Comment devenir collectivement acteurs de notre ville ? C'est la question que se sont posée Mathieu et Frantz, deux jeunes urbanistes rennais, insatisfaits par les projets auxquels ils ont pu participer aux lendemains de leurs études. Ils décident alors de faire un tour de France à vélo pour recueillir toutes les initiatives d'urbanisme autogéré. Ce sont ces initiatives qu'est venu nous présenter Mathieu en mars, à l'invitation du collectif des Nabuchodonosor, lors d'une conférence intitulée « EsPAces Possibles » (2).

par M.V.

Mathieu a d’emblée distingué urbanisme autogéré et démocratie participative, l’expression servant le plus souvent à masquer un déficit démocratique et relevant de la communication. On en a eu d’ailleurs un exemple récent à Béziers avec la définition des comités de quartier donnés par le Journal municipal n°31. L’arti

cle est révélateur d’une classe politique qui, sous prétexte de représentativité, est peu encline à la circulation du pouvoir.

L’idée de « démocratie directe » est réduite à la présence régulière du maire lors des réunions

On y met en avantN19echelle l’indépendance des comités de quartier et leur rôle crucial. Mais la municipalité n’envisage de leur part que des « observations » ou des « questions ». Si on reconnaît que les discussions peuvent être « vives », rien n’est dit d’une participation collective à la mise en œuvre, au suivi et au contrôle d’un projet, en dehors d’un rôle « d’animation » et « d’information ». Quant au maire, son rôle à l’égard des comités est purement informatif.

L’idée de « démocratie directe » est réduite à la présence régulière du ma

ire lors des réunions. Il s’agit donc d’un lien consultatif et non décisionnaire dans une vision verticale du pouvoir. Les comités de quartier à la mode du maire, qui est dans la droite ligne de son prédécesseur, se situent au mieux au niveau 4 de l’échelle de participation analysée par la chercheuse américaine Sherry Arnstein en 1969, évoquée par Mathieu et considérée comme un indicateur fiable par le Conseil National des Villes lui-même (3).  Le JDB, les affiches municipales, les pseudo referendums, les campagnes outrancières sur les crottes de chien ou les cordes à linge peuvent nous faire craindre que le curseur soit au plus bas.   

Pour le jeune urbaniste, ce manque d’ambition en terme de participation citoyenne s’accompagne d’un désengagement des pouvoirs publics au profit de multinationales, peu préoccupées par l’intérêt général, à qui on confie des aménagements urbains comme Auchan à Suresnes et son grand projet inutile ou Bouygues à Bordeaux et son désastreux éco-quartier (4).  L’îlot formé par l’espace biterrois du Polygone, dédié au commerce et au divertissement, à deux pas de la gare, en est un autre avatar.


Parmi les 130 rencontres faites par les rennais lors de leur périple de plus de 7 mois, plusieurs exemples très divers ressortent et montrent qu’une mutation s’opère sans recette préétablie. Tous, pour Mathieu, révèlent chez ces citoyens le désir de reprendre leur destin en main, mais de manière collective.
Il y a le cas notable de la ville de Saillans dans la Drôme où a été mise en place depuis les dernières élections une gouvernance collégiale et participative pour pallier au désengagement des citoyens et au pouvoir hégémonique du maire et de ses adjoints. Sur le site de la mairie, on peut trouver ce schéma de fonctionnement : 

N19Saillans

 
Mais Saillans n’est pas le premier exemple de commune autogérée. C’est le cas aussi de Vandoncourt dans le Doubs. Les Damas comme on appelle ses habitants participent à sept commissions et à quatre conseils. Ici ce n’est pas un collectif de citoyens qui est à l’origine de cette organisation, mais un homme, Jean-Pierre Maillard-Salin, élu en 1971, qui transforma la commune de ses ancêtres en « village des 600 maires ». Le projet collectif s’est cristallisé sur la création d’un spectacle son et lumière.

ces démarches débloquent de l’énergie et créent de l’optimisme

      
L’urbanisme autogéré ne peut concerner qu’une partie de la ville et ne pas emprunter le cadre institutionnel, voire être en butte avec lui. Mathieu a donné l’exemple de la rue St Malo à Brest. A la fin des années 80 cette rue, qui n’avait pas été détruite pendant la guerre ni offerte à un programme de reconstruction, doit être démolie pour mettre en place des logements sociaux. Un collectif s’est créé pour défendre, réhabiliter transformer en lieu de culture cette rue, dernier vestige de l’ancien Brest. Avec comme chef de sentinelle, Mimi, qui squatte depuis 25 ans l’une des maisons, telle une forteresse. La politique du fait accompli l’a emporté, même si la municipalité qui voit maintenant l’intérêt de l’opération, essaie régulièrement de se la réapproprier. Mathieu avoue être tombé amoureux de l’endroit.  

 
Plus fragile, l’exemple de chantier participatif à Marseille, au modèle économique précaire, pas reconnu par les institutions, qui se construit pas à pas, dont on ne connaît pas la fin. De manière générale, Mathieu trouve que les projets qui fonctionnent le mieux sont ceux qui émanent d’un collectif de personnes qui se connaissent, sont réunis par un but commun et  évitent l’écueil des projets qui périclitent dès qu’ils ne sont plus accompagnés. Dans tous les cas, même quand composer avec la diversité des points de vue peut entraîner une certaine usure, ces démarches débloquent de l’énergie et créent de l’optimisme.  


Optimistes et énergiques assurément, les interventions du collectif des Z’ambules (5) qui a décidé de glisser son petit « grain de sable » dans l’espace public pour qu’il ne soit pas réservé à la seule circulation qui plus est rapide, en créant « d’accueillantes mini-architectures mobiles et déployables qui incitent les passants à s’arrêter, à partager, à échanger. » Ca peut donner ça : N19chemiambule1ou ça :N19Cheminambule2

Et Mathieu et Frantz ? Où va se porter leur énergie ? Il est question de rédiger un livre qui retrace leurs découvertes, d’une conférence gesticulée, d’un café associatif, et d’une ressourcerie !  
 

(1) L'expression utilisée par le conférencier fait référence à l'ouvrage éponyme du sociologue Henri lefebvre qui fut l'un des premiers à réfléchir à l'espace urbain dans la société moderne.

(2) Pour consulter leur site : HYPERLINK "https://espascespossibles.org/"https://espascespossibles.org/
(3) In La démocratie locale et la participation des habitants. Avis du conseil des villes.      Janvier 2012.
(4) Cf  les documentaires Mainmise sur les Villes de Claire Borey et Marc Evreux (2015) ou Paris Grand Capital de François Lathullière (2015).
Pour consulter leur site : http://www.les-zambules.com/quoi.html