Le 16 octobre dernier, la ville de Béziers inaugurait au palais des congrès un cycle de conférences intitulé «Béziers libère la parole». Le premier invité était le polémiste français Éric Zemmour en promotion pour son ouvrage Le suicide français. En vie à Béziers a envoyé pour vous son intrépide reporter Maurane Bob.

Moi qui me plains tout le temps de ce teint d'endive, si parfaitement inadapté au climat méditerranéen sous lequel je vis, j'ai trouvé ce soir une raison de me réconcilier avec ma blanche face. Je suis envoyée en mission pour En vie à Béziers à la conférence d'Éric Zemmour, organisée par la municipalité. Ce soir, le phototype 1 sera ma cape d'invisibilité.

maurane selfie

Me voici devant le palais des congrès où se pressent piétons en retard et automobilistes agacés de devoir se garer plus loin. J'appelle mon amoureux qui est déjà dans la place et descend me chercher à l'entrée. Pauvre Edith Piaf, quand j'y pense : elle n'aurait pas perdu le sien dans la foule si elle avait eu son zéro six. Mais ça c'était avant, dans la France d'Antan, la France mythique des amours contrariées de Florette et du Papet... Avant la pilule, l'IVG, l'sms et l'e-mail - quand tout ne foutait pas le camp. À l'intérieur de la salle, plus de places assises et presque plus de places debout. Votre envoyée spéciale se coule avec son acolyte dans un faible volume contre le mur du fond, bien transparente au milieu des dessous de bras, et entraperçoit, par-delà les calvities, une scène avec une table, des micros et un présentateur. Autour de nous on ne mélange pas les genres : les hommes distribuent de viriles poignées de mains, les femmes échangent des bises et papotent. As-tu pu te faire dédicacer le livre ? J'espère qu'il refera une séance après...


Il ne faut pas jeter la Nation avec l'eau de la République !
C'est le maire de Béziers qui introduit la conférence. Du coup, je me repose cinq minutes la pointe des pieds, parce que sa tête à lui je la connais bien, vu que je reçois le journal municipal - pas la peine de se faire des crampes. Il commence par une leçon de vocabulaire : surprendre, c'est ce que les ânes appellent de la provocation et les sentencieux de la communication. Sous les applaudissements il prodigue son corrigé aux sentencieux et aux ânes : surprendre, en fait, est synonyme d'agir, et il en veut pour preuve son action municipale inlassable et exemplaire depuis son élection. Parmi les nombreuses initiatives bénéfiques dont il assume fièrement la paternité, il y a le cycle de rencontres « Béziers libère la parole » qu'il inaugure ce soir. En effet, nous vivons dans un pays privé de liberté de parole, la « République Démocratique de France », dans lequel ce que l'on a le droit de dire ou pas est laissé à l'appréciation de Messieurs et Mesdames les juges. Un exemple au hasard et qui se passe de commentaires : l'immigration.

Le maire de Béziers est ici ce soir pour redresser ce tort en donnant la parole aux proscrits de la République. Le proscrit numéro un de son cycle de rencontres est donc Éric Zemmour, que certains esprits malintentionnés prennent pour un pur produit des médias qui s'exprime en boucle à la télé, à la radio, dans les journaux, fait le buzz sur internet et caracole en tête des ventes de librairie. Mais, précise le maire, il n'y a ni paradoxe ni contradiction à inviter Éric Zemmour ici, puisque sa parole est libre. Donc tout est cohérent.


