Cette rubrique tente de rendre compte d’expériences locales qui ne verront jamais le jour dans des villes (et des territoires) tenus et gérés par le Front National. Notre volonté est de faire apparaître les formes alternatives de créations et de résistances aux obscurantismes nationalistes de toutes obédiences. Ce mois-ci nous partons vers l’Emilie-Romagne, une province Italienne dont la capitale est Bologne.

Par Didier


La legacoop à l'italienne.

L’Emilie-Romagne est une terre de résistance, les mouvements sociaux y ont été particulièrement forts dans les années 1970-1980, il en est resté une tradition d’auto-organisation qui trouve aujourd’hui une forme d’expression dans le mouvement coopératif. Dans cette région celui-ci tire sa force de sa solidarité et des structures qui ont pu être mises en place de manière transversale, transversalité qui pose la question de la solidarité, de l’entraide et de l’autogestion.

Les coopératives pèsent pour 15 à 22 % du PIB de la région d’Emilie-Romagne.

En septembre 2008 l’entreprise Artlining fait faillite. Des salariés décident d’en reprendre la gestion et demandent pour cela l’aide de la ligue des coopératives : la Legacoop. Aux 10 000 euros amenés par chacun des 12 salariés coopérateurs se rajoutent 80 000 euros du consortium coopératif et 200 000 euros du Coopfond, les structures gérées par la Legacoop. La Legacoop, c’est l’obligation de verser 3 % des profits des coopératives adhérentes à une sorte de pot commun pour financer le développement et l’entraide d’autres coopératives. Chaque décision est bien sûr arrêtée en assemblée générale.

Les salariés qui veulent quitter le domaine de la construction sont repris après formation par d’autres coopératives


La stratégie alternative au système bancaire de la Legacoop est…payante,  puisque les coopératives pèsent pour 15 à 22 % du PIB de la région d’Emilie-Romagne. En se soutenant entre elles les coopératives membres de la Legacoop limitent les pressions subies par les crises qui se succèdent en Italie comme ailleurs. L’autre forme de solidarité au sein de la Legacoop est l’entraide salariale. En 2012, la coopérative des maçons de Reggiolo est proche de la faillite, les salariés qui veulent quitter le domaine de la construction sont repris après formation par d’autres coopératives. Ce qui fait la force de la coopération en Emilie-Romagne, c’est sa présence dans de nombreuses activités : crédit, consommation, productions industrielles et agricoles, bâtiment, services…

Dans une entreprise capitaliste, le capital contrôle le travail. Dans une coopérative, c’est l’inverse

Dans la crise permanente du capitalisme, les coopératives tiennent mieux que d’autres entreprises parce qu’elles ont inventé un fond de péréquation : elles ne peuvent pas licencier mais elles sont tenues de verser à un fonds de solidarité 3 % de leurs profits, fonds de solidarité qui sert bien sûr à compenser les difficultés momentanées ou durables. Les chiffres de la chambre de commerce d’Emilie-Romagne sont éloquents. Alors que les entreprises privées ont perdu 4,6 % de leurs salariés entre 2008 et 2014, l’emploi coopératif à lui progressé de 2,6 %. Parallèlement, le chiffre d’affaires des coopératives a augmenté de 0,2 % quand celui des entreprises privées a chuté de 1,5 % .

Comme le dit un slogan de la Legacoop : "Dans une entreprise capitaliste, le capital contrôle le travail. Dans une coopérative, c’est l’inverse".