Égarée dans la vallée infernale des conférences d'extrême droite à haute dose, Maurane Bob avait besoin de faire une pause.

Par Maurane Bob,

Et c'est avec encore plus de détermination qu'elle revient, ce 15 septembre 2016 au Palais des Congrès de Béziers, pour écouter en sous-marin le nouvel invité du maire : Jean-Frédéric Poisson. « Chrétien et insoumis », disent les affiches de la municipalité. Et candidat aux primaires des Républicains, ajoute Chouquette...

- C'est pas banal, ça, un candidat aux primaires de la droite normale, je dis...
- On en saura plus au palais des « congres », se bidonne Chouquette dans l'avenue Saint-Saëns, Hahahahahahahahahahahaha, au palais des « congres », t'as compris ? Hahahahahahahahahahahaha !!!!!

Il faut dire qu'après quelques mois sabbatiques, la reprise est un peu dure, alors l'apéro ne s'est pas fait à l'eau...

Ill11

Arrivées sur place, nous trouvons à disposition comme d'habitude de nombreux exemplaires du luxueux bimensuel de la ville qui diffuse à grand frais publics la propagande municipale. Ce mois-ci le « Journal de Béziers » s'en prend à la rédaction du « Midi-Libre » qui serait mêlée à un grave complot journalistico-politico-financier menaçant notre cité. La preuve : le quotidien régional ne publie pas l'intégralité des discours du maire.

Tandis que nous choisissons nonchalamment nos fauteuils – il n'y a pas grand monde ce soir – une sexagénaire en tenue de rando nous tend un tract rose et bleu en faveur de « La manif pour tous ».
- Il faut dire stop aux attaques contre la famille, elle nous explique, il se passe des choses très graves, la famille est en danger !
On remercie poliment et on commence à lire l'appel à manifester contre la « multi-parentalité via le statut du beau parent », contre « la mise sous condition de ressources des allocations familiales », et pour « l'école libre hors contrat ». Chouquette hausse les épaules et me dit à l'oreille : « Quelle morue ! » - et puis elle recommence à se marrer comme une baleine.
- Chuuut, je fais...
- D'accord, acquiesce-t-elle, pardon, je reste muette comme une carpe. Pfffffffff hahahahahaha...

Il est 20h10 et il n'y a toujours pas grand monde. « T'as raison, on va se faire repérer, dit Chouquette, y a que des vieux. » Si l'on excepte deux jeunes filles voilées et un jeune homme coiffé d'une raie sur le côté (Oh, une raie ! s'esclaffe Chouquette), le constat est irréfutable. Du coup, quand le maire monte en scène pour procéder à son habituel discours d'introduction, nous faisons penaudement semblant d'applaudir, comme deux pauvres poissons clowns égarés dans l'aquarium des requins.

Le maire de Béziers nous demande d'accueillir Jean-Frédéric Poisson qui est docteur en philosophie, président du parti chrétien démocrate, député des Yvelines, et candidat aux primaires de la droite. L'édile ne veut pas faire de mauvais esprit mais il remarque que personne du parti « Les Républicains » n'est venu ce soir, cette bande de malpolis. Mais bon, hein, que voulez-vous, les gens sont mal élevés, il n'y peut rien, le maire. Lui, en tout cas, il salue le courage de son invité, qui porte un message dissonant au sein de la droite, car c'est un homme de foi, qui s'est battu contre le mariage homosexuel et n'a pas changé d'avis depuis [applaudissements] et aussi il a été le président de la mission parlementaire sur le financement de Daesh. Enfin, se réjouit-il, quelqu'un qui va pouvoir nous parler de nos ennemis, au Moyen-Orient et ici. L'invité du maire a également été le témoin du martyr des chrétiens d'Orient, martyr qui touche particulièrement notre premier magistrat puisque la ville est jumelée avec une ville chrétienne de Syrie. Par ailleurs, le dernier livre de son invité, qui sera en vente à la sortie, défend l'idée courageuse que la France doit changer sa politique de défense, laisser tomber les Américains, et s'allier avec la Russie. Pour finir le maire salue le christianisme insoumis de Poisson, c'est-à-dire pas le genre de christianisme qui plaît aux médias, qui courbe la tête et qui finira dans une tombe. (Pas le genre qui tend l'autre joue quoi, commente Chouquette à mon oreille.) Et puis le maire souhaite bonne chance à son invité pour les primaires et le public applaudit.