Sous les applaudissements, l'édile présente l'ouvrage de son invité, intitulé Le suicide français, comme une autopsie : rien moins que celle de la République. Mais, dit-il, rien ne nous oblige à enterrer notre Nation, la France, avec la défunte République en question. Tonnerre d'applaudissements.
Moi je récapitule ce que je croyais savoir des institutions de mon pays. Certes, je n'ai pas fait fac de droit, ni sciences-po, et c'est probablement dommage, mais à l'école j'avais appris qu'en France, le pouvoir judiciaire était distinct du pouvoir législatif. Que les juges ne faisaient pas les lois, mais que c'étaient les députés et les sénateurs, représentants du peuple, élus par les français, qui les faisaient... Et aussi on ne m'avait jamais dit qu'en France c'était interdit de parler d'immigration. On m'avait juste appris qu'il existait une loi, votée par nos représentants, selon laquelle les propos racistes étaient un délit. Probablement, je me disais bêtement à l'époque, parce que les français dans leur majorité doivent considérer que de tels propos ne sont pas souhaitables dans l'espace public, peut-être parce qu'ils portent gravement atteinte à la dignité humaine, ou bien, je ne sais pas moi, parce qu'ils sont dangereux et de nature à provoquer des conflits et des génocides...

 

Mais je suis sans doute comme l'ensemble de l'opinion française, polluée par l'idéologie post-soixante-huitarde et les intérêts de la haute finance réunis, ça doit venir de là.

 

Et puis rendez-vous compte : je ne savais même pas que la République était morte, il a fallu que ce soit un de ses élus qui me l'apprenne en personne... Ça me fait quelque chose quand même.


La démocratie est morte en 1992
petite rapporteuse zemmour 1Pas le temps de s'apitoyer car l'invité du maire a déjà pris la parole. Lui aussi il a le blues. La France d'avant lui manque. Et quand ça ne va pas, Éric Zemmour, il travaille, c'est comme ça, il écrit des livres. Grâce à cette besogne acharnée, il a compris que nous sommes tous victimes d'une vaste manipulation. On nous fait croire que depuis 1970 nous vivons dans un paradis de liberté, et que tout ce qui existait avant était horrible, les pères fouettards, les femmes soumises, tout ça. En réalité c'est tout le contraire. Depuis 1970, nous sommes en permanence victimes d'une reprogrammation de notre cerveau à coup de chansons, films, romans, et autres créations culturelles qui nous ont appris à penser autrement. 1970 c'est l'effondrement de l'ancien monde, la mort du général De Gaulle, et la loi sur l'autorité parentale conjointe : autant dire le début de la fin. Donc le point de départ du livre. Et tout ça c'est à cause de mai 68, cette parodie de révolution. Ils n'ont pas pris le pouvoir, mais ils en ont profité pour gagner les esprits.


- Qui n'a pas pris le pouvoir, je chuchote à mon amoureux ?
- Ceux qui ont gagné les esprits, il me répond.
- Ah, je fais, perplexe.
- Les mêmes qui nous manipulent avec les chansons et tout, il précise.
- Ah oui...


Sous les applaudissements, le conférencier poursuit. Nous qui sommes pris dans nos quotidiens, nous n'avons rien vu venir. Maintenant on se demande comment on a bien pu en arriver là. Éric Zemmour nous propose sa réponse d'érudit. Tout s'est joué en trois temps. Années 70, grande destruction joyeuse du sacré des siècles passés : religion, famille, nation, État, tout ça au nom de la liberté, du plaisir et de l'individualisme. Années 80, mise en place des nouveaux pouvoirs comme SOS racisme, la nouvelle télé, les grands patrons issus de la fonction publique qui nous donnent des leçons de morale alors qu'ils s'enrichissent, et les comiques comme Coluche. À partir de 1992, la victoire du « oui » à Maastricht enterre la démocratie. Depuis, une oligarchie nous surveille et nous accuse de « déraper » à chaque fois qu'on veut « parler librement ». Depuis, plus personne ne maîtrise rien. Surtout l'immigration. Et lorsque le peuple exprime sa juste colère, on l'accuse de populisme, la honte. Alors que quelqu'un comme Jean Jaurès n'aurait pas eu honte d'être traité de populiste, lui.

 

À ce stade votre humble narratrice commence à trouver que c'est drôlement pénible les leçons d'Histoire debout quand il fait chaud et qu'on est tous très serrés au milieu de messieurs qui ne s'épilent pas sous les bras.

