C’est un arrêté municipal qui le dit. Dans la séance du 21 janvier, ce texte que Robert Ménard a tenu à soutenir lui-même, met les biterrois en demeure. Il n’a accepté qu’avec réticence à en exempter les handicapés. Mais qu’on ne se méprenne pas, et que la TEUB (1) ne se réjouisse pas trop vite : il s’agit de faire le trottoir, certes, mais comme on dit qu’on fait le ménage.

Par Eva D

C’est d’ailleurs bien ça : ce texte oblige les Biterrois à nettoyer la part de trottoir qui est devant leur domicile, et punit les récalcitrants d’une amende de 1ère classe. Je remercie Mr le Maire de cette délicate attention, je n’aurais quant à moi jamais accepté une amende de 2ème classe, question de standing. Le luxe revient à Béziers, dont acte, et ça va briller, mais je me pose plusieurs questions :

Parce qu’enfin, inciter les Biterrois à s’approprier le domaine public, c’est un peu comme quand on dit : la terre à ceux qui la travaillent !

Je pensais, ayant franchi le seuil de ma maison, me trouver sur la voie publique, dans le domaine public. Et bien pas du tout, si je dois faire le trottoir, comme je fais les pavés de ma cuisine, c’est que je suis encore chez moi ? Si je suis chez moi, je dois pouvoir le nettoyer à ma façon, le cirer par exemple, comme le parquet de ma chambre, où le peindre comme le ciment de mon garage. Ça serait chouette, chacun décorant son bout de trottoir à son goût, des couleurs, des graffitis, ou des trucs plus classe : «  vous avez vu au 26 ? Ma chère, ils ne s’embêtent pas, c’est un Di Rosa ! Du coup j’ai dit à mon mari de contacter Soulages, mais il pense que ce serait trop sombre… ».


Ça ferait une ville fantastique, des kilomètres d’œuvres d’art, de la moquette, des bandes dessinées, des mosaïques, des tapis persans, des jonchées de fleurs…On pourrait même instaurer un concours du plus beau trottoir. Mais non, c’est pas juste, les handicapés seraient exclus, et ça c’est pas bien M. le Maire ! Bon on arrête de rêver, revenons au domaine public. Je pense que je ne paierai plus de taxe pour l’entretien de la ville, et même qu’on va peut-être me dédommager pour ma cire et mes litres de Mr Propre.

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Mais, j’y pense, et si Robert Ménard avait viré sa cuti, style retour du refoulé, que ses premières amours (politiques) le titillent à l’orée de la soixantaine ? Parce qu’enfin, inciter les Biterrois à s’approprier le domaine public, c’est un peu comme quand on dit « la terre à ceux qui la travaillent ! », et c’est pas vraiment un slogan d’extrême droite ça. Ne nous voilons pas la face, affrontons la dure réalité, mais je tremble en imaginant la chose, l’effroi m’envahit en vous le disant : Robert Ménard serait-il devenu communiste ?

 

(1) La TEUB (Tradition d’Éducation Ursuline en Biterrois) est un groupe d’épouses biterroises de souche  luttant pour rehausser l’image de la prostitution de la ville, par une promotion de la PNB : la Préférence Nationale Biterroise.