Notre conférencier salue son auditoire, se plaint malicieusement de ce que l'introduction de ce « cher Robert » fut insuffisamment élogieuse mais il s'en contentera [rires], et nous informe qu'il va nous livrer un témoignage plutôt qu'un exposé universitaire, pour éviter de nous endormir.

Tout d'abord il développe l'idée que les chrétiens sont persécutés partout sur la planète, et pas seulement en Orient. C'est de loin la religion la plus persécutée dans le monde, affirme-t-il, même en Europe. Par exemple l'Union Européenne fait tout ce qu'elle peut pour favoriser les Musulmans de Sarajevo qui sont passés d'un peu plus de 50% de la population à 95%. Et même il y a des camps d'entraînement de Daesh là-bas, soutenus et financés par l'Union Européenne et l'Otan.

- L'Union Européenne et l'Otan financent des camps d'entraînement de Daesh ??? chuchote Chouquette en faisant des yeux de merlan frit.
- C'est une accusation grave, je dis...
- Qui peut vérifier cette info ? demande Chouquette.
- Aucune idée...

En tant que Parlementaire, notre orateur a été ému par le sort des chrétiens d'Orient parce qu'il est attaché au Liban depuis longtemps. Certes, dit-il, les chrétiens maronites ont une responsabilité réelle dans la situation actuelle du Liban qui est privé de chef d'État. Mais il a été ému quand même et a décidé d'aller sur place parce que les informations qui nous parviennent sont « arrangées » - il choisit ce terme plutôt qu'un autre pour ne pas être impoli. En effet, précise-t-il, souvent les informations ne défendent pas les vraies victimes – là il ne précise pas qui sont les vraies victimes, ni s'il y en des fausses...

Lui, il voulait voir les camps de réfugiés de ses yeux. Et ce qu'il a vu l'a conduit à la conclusion suivante : les réfugiés sont bien mieux dans un camp à Tripoli en Lybie qu'à Calais ou à Stalingrad (la place parisienne.) Bon d'accord il ne nous conseille pas d'aller y passer des vacances, mais pour quelqu'un qui parle arabe et qui est habitué au climat, hein... D'ailleurs il se rappelle d'une petite Érythréenne de 20 ans qu'il a rencontrée à 50 km de Tripoli l'année dernière. Elle portait dans les bras son petit Hussein qui était né dans le camp quinze jours auparavant. Elle avait marché trois mois dans le désert avec le ventre gros. Elle avait survécu aux razzias, aux kidnappings, aux vents de sable, aux tentatives d'assassinats, pour offrir un avenir meilleur à son petit garçon et Jean-Frédéric Poisson lui a dit : « Madame, je ne suis pas sûr que vous vivrez mieux en Europe. Et pour avoir, dans ma circonscription, accueilli sur décision du Préfet des réfugiés Syriens et Irakiens puis des Tibétains, et même des Érythréens, je sais que même si tout a été fait pour les accueillir au mieux, la majorité veulent repartir ou sont déjà repartis et personne ne peut dire ce qu'ils sont devenus. »

La deuxième chose qu'il voulait voir par lui-même, notre orateur, c'est le conflit du Proche-Orient. Il a rencontré deux fois Bachar El Assad pour vérifier s'il était vraiment au bout du rouleau comme disent régulièrement les infos, et comprendre ce que la Syrie attend de la France. D'abord Bachar ça va, merci pour lui, il tient le coup. Ensuite la Syrie, comme la Lybie, l'Egypte, le Liban et l'Irak, tous ces pays ne comprennent pas pourquoi la France est en train d'abandonner ses alliés et ça les rend tristes, et ils ne comprennent pas non plus pourquoi la France s'allie avec les Saoudiens, les Qatari et les Turcs et ça les rend encore plus tristes. Ils ne nous en veulent même pas, dit Poisson, mais ils sont tristes. Du coup, le vrai protecteur des chrétiens aujourd'hui c'est Poutine, lui a-t-on dit partout où il est allé au Moyen-Orient, et ça c'est la honte pour la France. Au Maroc on lui a même avoué avec chagrin : « On ne sait plus quoi faire avec la France parce que c'est difficile de respecter un pays qui ne se respecte pas lui-même. »