 

Surtout que les applaudissements très forts tout le temps, ça casse un peu les oreilles. Et puis les coups durs s'accumulent : la République ET la démocratie sont mortes, ça commence à faire beaucoup. Alors la mauvaise élève qui vous sert d'envoyée spéciale a l'esprit qui s'évade. Jean Jaurès populiste... Et pourquoi pas Jeanne d'Arc icône transgenre ? Mais vite je rebrousse chemin : on ne fait pas parler les morts. D'ailleurs c'est bien souvent pour ça qu'on assassine les vivants, je me dis : pour les empêcher de parler. C'est drôle, je me rappelle mes cahiers d'Histoire, à l'époque, c'était écrit comme ça que Jean Jaurès avait été assassiné par un nationaliste d'extrême droite, pour le faire taire, justement.
Le regard soupçonneux d'une sexagénaire peroxydée m'arrache à ma rêverie. Il y en a deux qui n'applaudissent pas, là, au fond, je lis dans ses yeux. Gloups ! Je fais mine de consulter mon téléphone, histoire de me donner une contenance, ce qui a pour effet immédiat d'incruster mon coude dans l'estomac de mon voisin de droite. Je lui souris d'un air contrit.


Mon amoureux, impassible, est concentré sur la suite : nous sommes aujourd'hui en France comme dans l'Union Soviétique des années 70. Rien ne marchait, tout se déglinguait, les gens étaient furieux, et on leur disait « oui, vous avez raison, ça ne marche pas bien mais c'est parce qu'il n'y a pas assez de communisme. Il faut plus de communisme. » Ben voilà, nous c'est pareil. C'est une véritable guerre idéologique, culturelle et politique qui nous est faite. Alors nous, on doit arrêter de penser qu'il ne faut pas « déraper » ! On doit penser la France telle qu'on la veut vraiment, la France d'avant ! On aime la France d'avant, et c'est pas pour ça qu'on est plus idiots que les autres !!! L'exposé se termine comme ça, comme un slogan qui fait applaudir tout le monde avec enthousiasme. Et voilà maintenant c'est moi qui me sens idiote à ne pas savoir quoi faire de mes mains. Je me demande si la France dont on parle, c'est bien celle de la contraception qualifiée de crime, des avortements clandestins au tisonnier tout ça, et c'est peut-être parce que je suis une fille - ça doit jouer un peu – mais je me demande si je l'aime tant que ça, moi, cette France d'avant... Pourtant, autour de nous, les femmes applaudissent avec ferveur. Ma voisine soupçonneuse m'ignore à présent, emportée par un puissant élan d'amour pour le pays de son enfance. Si j'applaudissais aussi, j'aurais l'air moins bête ? Je croise le regard de mon amoureux. Il me tend les mains.


« Faire l'amour sans avoir de sentiments comme les hommes... »
Place aux questions. Le présentateur aborde celle des liens entre Éric Zemmour et Robert Ménard. Comme toutes les bonnes histoires, ça commence par une inimitié, le premier trouvant l'ONG du second néo-colonialiste, à l'époque où il y avait entre eux une ONG. Mais ça s'arrange ensuite car « L'amitié ce n'est pas l'accord des opinions, c'est la continuité des esprits » dit notre maire, citant Proust. Et puis de toutes façons, il a renoncé aux ONG depuis, notre maire, je me dis, ça doit aider. Revenons au livre, propose le présentateur. Qui l'a lu ? ... Quelques rares bras se lèvent. Rires embarrassés. Et bien nous aurions dû, nous réprimande-t-il, car ce livre a valeur de livre d'Histoire, étant donné que les faits relatés sont tous avérés. En effet, répond l'invité, car faire de l'Histoire ce n'est pas seulement parler de Vichy ou de l'Euro, c'est aussi parler d'Hélène et les garçons1, par exemple. Car Hélène et les garçons, c'est un « marqueur générationnel », et c'est encore un coup des féministes qui ont obligé les hommes à devenir des femmes comme les autres, parce que dans Hélène et les garçons, des garçons, justement, il n'y en a pas. Tout le monde y parle pendant des heures de ses amourettes, ce qui n'est pas viril du tout. Voilà comment, en peu de temps, on a basculé dans un monde où tous les garçons sont des filles. Comme Daniel Balavoine qui chante « le fruit de mes entrailles » en parlant de son fils sa bataille, non mais on rêve. Tout ça parce que les femmes veulent être des hommes comme les autres, c'est-à-dire travailler comme des hommes, avoir un corps qui leur appartient comme les hommes, faire l'amour sans avoir de sentiments comme les hommes, alors que franchement, bon. Mais, « être une femme libérée tu sais c'est pas si facile » (encore une référence culturelle), alors ce sont les hommes qui sont devenus des femmes.

