Il faudrait donc, comme on nous somme de le faire, soutenir l'action de Robert Ménard pour baisser le prix de l'eau. En soi la démarche paraît louable. Paraît seulement car qu'en est-il concrètement ? Il ne s'agit pour le maire que d'agiter la verve populiste pour mieux masquer son incompétence, sa méconnaissance mais surtout ses ambitions contrariées.


Le prix de l'eau est trop cher nous dit-on, on le sait, on le croit volontiers d'autant qu'à Béziers comme sur la majorité des communes de l'Agglomération Béziers Méditerranée, l'eau est aux mains de sociétés qui distribuent généreusement des dividendes sur le dos des contribuables en marchandisant un bien commun précieux entre tous puisque source de toute vie, l'eau, sans débourser d'argent pour effectuer les travaux nécessaires à sa collecte, son acheminement et sa distribution, le citoyen étant par là même mis une nouvelle fois à contribution. Pour remédier à ce problème, la seule solution garantissant une équité, c'est-à-dire une péréquation des tarifs, une probité par un contrôle citoyen démocratique et une baisse significative des prix, est la régie publique municipale, solution proposée et portée par les listes de gauche lors des dernières élections municipales. Un exemple concret de réussite ? La Cour des comptes vient de féliciter la Mairie de Paris pour sa régie municipale, exemple de gestion citoyenne intelligente, mais on peut regarder plus près à Cazouls-lès-Béziers, Villeneuve-lès-Béziers, Lignan-sur-Orb ou Murviel-les-Béziers, ou bien, dans l'autre bord politique, à Bordeaux avec Alain Juppé où l'on voit que lorsqu'il s'agit d'intérêt général, la municipalisation est une option viable, pérenne, écologique et humaniste.


Une bataille d'égo qui dessert les citoyens contribuables.
Pour Robert Ménard il s'agirait seulement de renégocier les tarifs avec la Lyonnaise des Eaux, délégataire de service public à Béziers.

 

Mais l'on voit que dès lors même qu'on renonce à remunicipaliser la gestion de l'eau dans sa totalité sur les trois segments (collecte, assainissement et distribution), le citoyen contribuable est perdant.

 

Ainsi à Montpellier, le segment de la distribution passera en régie publique sous l'action du maire de Grabels, mais l'assainissement et la collecte (le délai imparti était trop court pour tout remunicipaliser en un bloc), deux segments tout aussi essentiels, sont en délégation de service public (DSP). Le contribuable paie cher l'addition (pointée par la Cour régionale des comptes), car négocier même au plus offrant un marché de quasi-monopole entre trois mastodontes de l'Énergie (comme les tarifs des téléphones portables sont longtemps restés un arrangement amiable entre les trois opérateurs concurrents) est abscons. La puissance de ces groupes est largement supérieure au PIB d'une ville, d'une agglomération, voire d'une région. Dès lors il ne s'agit que d'agiter un chiffon électoraliste par un procédé de communicant, faisant porter cette responsabilité au président de l'Agglomération qui ne négocierait pas immédiatement (les contrats seront revus pour l'ensemble de l'Agglomération en même temps courant 2015-2016), mais à échéance du contrat. Cela est vrai, Lacas ne s'en défend pas, mais de toute manière pour quel résultat si le matelas financier engrangé depuis des décennies sur le dos des contribuables leur permet de baisser immédiatement le prix de l'eau pour mieux le regonfler par la suite.


Un référendum d'initiative pour trancher la question ? Chiche ! Les citoyens seront vigilants. Ils sont déjà passés à l'action.
Pour sortir par le haut d'une bataille d'égo réglée par le contribuable à grand frais de lèche-vitrine communicante, que ce soit sur des panneaux publicitaires ou en pleine page du Midi Libre, il serait indiqué d'organiser une votation citoyenne sur l'ensemble de l'Agglomération, en donnant tous les tenants et les aboutissants de la gestion de l'eau aux citoyens pour que ceux-ci se prononcent démocratiquement et en conscience sur ce qu'il y a lieu de faire avec leur bien commun et leur argent ; surtout que se profile l'agrandissement de la station d'épuration, quasi unique point d'épuration sur l'Agglomération, et saturée de produits toxiques finissant dans l'Orb.

 

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Le collectif CARPE (Collectif d'Action pour une Régie Publique de l'Eau), qui s'est réuni le 16 décembre 2014, en appelle aux élus communautaires pour qu'ils prennent la mesure de cette problématique aigüe de bien public qui a une incidence économique et pose la question du contrôle démocratique. Ce dernier est le seul à même de garantir la maîtrise de notre source de vie et d'énergie première, l'eau. Il veillera à suivre de très près les délibérations aux conseils d'Agglomération et attend que toutes ces délibérations soient publiquement communiquées. On voit que la vigilance citoyenne met en échec la dangerosité des multinationales : c'est ainsi que sous l'impulsion du Collectif vigilance compteurs sans fil et de la Coordination biterroise, et grâce à la convergence des actions des élus et des citoyens, Ménard le matador a dû s'engager à déplacer des antennes-relais, liées à la télérelève des compteurs d'eau et installées sauvagement et sans consultation ni information préalable par la Lyonnaise des Eaux. Ces antennes émettaient des ondes nocives dans quatre écoles, Roland, La Chevalière, Les Arbousiers et les Oiseaux, et deux gymnases de la ville.


D'ores et déjà toutes les communes françaises étaient invitées, avant le 31 décembre 2014, à se porter candidates à une expérimentation de la tarification sociale (réellement sociale) de l'eau dans le cadre des dispositions de mars 2014 portant sur la Loi Brotte de 20131. Une disposition que l'équipe municipale aurait pu faire sienne et qui aurait permis concrètement de faire baisser le prix de l'eau au moins pour les revenus les plus faibles, revenus en nombre à Béziers. Cette étape aurait été un premier stade dans la préparation sereine d'une votation citoyenne démocratique et éclairée sur un sujet aussi crucial que l'eau.

 

1 LOI n° 2013-312 du 15 avril 2013 visant à préparer la transition vers un système énergétique sobre et portant diverses dispositions sur la tarification de l'eau et sur les éoliennes. Cette loi interdit les coupures de gaz et d'électricité du 1er novembre au 15 mars et élargit les bénéficiaires potentiels de tarifs sociaux.