Le problème, analyse le chrétien insoumis, c'est que nous avons abandonné nos racines et nos traditions. Depuis les croisades, la France avait la mission de protéger les minorités contre les Musulmans, et elle a fait le job jusqu'au XXème siècle. Mais là ça se complique avec le partage du Moyen-Orient, la promesse de créer un royaume Arabe en Palestine après la première guerre mondiale, et puis le soutien à la création d'Israël après la deuxième guerre mondiale qui a très fortement déstabilisé la région. Le pompon est atteint avec la guerre en Irak, à laquelle heureusement la France n'a pas participé, mais c'est là que les occidentaux commencent à trouver que les Sunnites sont des alliés bien plus intéressants que les chrétiens au Moyen-Orient.

Il y a cependant une ânerie encore plus grave aux yeux de Poisson. C'est cette « folie occidentale » qui consiste à croire que la démocratie est le seul régime politiquement possible et moralement acceptable. Alors on veut faire le bonheur des peuples en répandant le modèle démocratique, mais pardonnez-moi, dit-il, ça n'existe qu'en Europe et en Amérique du Nord.

Alors bon, reconnaît le député des Yvelines, c'est vrai que Saddam Hussein, Bachar El Assad et tout ça, sont d'affreux dictateurs, et qu'on est quand même mieux en France en ce moment qu'en Lybie sous Kadhafi. Mais si on les déboulonne, tous ces dictateurs, qu'est-ce qu'il se passe après, hein ?

Un journaliste lui a demandé un jour : comment pouvez-vous choisir entre la peste Daesh et le choléra El Assad ? C'est pas très compliqué, a répondu le député, même si c'est pas très moral, entre la peste qui s'exporte en France et le choléra qui reste dans son pays, j'ai vite choisi !

Là il laisse un petit temps pour les applaudissements, mais comme tout le monde roupille, il continue. Au Moyen-Orient, explique-t-il, personne ne considère que Daesh est son premier ennemi. Les anciennes rivalités sont plus importantes aux yeux de chaque pays. Ainsi, Daesh est né avec la complaisance des États alentours qui sont restés focalisés sur le conflit originel avec les Chiites et laissent faire l'organisation terroriste dans l'espoir qu'elle contribuera à affaiblir la puissance des Chiites dans la région.

La France, elle, considère Daesh comme son ennemi numéro un, mais malheureusement elle n'a pas les moyens militaires de ses ambitions. Les chasseurs alpins français, trop peu nombreux, font la sortie des écoles primaires, et le porte-avion Charles-De-Gaulle va bientôt être immobilisé pendant 18 mois pour une opération de maintenance. Du coup ça va être compliqué, surtout si les Américains se retirent de la zone, notamment dans le cas d'une présidence de Trump. Là le conférencier nous avoue en confidence qu'il préfèrerait de loin une présidence Trump [applaudissements] mais bon, ça n'arrangera pas trop les Français en Syrie.

En tout cas, grâce à la coalition et grâce aux Russes, Daesh recule et perd des moyens. Du coup l'organisation terroriste change de stratégie : à la place du Califat se met en place une mafia, plus difficile à surveiller et à combattre.

- Daesh a des armes françaises, dit un monsieur au fond de la salle, comme s'il se parlait tout haut à lui-même, et il répète plusieurs fois, Daesh a des armes françaises. Je vais le lui dire tout à l'heure, vous allez voir, Daesh a des armes françaises, pour voir ce qu'il répond...
- Chut, chut, commencent à s'agacer les gens autour de lui.

Le conférencier poursuit. Une des failles de notre politique est que l'Union Européenne n'exerce pas assez de contrôles à ses frontières. On peut rentrer en Europe avec assez d'argent pour perpétrer dix attentats si on veut et personne ne vous demande d'où vient l'argent, où vous allez, où vous irez en repartant etc...

