Au départ il y a manger la soupe, dormir la nuit, ranger sa chambre, gagner sa vie.

par Nadja Keller

Et un jour, je sens bien qu'entendre voler les oiseaux haut dans le ciel, sentir le chocolat fondu sur la glace à la vanille ou virevolter sur un air mélancolique, m'est tout autant nécessaire. Ou comme dirait Prévert que « La poésie, c'est un des plus vrais, un des plus utiles surnoms de la vie ».

Ill22A Béziers, il y a de merveilleuses lumières, de belles bâtisses chargées d'histoires, mais aussi pas mal de voitures de police bruyantes et d'affiches municipales provocatrices. J'ai besoin d'y voir fleurir plus de poésie. Pour cultiver la nécessité poétique, j'ai décidé de devenir pâtissière. Delphine Laurent, elle, anime des ateliers d'écriture : « On se prend au jeu d'explorer le langage dans une ambiance conviviale, nourrie d'art, de textes, de musiques : nous échangeons les mots aimés, inventons et partageons nos trouvailles. C'est une ébauche mais déjà riche, singulière, imaginative, émouvante, drôle.... Ces mots enfouis, tissés puis portés, rendent complices. L'oralité est aussi importante sinon plus que l'écriture, donnant à entendre les subtilités du langage, induisant un sens ou un jeu de mots. Ainsi, l'atelier d'écriture apporte un climat harmonieux pour les apprécier, les siens, ceux des autres, et pour se révéler dans un échange mutuel ; c'est vivre et transmettre ce va-et-vient de l'intérieur vers l'extérieur. » Elle cite un autre poète, Roberto Juarroz :« ...Il s'agit d'ouvrir quelque chose entre la parole et le silence... ».

Et autour d'une salade de riz, on se retrouve à rêver toutes les deux de poésie partout dans la ville. « Cela nécessite des forces vives, multiples, des énergies plurielles ! Pour l'oraliser, l'écouter régulièrement, dans la rue, sur les marchés, la crier dans les rues, la faire sortir des livres, la partager à tous, généreusement, en l'affichant sur les platanes, les poteaux, les allées, comme le permet le festival de poésie de Valras, pour rassembler toutes les générations autour d'elle...La poésie est faite pour être entendue, chantée, rythmée, slamée ! Sentir sa pulsation, ses mots comme des sons, que les gens s'en emparent ! » s'emballe Delphine.

Il y a des festivals à Sète, Lodève, Pézenas, la maison de la poésie à Narbonne ; et pas mal de « belles initiatives à Béziers » : « le rhapsode Yves Gaudin qui fait apprendre des poésies en langues étrangères avec des gestes, la Compagnie des Ecrieurs publics qui porte la parole de la rue dans la rue, l'association Arcadia, l'Immeuble associatif avec le chanteur-poète Coko, la Cimade, l'auteur Michel Piquemal... ». Mais pour nous, c'est encore trop timide. « En version écrite la poésie existe bien à Béziers : les éditions du Petit Pois, à la médiathèque MAM ou la librairie Clareton, mais pourquoi ne pas la laisser sur les bancs publics, dans les bus, les trains ? »

 

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Comme la vie est parfois bien faite, j'ai rencontré le fameux Yves Gaudin. Un sacré grand monsieur, barbu à lunettes, plein d'un charisme généreux. Il m'a invité à participer à ses ateliers poésie au centre de loisirs de la MJC Trencavel. Avec Stéphanie, la professeur de danse, et un groupe de bambins enthousiastes, nous avons exploré nos corps dans l'espace, l'inspiration des mots dans nos corps. Nous avons appris des poèmes en dansant, inventé des vers. C'était drôlement euphorisant. Et puis, un jeudi matin d'automne, nous sommes partis ouvrir des fenêtres de poésie dans la ville. Nous sommes allés à la rencontre des cultures et solitudes des passants biterrois. Voici l'aventure sonore de cette brigade poétique.

Alors, comme dit la positive Delphine, « Contribuons tous, à donner à la poésie sa place essentielle, à la sortir des livres et des cœurs ! », et à vos marqueurs mes chers !

 

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leeperryvMerci à Lee Scratch Perry pour l'introduction des témoignages audiophoniques!