ce nouveau business. Dans le Nord la boucle est bouclée puisque C.Itier vient de signer un contrat avec la B.N.P qui porte comme objectif de diminuer de 1% le nombre de placements d'enfants, contre le remboursement des sommes investies plus 6 % d'intérêts. Dans cette association de l'Etat et des banques on peut malheureusement prophétiser que toutes les activités potentiellement lucratives seront abandonnées au spéculatif et le reste laissé au caritatif.