Une autre faille vient de la communication. Aujourd'hui, faute de volonté politique, l'apologie du terrorisme se répand sur la toile – alors qu'une photo de femme nue, par contre, ne reste pas plus d'une minute sur Facebook. Du coup les terroristes en profitent pour déverser partout leur propagande.

- Les racistes aussi, ajoute Chouquette, on lit de ces trucs sur Facebook aujourd'hui ! Et t'as beau signaler, rien n'est supprimé !
- Facebook libère la parole des extrémistes, je réponds, et mon moral plonge sous la ligne de flottaison. Terroristes, racistes, même stratégie de com.

Car enfin, que propose Daesh aux gens qu'il recrute ? nous demande Jean-Frédéric Poisson, comme s'il poursuivait au micro notre aparté. Réponse : l'appartenance à une communauté, à une identité, des raisons de vivre, ce genre de choses... Nous tous qui sommes ici, dit-il, nous ne comprenons pas parce que nous ne sommes pas du genre à tomber dans le panneau de la propagande, mais malheureusement il y a des gens faibles avec qui ça marche...

Il faut donc battre militairement Daesh en laissant faire ceux qui ont les moyens d'agir, c'est-à-dire Moscou, Damas, l'Iran et les Kurdes, résume le parlementaire. Mais ça ne suffira pas. Il faut aussi envisager la refonte de nos alliances géopolitiques. Et surtout mener un combat culturel contre les islamistes. L'Europe doit retrouver la raison d'être de sa mission et ses racines chrétiennes. Le Président Chirac, ce dégonflé, n'a pas eu le courage politique de faire inscrire ces racines chrétiennes dans le préambule de la Constitution Européenne. Du coup, aujourd'hui encore, Jean-Frédéric Poisson est obligé de se battre pour que ça soit marqué au moins dans l'article 1, parce que quand ça sera fait en bonne et due forme, on pourra faire plus facilement des choses à l'égard des religions qui ne sont pas chrétiennes.

- Des choses comme de la discrimination ? se demande Chouquette.
- Il a pas précisé, je réponds.

L'Islam est un problème pour la France, conclut le député des Yvelines mais il n'a pas le temps de terminer sa phrase parce qu'un monsieur en short se lève au dernier rang et crie :

- Les religions ! Toutes les religions sont un problème !
- Non l'Islam, répond Poisson fermement.
- Les religions ! maintient le monsieur.
- Où vous vous croyez, vous ? s'énerve un autre type dans le public.
- Voltaire, commence à développer le monsieur du dernier rang...
- Voltaire on l'emmerde ! répond le type du public.
- Vous m'interrogerez à la fin, recadre le conférencier, laissez-moi terminer.

Et il termine : le Christianisme a fondé la France, dit-il, il lui a donné sa devise, sa culture, ses institutions, son mode de vie – oui parce que l'universalisme des Lumières, en fait, il est chrétien. Mais si on demande à l'Islam ce qu'il pense de la liberté, on va vite s'apercevoir pour l'islam c'est pas comme pour le christianisme : la liberté de culte n'existe pas, la liberté de quitter l'Islam n'existe pas, l'égalité n'existe pas, la liberté des femmes n'existe pas, la fraternité n'existe pas, la séparation du pouvoir politique et du pouvoir religieux n'existe pas...

Pendant ce temps le Monsieur en short essaie toujours de finir sa phrase sur Voltaire mais tout le monde le fait taire, si bien qu'il quitte la salle passablement énervé.

La loi de 1905, rappelle l'élu du parlement, protège la liberté religieuse de tout le monde et ne contient aucun article confinant la pratique religieuse à la sphère privée. Même si le port du burkini est souvent une provocation, on ne peut pas écrire un texte de loi qui l'interdit. La vraie question c'est : pourquoi ces femmes portent aujourd'hui un vêtement que leurs mères ne portaient pas ? La réponse est simple selon le président du parti chrétien démocrate : c'est à cause de la disparition du Christianisme dans nos sociétés. Le Christianisme est donc ce qui protège contre l'Islam, conclut-il, et le public applaudit.

Vient ensuite le moment tant attendu des questions du public.

