Les terribles évènements du 13 novembre à Paris nous incitent à la réflexion, bien que le temps soit encore à la forte émotion. Notre actualité joue trop sur l’émotion momentanée (cf « Je suis Charlie » en janvier). Il ne faudrait pas que le choc affectif empêche de mener, en même temps, l’analyse de ce qui est en train de se passer.

Par Gaudoneix


Les politiques des grandes puissances fonctionnent toujours avec le vieil adage latin : "Si vis pacem, para bellum", qui signifie : "Si tu veux la paix ici, fais la guerre là-bas" ou " Si tu veux la paix, prépare la guerre".

 

Ce n’est pas une "union sacrée" qui règlera le problème


Et de se réjouir d’envoyer nos mirages bombarder la Syrie, de vendre 24 Rafales à l’Egypte et autant au Qatar. Et le journal Le Monde de titrer le 21 août 2015 : "Ventes d’armes : la stratégie gagnante de la France". Avec les contrats de ventes d’armes de 2015, la France, 4ième vendeur mondial d’armes est en passe de devenir le 2ième…  dépassant la Chine et la Russie, se vantait le journaliste. La belle compétition que voilà ! Et c’est surtout au Moyen-Orient que la France fait "ses bonnes affaires". Il y a 50 ans déjà, De Gaulle disait :"Quand on a de si belles armes, il se trouve toujours des fous qui brûlent de les essayer". L’actualité nous le prouve. Des innocents se font tuer, mais la logique mercantile de nos sociétés aboutit à la prolifération d’armes et à une utilisation incontrôlable. Ce n’est pas une "union sacrée" qui règlera le problème. On nous a déjà fait le coup en janvier après l’attentat de Charlie Hebdo. Ce n’est pas une escalade dans la guerre, contre Daech ou d’autres groupes islamistes, que se trouve la solution. Ces groupes ont le soutien de pays du Golfe qui sont d’excellents clients de la France, des Etats-Unis, de la Russie ou de la Chine.

 Si les gens savaient vraiment (la vérité) la guerre serait arrêtée demain, mais bien sûr, ils ne savent pas et n’ont pas la possibilité de savoir

 


La guerre amène la guerre

Depuis quatre ans, la France fait la guerre : ce fut en Libye en 2011, au Mali en janvier 2013, en Centrafrique en décembre 2013, en Irak en septembre 2014 et depuis cet été en Syrie. Les politiques et les médias trouvent toujours des justifications à ces interventions guerrières. Et quand l’on justifie ces guerres avec des expressions comme "croisade contre le terrorisme", (Bush en 2001), ou quand Manuel Valls, aujourd’hui, n’hésite pas à ressortir la "guerre de civilisation face au terrorisme islamiste", on ne milite pas vraiment pour la paix. Ces guerres, en fait, en ont amené d’autres, et chacune a entraîné des attentats chez les grandes puissances qui intervenaient. Quant aux véritables motivations de ces interventions, elles sont souvent laborieusement justifiées : rappelons les armes de destruction massive en Irak que l’on n’a pas trouvées… L’intervention en Irak, en 2003, a eu pour conséquence l’effondrement du pays, et c’est de ce chaos qu’est né Daesh, "l’enfant monstrueux de Ben Laden et de Bush Jr" (titre d’un article du Monde du 9 février 2015).
 Rappelons aussi que le premier groupe islamiste (Al-Qaïda et Ben Laden) a été financé par les Etats-Unis, lors de la première guerre d’Afghanistan (années 1980) à coup de plusieurs centaines de millions de dollars par an ! La guerre fait partie de la panoplie de moyens utilisés par les Etats dits civilisés. Faut-il rappeler les propos de Lloyd George, Premier ministre britannique lors de la 1ière guerre mondiale : "Si les gens savaient vraiment (la vérité) la guerre serait arrêtée demain, mais bien sûr, ils ne savent pas et n’ont pas la possibilité de savoir ".


Avec les progrès techniques de l’information, son immédiateté, sa capacité à nous présenter sa "vérité ", nous assistons au triomphe de la propagande : on obtient l’approbation de la guerre par les médias ! " Quand la vérité est remplacée par le silence", disait le dissident soviétique Yevtushenko, " le silence est un mensonge ".

 

Une émission du vendredi 20 novembre à écouter sur France Inter : « Daesh, autopsie d'un monstre ». Des anciens diplomates et agents de la DGSE racontent comment Etats-Unis, Arabie Saoudite, Qatar et France ont soutenu financièrement et armé les groupes djihadistes en Irak et en Syrie. C'est confondant. http://www.franceinter.fr/emission-lenquete-daesh-autopsie-dun-monstre