Même si la prison est devenue le monde du silence pour l'extérieur, de nombreux projets, de nombreuses associations et de nombreuses publications traitent de la prison, de la condition carcérale et de la vie quotidienne des prisonnières et des prisonniers.

Robert Martin,

L'Observatoire International des Prisons (voir entretien avec Laure Anelli dans ce numéro) et son journal "Dedans / Dehors".

L'OIP section française est une association loi 1901 née en 1996 qui agit pour le respect des droits de l'homme en milieu carcéral et un moindre recours à l'emprisonnement et qui dispose du statut consultatif auprès des Nations unies.

Ses missions :

- Observer les conditions de détention dans les prisons françaises, par un travail d'enquête approfondi, réalisé avec l'aide de correspondants intra-muros.
- Faire connaître l'état des prisons et la situation des personnes détenues.
- Informer les personnes détenues et leurs proches de leurs droits et soutenir leurs démarches pour les faire valoir.
- Faire respecter les droits fondamentaux en prison par des actions en justice et un travail de plaidoyer auprès des pouvoirs publics.
- Faire avancer la loi par l'adoption de dispositions, règlements et autres mesures propres à garantir la défense de la dignité des personnes détenues et le respect de leurs droits.
- Défendre un recours limité à l'incarcération, en plaidant pour la révision de la durée des peines, la dépénalisation de certains délits et la promotion des alternatives à l'incarcération.

passe murailleL'association GENEPI (Groupement Etudiant National d'Enseignement aux Personnes Incarcérées) qui œuvre en faveur du décloisonnement des institutions carcérales par la circulation des savoirs entre les personnes incarcérées, le public et ses bénévoles. Elle édite Le Passe-Murailles, une publication destinée à un public citoyen, soucieux de se tenir au courant de ce qui se passe derrière les murs. Le Passe-Murailles propose d'informer de façon claire, objective et approfondie sur l'actualité pénitentiaire et judiciaire. Ses articles sont majoritairement écrits par des étudiants de l'association. L'équipe éditoriale se veut néanmoins ouverte aux autres associations œuvrant dans le domaine carcéral mais aussi à la participation des chercheurs et des professionnels de la justice qui enrichissent le Passe-Murailles de leurs points de vue.

Chaque parution fait l'objet d'un grand dossier, constituant un numéro de référence sur le thème traité. Le Passe-Murailles souhaite certes informer sur l'actualité pénitentiaire et judiciaire, mais aussi sur l'actualité culturelle, présentant divers films, ouvrages et pièces de théâtre consacrés à la prison.
Au-delà de sa fonction d'information du public sur les questions prison-justice et réinsertion, le Passe-Murailles est un outil de formation continue des bénévoles. Distribué gratuitement tous les deux mois aux 1300 membres de l'association, il permet à ces derniers d'approfondir leurs connaissances sur des thèmes précis tels que la récidive, la loi pénitentiaire, la culture en détention, etc. Le Passe-Murailles se veut aussi être une revue ouverte à l'extérieur.

 

L'état d'un pays se mesure à celui de ses prisons », disait Tocqueville. On est mal en point !

 

Enfin, L'Envolée est un journal qui parait quatre fois par an. Il publie les lettres de prisonniers qu'ils reçoivent, des compte rendus de procès auxquels ils assistent et des analyses sur la société et ses lois. Le journal prolonge le travail mené par des émissions de radio indépendantes qui maintiennent un lien entre l'intérieur et l'extérieur des prisons, en dehors du contrôle de l'administration pénitentiaire. Le journal est réalisé par des ex-prisonniers et des ex-prisonnières ou des proches de prisonniers qui pensent qu'il est primordial de publier des textes venus des prisons et des textes contre les prisons. Prisonnières et prisonniers décrivent leur quotidien, dénoncent leurs conditions de détention, se battent contre l'enfermement. Ils et elles le feront toujours mieux que tous ceux qui veulent parler à leur place (journalistes, sociologues, experts, militants). Une parole de prisonnier qui sort et attaque l'administration pénitentiaire ou la justice, qui plus est quand cette parole est collective, constitue un acte politique qui dérange l'ordre des choses. L'Envolée se veut porte-voix des prisonniers et prisonnières qui luttent contre le sort qui leur est fait ; mais ils ne sont ni les porte-parole, ni un syndicat de prisonniers. Cela ne les empêche pas, bien sûr, de soutenir et d'aider des prisonniers qui leur sont proches ou qui leur demandent d'être solidaires.

sortirdusilence

Le journal s'inscrit dans l'histoire de la critique sociale abordée sous l'angle du droit et de la justice. Pour eux, la prison est le ciment nécessaire à l'État pour permettre au capitalisme de se développer. Prisons et Justice servent principalement à enfermer la misère. L'enfermement carcéral joue un rôle social de repoussoir : il produit une peur nécessaire au maintien de cette société. Ainsi la prison sert aussi à enfermer dehors. Les familles et les proches de prisonniers et de prisonnières le savent bien. Ce journal survit maintenant depuis plus de 15 ans malgré les censures de l'administration pénitentiaire, malgré les poursuites récurrentes pour diffamation, malgré leurs faibles moyens. Ils ne comptent que sur l'argent des abonnements et des événements qu'ils organisent pour financer la sortie régulière du journal.

On pourrait citer encore d'autres associations ou structures qui se préoccupent du sort des prisonniers et de ce qui se passe en prison. La Ligue des droitsde l'homme, Le syndicat de la magistrature, le syndicat des avocats de France, l'ADAP (avocats pénaliste), A3D (avocats pour la défense des détenus), l'ANJAP (juges d'applications des peines), l'ASPNP (les psys), Ban public qui recense les suicides en prison.

Cette galaxie constitue un bouclier de la société civile face au rouleau compresseur de l'État, lequel a, plusieurs fois, été condamné par le Conseil d'État ou la Cour Européenne des droits de l'homme à la suite de recours introduits par l'OIP et qui ont permis par exemple l'interdiction des fouilles à nu systématiques ou l'assistance d'un avocat devant la commission de discipline.

« L'état d'un pays se mesure à celui de ses prisons », disait Tocqueville. On est mal en point !

 

Observatoire International des Prisons : Site https://oip.org/
Revue Dedans/Dehors : https://oip.org/publications/dedans-dehors/
GENEPI :Site : http://www.genepi.fr/
Revue Le Passe Mu railles http://www.genepi.fr/p-95-le-passe-murailles.php
L'Envolée Site : http://lenvolee.net/
Revue L'Envolée : http://lenvolee.net/category/editos-et-sommaires/