mauranne congres« Vous devriez avoir honte ! », lance une voix féminine quelque part dans la salle, immédiatement huée et insultée comme il se doit. Notre orateur ignore l'incident et poursuit son analyse des vecteurs culturels de la pensée anti-France-d'avant. Plus belle la vie2, dans le genre propagande à la soviétique, c'est aussi de la grande manipulation, pour nous faire croire que tout le monde peut vivre ensemble malgré la diversité des origines, des orientations sexuelles et tout, vraiment n'importe quoi. Et Coluche, alors lui c'est le pompon. Grâce à son génie comique, il a diffusé l'idéologie soixante-huitarde partout dans la société, donné des leçons de morale en faisant la charité avec ses restos du cœur et il est même à l'origine du mariage gay, annonçant les temps actuels qui sont les temps de la parodie. Autour de nous, tantôt on se bidonne, tantôt on applaudit le pourfendeur de propagande si brillant et si accessible, bref on passe une bonne soirée.


D'autres dates importantes : Les divorcés de Delpech en 1972, chanson qui banalise le divorce, comme si un divorce pouvait bien se passer, alors que celles que l'on appelle aujourd'hui « familles recomposées » ne sont en fait que des familles décomposées. Laziza de Daniel Balavoine dans les années 80, chanson dans laquelle il incite sa copine marocaine à venir en France comme elle veut... À partir de là, explique l'intellectuel, on voit bien qu'on interdit aux français de choisir qui vient sur leur territoire. Une nouvelle protestation indignée retentit dans la salle, copieusement et longuement rabrouée.
Après un temps de flottement, le présentateur relance l'interview en constatant que l'ouvrage de notre conférencier est très factuel. Des faits, seulement des faits. Oui, renchérit le rigoureux auteur du Suicide français, car son ambition se limite à fournir un diagnostic éclairé. Aux politiques ensuite de s'en emparer pour proposer des solutions. « Mon livre n'est pas un livre de politique, affirme-t-il, d'abord parce que moi j'ai vraiment écrit mon livre... » Là il doit différer la poursuite de sa thèse tellement la salle s'étrangle de rire. Ensuite il enchaîne sur une note pessimiste : oui, ce livre est pessimiste car on empêche les français d'imposer les bonnes solutions, car on a beaucoup détruit en 40 ans, car on n'a pas fini de payer les pots cassés, car on va vers le chaos généralisé, et parce que les optimistes ils sont bien gentils mais c'est pas eux qui souffrent. Autour de nous, les souffrants ont encore la force d'applaudir à tout rompre. Moi je souffre surtout des jambes, il me semble que ça circule de moins en moins bien là-dedans...


