La maison d'arrêt de Béziers a été construite et occupée à partir de 1867. Elle jouxtait l'évêché et la cathédrale et s'inscrivait dans une courbe dominant l'Orb. Elle a été fermée en 2009, remplacée, aux confins ouest de la ville, par un centre pénitentiaire privé vaste, moderne et beaucoup moins humain. C'est là, dans l'ancienne maison d'arrêt que, 6 mois après sa fermeture, Roschdy Zem a tourné son film « Omar m'a tuer ».

par Khan Did

Bien qu'elle ait été jusqu'en 1949 le centre départemental des exécutions capitales avec sa guillotine, elle avait, du fait de sa superficie réduite, avec en particulier des extérieurs plus qu'exigus, la particularité de mélanger les détenus, tous des hommes en attente du prononcé de leur peine ou condamnés à des peines n'excédant pas 2 ans, donc des délinquants n'ayant pas accompli de crimes. C'était des allées-venues bruyantes, des interpellations sonores, les cellules, petites, contenaient jusqu'à 4 détenus, certains sur des matelas par terre. La situation au regard de l'hygiène était déplorable, et ce fut d'ailleurs une des raisons de sa fermeture.

On se battait, on râlait, mais on ne se suicidait pas dans notre vieille Maison d'Arrêt de Béziers

Mais il y avait de la vie, des échanges, les soins médicaux plus ou moins faciles, les instituteurs, l'atelier santé animé par SIDA-Info-Service, l'atelier théâtre avec Denise Barreiros et Pierre Astrié. Il y eut un journal des détenus, un film sur la vie des personnes séropositives en prison créé et tourné par les détenus. Chaque année, ils concevaient et écrivaient une pièce que Pierre améliorait et que Denise mettait en scène avec les moyens du bord et son enthousiasme. Lui répondaient l'investissement et la joie des détenus qui jouaient la pièce pour leurs collègues et des spectateurs extérieurs dans la grande salle du bas. La représentation était suivie d'une discussion générale et d'un « amélioré » concocté par le cuisinier. Ils savaient que la pièce serait représentée ensuite par une troupe au foyer des jeunes travailleurs Claparède. Ces hommes, souvent jeunes, retrouvaient alors une fierté et une dignité qui donnaient de l'espoir.

On se battait, on râlait, mais on ne se suicidait pas dans notre vieille Maison d'Arrêt de Béziers.