Le premier monsieur qui prend la parole constate que l'islamisation de l'Europe relève d'un complot qui vient du plus haut niveau. En Serbie par exemple on interdisait aux soldats de comptabiliser les charniers de chrétiens mais quand il y avait des charniers de musulmans, là on convoquait la presse. En France, on refuse des immigrés qui viennent de pays chrétiens comme l'Argentine mais on ouvre grand nos portes aux pires musulmans qui puissent exister. Comment l'explique notre conférencier ?

Ce dernier sait bien, malheureusement, que ce que dit le monsieur à propos de la Serbie est vrai. Il n'est pas complotiste pour deux sous, mais quand même sur cette question, il doit bien reconnaître qu'un complot est à l'œuvre. Le complot vient de la diplomatie américaine qui cherche à diviser l'Europe en rétablissant l'arc musulman – parce que le seul moyen de dominer le monde, c'est de dominer l'Europe et pour ça il faut la diviser. La France doit résister.

La dame qui pose la question suivante se demande pourquoi le président du parti chrétien démocrate participe à la primaire de la droite alors qu'il pourrait présenter sa candidature tout seul de son côté.

Poisson explique que les primaires de la droite c'est comme les salsifis à la cantine : personne n'aime ça mais quand il n'y a rien d'autre on s'en contente. Et quand on est à la tête d'un petit parti, il faut savoir nouer des alliances avec les gros, pour essayer d'influer sur leurs programmes. En se présentant à la primaire de la droite, le président du parti chrétien démocrate essaie d'établir un rapport de force avec les autres candidats pour infléchir leur politique. C'est un choix pragmatique.

Ensuite c'est un monsieur qui déplore le fait que l'Islam n'a pas de clergé. Du coup il se demande si le conseil français du culte musulman pourrait remplir cette fonction manquante.

On ne peut pas créer artificiellement une autorité s'il n'y en a pas, répond le conférencier. Il faut raisonner mosquée par mosquée, école coranique par école coranique, et à supposer que le droit soit respecté, cela représente environ 2800 entités sur le territoire à contrôler. Le problème c'est surtout que depuis le IXème siècle, les interprétations du Coran sont interdites. C'est un décret politique d'un calife du Moyen-Âge, pas une obligation religieuse, précise-t-il, mais cela empêche de déclarer qu'il pourrait y avoir plusieurs niveaux de lecture du texte. La tradition intellectuelle française de critique religieuse doit servir à l'Islam pour avancer là-dessus.

Une des deux jeunes femmes voilées demande ensuite si l'invité du maire ne serait pas quand même un peu en train de faire lui-même ce qu'il reproche à l'Islam, à savoir essayer d'éradiquer les autres religions que la sienne.

Le président du parti chrétien démocrate répond, un peu agacé, qu'il y a quand même une petite différence, hein, c'est que quand il parle de lutter contre l'Islam, il respecte les croyants et leurs pratiques, lui, alors que l'Islam par contre, essaie tout le temps d'embrigader tout le monde donc c'est pas pareil. Il n'a rien contre les musulmans, précise-il, c'est avec l'Islam qu'il a un problème. Voilà. Et puis il y a des musulmans qui votent pour lui et il n'a pas de problème avec ça. Mais la France n'est pas un pays multiculturel, et ne veut pas le devenir, c'est comme ça et puis c'est tout. [applaudissements]

Après presque deux heures de conférence, je prends la difficile décision de céder à mes besoins naturels plutôt que d'écouter la dernière question, et je me précipite aux toilettes. En traversant le hall du palais des congrès, je retrouve le monsieur en short. Il est en train d'infliger au vigile posté à l'entrée un cours complet sur Voltaire et les Lumières : enfin quelqu'un l'écoute !

Lorsque je reviens, le hall se remplit peu à peu tandis que la salle se vide. Chouquette m'attend contre un pilier, contemplant d'un air rigolard les petits groupes qui se forment autour des livres en vente.

- Ça y est j'ai compris, elle me dit.
- T'as compris quoi ?
- « Béziers libère la parole », les conférences, tout ça, c'est juste un prétexte.
- Ah bon ?
- Ben oui, regarde : en fait c'est un club de rencontre pour vieux.