Cent millions d'Africains en France.
Nouvelle question : les chiffres de l'immigration. Alors, taquine le présentateur, vous vous êtes planté sur les chiffres 3 ? Mais pas du tout, rectifie Éric Zemmour, pas du tout ! Les chiffres de toute façon on leur fait dire ce qu'on veut ! On ne peut rien vérifier ! Et puis on sait très bien que la notion même d'étranger est relative puisqu'à force de donner des naturalisations massives tous les ans, on vide statistiquement le quota d'étrangers. Si vous faites venir cent millions d'Africains en France et que vous leur donnez à tous la nationalité française, il n'y aura pas un étranger de plus ! Cette discussion sur les chiffres de l'immigration est donc totalement vaine, notre pointilleux analyste a tort de se laisser emporter par sa volonté de démonstration, d'ailleurs il suffit d'aller dans la rue, il suffit de voir ce qui se passe... et la fin de la phrase se perd dans une explosion d'applaudissements niveau 12 sur l'échelle de Richter. N'applaudissez pas comme ça, minaude la star de la soirée, on va encore me traiter de populiste. Rires.

 

  Chiffres annoncés
Eric Zemmour 
Chiffres vérifiés
INSEE 
     
Nombre d'étrangers vivant en France   12 millions 3,7 millions 
     
Nombre d'enfants de 4 ans
nés de parents étrangers en France
 7 millions  
Nombre total d'enfants de moins de 4 ans
nés en France
   3,2 millions 
     
Part de mariages mixtes célébrés en France 30% 13%

Source : INSEE et Sébastien Lafargue, L’œil du 20 heures, le 14 octobre 2014.

 

C'est alors qu'un septuagénaire en costume et chapeau assortis fend la foule juste devant nous d'un pas décidé en direction de la sortie. « Pas possible... supporter ... conneries pareilles... », l'entends-je grommeler alors qu'il m'écrase vigoureusement le pied.

 

« Pas possible... supporter ... conneries pareilles... »


Avant de passer le micro à la salle, le présentateur a une dernière question. Il y a un sujet qu'Éric Zemmour a passé sous silence dans son livre, et notre animateur aimerait bien connaître sa vision des choses car il se sent concerné : la question des handicapés. « Il est assis dans un fauteuil roulant », précise en chuchotant mon binôme qui fait très bien le périscope. Alors, demande celui qui vient de se définir comme le représentant d'une minorité au même titre que les Maghrébins de France, est-ce que vous considérez que c'était mieux avant, quand on enfermait les handicapés ou quand on les montrait dans des cirques ? C'est marrant cette question, bafouille, soudain embarrassé, le surfeur des plateaux télé, je ne sais pas quoi répondre parce que euh... je n'y ai pas pensé. Enfin bon, comment vous dire, je n'ai pas trouvé de support culturel qui traite de ce sujet, c'est pour ça. Ah, répond le présentateur, du coup on peut considérer que le changement a été hyper positif dans ce domaine... Éric Zemmour n'est pas sûr mais celui dont c'est le quotidien confirme que pour lui tout va en s'améliorant. Si un jour vous écrivez un tome 2, suggère-t-il, vous pourrez analyser la chanson Mets de l'huile de Regg'liss, ou les films Forest Gump et Rain Man sans parler d'Intouchables. Alors là, moi, je ne sais pas ce qui me prend, pour une fois que j'ai envie d'applaudir je me lâche de bon cœur, et bing : tout le monde me regarde de travers. Oups...

