De 450 euros à 6000 euros, le seuil du revenu de base varie selon les auteurs, les courants. Certains se veulent pragmatiques, d'autres y voient une possibilité de redéfinir les rapports sociaux. Du Medef aux marxistes, le revenu de base ne revêt pas les mêmes objectifs. Tentons de défricher des conceptions parfois totalement opposées. RSA amélioré, conditionnel, un revenu de base au rabais (1)?

Par Clairette


Pour des auteurs classés à droite, le revenu de base permet une simplification fiscale des aides pour les plus démunis. En son temps, M Friedman, penseur du néolibéralisme, l'avait évoqué.
En France, le Centre des Jeunes Dirigeants, think tank regroupant 3500 entrepreneurs, a intégré dans ses objectifs l'établissement d'une allocation universelle (2011).

RSA amélioré, conditionnel, un revenu de base au rabais (1)?

On peut noter aussi qu'une élue du groupe Les Républicains/UDI à l'assemblée régionale d'Aquitaine, Alexandra Siarri, a voté avec Europe Ecologie Les Verts (EELV) une motion pour étudier la faisabilité de l'application du RSA inconditionnel. Elle se justifie ainsi auprès du journal Rue89 en juillet dernier:

23 revenu de base

« J'ai toujours été favorable à une réflexion sur le revenu de base, souligne l'adjointe au maire de Bordeaux en charge de la cohésion sociale. Beaucoup de gens n'arrivent pas à s'en sortir malgré les nombreuses aides sociales proposées. Il faut tout simplifier : simplifier le parcours d'une part, et le travail des travailleurs sociaux d'autre part. Le revenu de base n'est pas une incitation à ne pas travailler, bien au contraire, il révèle les capacités des personnes une fois libérées des pressions. Il faut lancer de nouvelles expérimentations, dans un nouvel état d'esprit. Il faut de nouvelles propositions, d'autres modèles que ceux qui existent et réfléchir à un nouveau système. »
Derrière l'argument de la nouveauté, c'est bien la simplification du système des aides « qui coûtent ». Le RSA ainsi revalorisé pourrait se substituer aux aides au logement, à la petite enfance, aux allocations chômage, bref une allocation unique qui renverrait chacun à son niveau social et permettrait de sortir de l'assistanat. Exit la notion d'inconditionnalité.

Faire disparaître la grande pauvreté avec le revenu de base


Dans un souci de pragmatisme, nombre d'associations et de partis politique troqueraient les principes du revenu de base en versant une allocation sur critères de ressources d'un montant variant de 500 euros au seuil de pauvreté (950 euros) (2).
Motivé par son objectif immédiat, son versement devrait être aménagé en tenant compte des autres allocations et de l'âge et la situation du prétendant. Cette démarche semble reproduire le système actuel, rien de nouveau et aucun effet sur le « marché de l'emploi ».
Sans une application stricte des principes d'inconditionnalité, le revenu de base se transforme en nouvelle allocation. Pour la financer, il faut soit ponctionner sur d'autres minimas sociaux soit prélever sur les revenus du travail ou du capital. Équation plus que classique, le revenu de base ainsi dépecer ne modifie rien.
Certains voudraient se dégager du financement par investissement ou par création monétaire en s'appuyant sur des systèmes de monnaie libre. Fixer un revenu de base comme un droit inaliénable suppose que l'argent perçu par le citoyen ne soit pas un argent « sale », issu des flux financiers, des marchés ou des politiques monétaires des états. L'allocataire doit garder la maîtrise du « quoi » et du « comment » de la production, qui reste le fait du propriétaire du capital. L'approche monétaire nécessite de retirer le monopole aux banques pour que chaque citoyen soit pourvu, tout au long de sa vie, de la même création monétaire.
Car c'est bien sa prétention à modifier notre rapport au travail, à modifier les valeurs collectives qui poussent de nombreux défenseurs du revenus de base à ne pas transiger. En tant que modèle à vocation de transformation sociale, le versement d'une allocation universelle pourrait avoir des répercussions philosophiques, anthropologiques. Sortir de l'obligation de travailler pour gagner sa vie, c'est carrément renversant !
<blockquote>Revenu de base, outil pour faire évoluer le système de répartition des richesses</blockquote>
Pour que le revenu de base soit aussi un instrument de rénovation sociale, au sens qu'il soit un outil pour mener une réelle mutation du système actuel, Yoland Bresson (3) voudrait indexé le versement d'un revenu universel d'existence sur le capital encore non pris en compte dans le calcul des richesse produite par un pays (PIB) .
« La production et les échanges, le volume des richesses qu'on obtient dépendent fondamentalement du capital matériel et humain social » (3).
La richesse qui se calcule en argent ne peut se réaliser que si préexiste un capital humain que l'économiste estime à 14,4% du PIB pour la France. Cette rente n'appartient à personne, et deviendrait la mesure centrale dans le calcul du revenu d'existence. Ce capital pourrait fructifier par la contribution de chaque citoyen à enrichir ce fonds, par des actions d'enrichissement du bien commun. L'ignorer c'est refuser une réelle politique de développement durable.
Y Bresson fixe le montant du revenu de base à 450 euros et élabore un plan de financement sur 5 à 10ans.
La mise place d'un montant trop faible risque de faire passer le revenu de base pour une subvention aux employeurs et le prix du travail en sera diminuer. On sera payé en échange d'un travail en dessous du salaire de subsistance.

Le salaire à vie


B Friot (4) parle du revenu de base comme « la roue de secours du capitalisme » et lui préfère le salaire à vie. La pensée marxiste envisage la situation actuelle comme la traduction de la domination du capitalisme. Sur le marché du travail, les conditions des travailleurs sont de plus en plus difficiles. Les salaires, les conditions de travail et la protection sociale sont revus à la baisse, avec le chômage comme moyen de chantage. Le plein emploi est un mythe.
Il existe dans notre société des catégories où le salaire est lié à la personne, le fonctionnaire représente ce cas de figure. Ce n'est plus l'emploi qui est rémunéré, mais le titulaire du poste. Le système des cotisations rejoint la même idée. La valeur économique est reportée sur l'humain. A la différence du revenu de base qui reconnaît la personne comme un être de besoin qui attend ce que l'autre va produire, le salaire à vie reconnaît une production de valeur en dehors du marché du travail.
Le salaire à vie serait perçu dès sa majorité. Fixé à 1500 euros, il pourrait s'élever à 4000 puis 6000 euros en fonction des qualifications acquises.

 

 

(1) le revenu de base est un non générique mais les auteurs préfèrent souvent le renommer ; Ainsi on parle de Revenu Inconditionnel d'Existence, de revenu Citoyen, de salaire à vie.
(2) beaucoup d'auteurs ont réfléchi sur la mise en place d'un revenu de base avec condition. A Caillé ou B Mylondo en sont des représentants.
(3) Y Bresson : Docteur en science économique, il est le fondateur de l'AIRE qui prône la mise en place du revenu d'existence inconditionnel mais aussi du BIEN (Basic Income earth Network), réseau international de promotion du revenu d'existence.
(4) B Friot : sociologue et économiste, il enseigne à l'université Paris Ouest Nanterre La Défense. Il est l'un des fondateurs du site réseau salariat.