Khan Did nous propose ce mois ci un comparatif global des propositions des candidats principaux aux éléctions présidentielles.

par Khan Did

Le Front National (FN) et Les Républicains (LR)

- Hostilité à l'immigration, suppression de l'Aide Médicale de l'État empêchant les migrants de recevoir des soins de santé, au risque d'épidémies ou de situations individuelles gravissimes nécessitant hospitalisation.
- Pénalisation des délits avec pour LR l'abaissement de la majorité pénale à 16ans (avant la majorité civile), perpétuité incompressible pour le FN, et donc extension du parc des prisons (privées, of course).
- Majoration des effectifs de police, de gendarmerie et de l'armée, entretenant et majorant une politique sécuritaire qui a montré depuis 2 ans son inefficacité.
- diminution des fonctionnaires, globale (-500 puis 300 000) pour LR, territoriale pour le FN (suppression des régions).
- Libéralisme total pour LR, partenariats public-privé. Apparent désir de public pour le FN, mais l'histoire de la famille Le Pen n'en est pas une illustration évidente, subvention de l'enseignement confessionnel malgré un affichage pseudo-laïque.
- Pour la santé, LR détricote la Sécurité Sociale au bénéfice des mutuelles pour le petit risque, en promettant des miettes pour lunettes et dents, gros doute sur la fonction publique hospitalière.
Le FN conserverait la SS publique, réservée aux Français.
- Education : pour le FN, apprentissage dès 14 ans, fin du collège unique, sélection à l'entrée de l'Université, 50 % du temps au primaire consacré à l'apprentissage du français. Pour LR, abaissement à 5 ans de l'école obligatoire, autorité, uniforme, renforcement des savoirs fondamentaux, de l'anglais, suppression des langues d'origine, autonomie des établissements, apprentissage à 15 ans.
- Culture : pour le FN, préférence nationale, pas de vente de trésors culturels français à l'étranger, mécénat populaire avec droit de regard des mécènes sur les programmes. Pour LR, mêmes axes, renforcer l'éducation artistique, protéger le patrimoine, protéger la propriété intellectuelle (loi Hadopi), favoriser le tourisme, le mécénat et les partenariats public-privé pour financer.
- Travail : maintien des 35 heures, préférence nationale, abrogation de la loi El Khomry pour le FN, 39heures au moins, durcissement de la loi travail pour LR.
- Environnement : LR prolonge les centrales nucléaires et supprime le principe de précaution.
Le FN poursuit le nucléaire, favorise le photovoltaïque made in France, nationalise EDF, se tourne vers une agriculture biologique et protégée par des droits de douane.
- Retraites : Pour LR, retraite à 65ans, suppression des régimes spéciaux, alignement (à la baisse) du public sur le privé. Pour le FN, retraite à 60ans avec 40 annuités, revalorisation des petites retraites pour les français.
- Europe : Le FN est anti-européiste, et l'eurodéputée Marine Le Pen veut renégocier les traités, sortir par referendum de l'Europe, parle d'une monnaie nationale, mais n'est pas claire quant à l'euro.
LR est très européiste, et sa fidélité à cette Europe austéritaire est sans faille : de la sueur et des larmes.

En Marche (EM)

Après une période christique, il a livré son programme très libéral, axé sur le travail et européiste :
- Abrogation de la loi travail, négociations par entreprises plutôt que par branches.
-droit universel à l'indemnisation du chômage, avec sanctions en cas de refus de propositions d'emploi, possibilité de démission une fois tous les 5 ans avec chômage indemnisé.
- Abolition des régimes spéciaux de retraite, promesse qu'un euro de cotisation amène un euro de retraite. Rien ne doit changer avant 5 ans. Ensuite ?
- Investissement de 50 milliards d'euro dans la transition écologique et la modernisation du service public.
- Diminution de cotisations sociales patronales jusqu'à 10 point pour le SMIC.
- Diminution du nombre de fonctionnaires de 120 000 sauf dans les hôpitaux et dans la sécurité.
- ISF sur l'immobilier, diminution sur les titres et actions, exonération des revenus du capital.
- Lutte contre la fraude fiscale et sociale.
- Exonération de la taxe d'habitation de 80 % des foyers qui la paient (si revenu fiscal inférieur à 5000 euros par mois pour un couple) avec remboursement du manque à gagner aux collectivités.
- Promesse d'augmentation générale du pouvoir d'achat de 500 euros par an.
- Suppression du RSI (régime spécial de sécurité sociale des indépendants et paysans), moralisation de la vie publique, mais pas de récépissé pour les contrôles d'identité...