Le Général De Gaulle a livré l'Éducation Nationale aux communistes.
Le présentateur enchaîne : il est temps de libérer la parole du public, change-t-il de sujet, grâce aux hôtesses du palais des congrès qui vont passer dans la salle avec des micros. Le premier spectateur à s'exprimer n'a pas lu le livre, mais il voudrait bien se le faire dédicacer (rires) et aussi il voudrait parler de l'école sur laquelle il a lui-même écrit un ouvrage dont la thèse est simple : l'école instruit et la famille éduque. Bravo, Monsieur, bravo, applaudit, à l'unisson de la salle, ma voisine qui dit la même chose depuis des années !!! Il y a une solution, poursuit l'auteur de La famille est l'avenir de l'école, il faudrait que les gens de droite s'investissent davantage dans les carrières de l'éducation, qui sont certes moins lucratives et moins valorisantes que celles de l'industrie, mais ça permettrait d'inculquer de bonnes valeurs à nos enfants, parce que laisser les gens de gauche monopoliser l'éducation, ça donne exactement ce que tu viens, oups, ce que vous venez de décrire Monsieur Zemmour, c'est-à-dire la cata. Par exemple un jour, notre témoin qui est lui-même enseignant, a eu le malheur de dire à ses troisièmes que le mariage c'est entre un homme et une femme, et immédiatement il a été convoqué par sa hiérarchie et on lui a demandé de changer de discours. « Hou ! Hou ! », conspue la salle. Éric Zemmour est bien d'accord et replace le débat dans la perspective historique. En 1945 le général De Gaulle, pour éviter la guerre avec les communistes, leur a laissé certaines places fortes comme l'Éducation Nationale. C'est donc le général De Gaulle, dans un moment de faiblesse, qui a livré l'Éducation Nationale aux syndicats communistes. Les mêmes qui aujourd'hui appliquent scrupuleusement la fameuse théorie du genre. « C'est pas vrai, c'est pas vrai !!! », dément une voix. « Hou, hou !!! », répond la foule. Imperturbable, le conférencier poursuit sa démonstration. Là aussi il convient de périodiser : dans les années 50 et 60, les instituteurs communistes faisaient encore leur boulot c'est-à-dire qu'ils instruisaient les enfants à peu près correctement. Mais à partir des années 70, tout bascule : on a sacrifié l'instruction au conditionnement idéologique. De plus on a voulu imiter le système scolaire américain qui est nul, mais les Américains s'en fichent puisqu'ils recrutent leurs diplômés par le biais de l'immigration. En France nous n'avons pas cette chance, et c'est comme ça qu'au nom d'un pseudo égalitarisme, on a voulu donner un diplôme à tout le monde, et comme en même temps c'était l'époque où on accusait les pères d'être des monstres, où on détruisait les familles, où on faisait des enfants rois, du coup ça a donné ce que le Monsieur dans le public dénonce très justement. Des élèves nuls et la Nation qui court à sa perte. Applaudissements nourris.

 

Votre Fantômette biterroise commence sans doute à avoir le cerveau moins bien irrigué parce qu'elle peine à se représenter comment le général De Gaulle s'y est pris concrètement pour livrer l'Éducation Nationale aux syndicats communistes.

 

Est-ce qu'il a instauré une épreuve de communisme au concours de recrutement ? Est-ce qu'il a obligé les enseignants à voter communiste aux élections professionnelles ? Pendant qu'un nouvel intervenant, grand lecteur de Michéa4, développe l'idée que le libéralisme culturel de la gauche est au service du libéralisme économique de la droite, ce qui nous fait un joli ramassis de tous pourris, mon compagnon d'infortune toque de l'index sur mon épaule : « S'te plaît, on s'en va là... » La lassitude l'emportant sur le sens du devoir - la preuve que tout fout le camp - je dis d'accord on s'en va. À notre tour d'écraser les arpions du voisinage (sans faire exprès.) En sortant, nous croisons quelques petits loulous énervés qui renversent des poubelles vides. Peut-être que s'ils avaient écouté tout ce qui s'est dit à l'intérieur, ils auraient directement entrepris de cramer la ville... Mais non, ils se contentent d'un ou deux coups de pieds sur les containers en plastique et puis s'en vont, on l'a échappé belle. Rapide coup d'œil sur l'électro-encéphalogramme : je suis toujours en vie !

À bientôt à Béziers !

 

1 Sitcom française pour ados des années 80-90
2 Sitcom française des années 2000
3 Quelques jours auparavant, le journaliste Sébastien Lafargue a démontré, preuves à l'appui, au JT de France 2, que les chiffres annoncés par Éric Zemmour concernant l'immigration en France sont faux. (L'œil du 20h le 14.10.2014)
4 Jean-Claude Michéa est un professeur de philosophie à la retraite auteur de plusieurs essais très critiques envers la gauche.

 

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