Les deux candidats de gauche : Benoit Hamon (BH), issu de la primaire socialiste, auquel s'est rallié Yannick Jadot, candidat écologiste – Jean-Luc Mélenchon (JLM), soutenu par la société civile, le Parti de Gauche, Ensemble ! Et le Parti communiste. Il n'a pas été trouvé d'accord pour une candidature unique alors que les deux programmes sont très voisins.

- Accord pour une transition écologique, avec abandon progressif du nucléaire, investissements d'environ 50 milliards par l'emprunt, plus pour Mélenchon, recours aux énergies renouvelables, économie de la mer pour Mélenchon, refus des énergies fossiles, en particulier les gaz et huiles de schiste, de couche ou de houille.
- Abrogation de la loi travail, retour aux négociations de branche, diminution de la durée hebdomadaire du travail, revalorisation du SMIC et des minima sociaux, et des petites retraites.
- Circuits courts et agriculture biologique.
- Lutte contre les polluants, pesticides et perturbateurs endocriniens, planning familial renforcé, négociations plus dures avec l'industrie pharmaceutique sur les prix des médicaments.
- Sécurité sociale généralisée.
- Education laïque et démocratique, recrutement d'enseignants pour désengorger les classes.
- Redistribution des richesses en modifiant la fiscalité avec un impôt sur le revenu beaucoup plus progressif, réduisant les écarts de salaire et alourdissant l'ISF.
- Lutte pour le droit au logement pour tous, avec investissement de 18 milliards d'euros pour JLM.
- Les deux candidats sont hostiles aux traités de libre-échange, CETA, TAFTA...
- Ils sont favorables aux référendums d'initiative populaire, au décompte des votes blancs, et à la suppression du « 49-3 » sauf pour les votes budgétaires pour BH.
- Ils prennent en charge de façon positive un certain nombre de migrants au lieu de les laisser se noyer ou croupir dans des camps et jungles.

Ce qui les différencie :
- La sixième république : JLM veut instaurer immédiatement une sixième république avec une assemblée constituante de citoyens qui réécriront la constitution afin de permettre au peuple de participer aux décisions politiques et de contrôler les parlementaires, de limiter les pouvoirs de l'exécutif au profit du législatif.
BH est favorable à des conseils citoyens intervenant en particulier dans les votes des budgets et à une redistribution des pouvoirs plus progressive, les deux luttant contre les politiques de métier, leur opacité et leur déconnexion de la base.
- JLM veut renégocier les traités européens en substituant la « règle verte » à la « règle d'or », c'est à dire la primauté de l'écologie sur les équilibres budgétaires. L'impossibilité de cette négociation entraînerait le « Frexit » après référendum. BH reste favorable à l'Europe.
- JLM veut rétablir l'indépendance de la France et sortir de l'OTAN.
- BH propose un « Revenu universel d'existence » qu'il appliquerait immédiatement aux 18-25ans, exclus actuellement du RSA. Cette mesure encore très novatrice et actuellement en début d'expérimentation en Finlande permettrait pour lui de négocier entre travail pénible et mal payé, temps partiel subi (surtout par les femmes) et vie familiale.

Deux conceptions s'affrontent, conservatrice et libérale excluante d'un côté, plus évolutive et moins austéritaire de l'autre, avec des nuances qui peuvent permettre de rejoindre certains « extrêmes », une prise en charge écologique variable, des positions européennes très diverses, un rejet du « système » qui est plus authentique et pragmatique dans le camp de gauche, surtout pour JLM.

Au milieu, le jeune EM, libéral et conservateur, et qui a inséré quelques touches de social pour que son programme soit « ni droite, ni gauche » et joue l'arbitre face au FN.
Et si ce n'était que des promesses, très difficiles à tenir ? Elles auront au moins eu l'intérêt de nous faire rêver pour certaines...

Et de nous réveiller du cauchemar de devoir envisager que deux candidats à la magistrature suprême soient poursuivis par la justice pour des actes présumés totalement indignes qui auraient entraîné leur démission dans tout autre pays de l'UE (Italie ?).